L’affiche est inattendue mais très loin d’être illégitime. Ce vendredi (pas avant 19h), le court Philippe-Chatrier accueillera comme il se doit un duel 100% italien entre Flavio Cobolli (n°10) et Matteo Arnaldi. Une demi-finale d’ores et déjà historique pour le tennis transalpin puisque pour la première fois dans l’ère Open, deux représentants de la "Botte" s’affrontent à ce stade de la compétition à Roland-Garros et plus généralement en Grand Chelem. Si les certitudes ne sont pas légion lors de cette édition 2026, en voici une qui ne paraissait pourtant pas évidente au soir de l’élimination de Jannik Sinner : il y aura bien un Italien en finale Porte d’Auteuil.
Arnaldi – Cobolli : deux destins, un rêve italien
Flavio Cobolli (n°10) et Matteo Arnaldi s'affrontent pour une place en finale.

Pour s’ouvrir les portes d’une première demie en Majeur, Cobolli s’est offert le scalp du dernier Top 10 encore présent dans la partie haute du tableau en quarts de finale. Cueilli à froid dans le premier set face à Félix Auger-Aliassime, il est parvenu à renverser la situation avec autorité (4/6, 6/4, 6/4, 6/4 en 3h24). Au-delà de ce succès prestigieux, le joueur de 24 ans a franchi toutes les étapes avec une constance remarquable, réussissant à imposer son rythme depuis sa ligne de fond à chacune de ses sorties.
Maître de ses nerfs et de son tennis, il a mis à profit ses solides repères sur terre battue (finale à Hambourg et quart à Madrid avant de poser ses valises dans la capitale) pour monter en puissance tout au long de la quinzaine. Sa capacité à prendre l’initiative dans l’échange et à rester agressif dans la durée pourrait peser dans ce duel de compatriotes. La partie sera tactique tout autant que physique, à n’en pas douter.
Car face à lui se dresse désormais un joueur qui a emprunté un chemin bien différent pour se hisser dans le final four. Au sortir d’un trou d’air de plus de quatre mois sans victoire sur le circuit principal, Matteo Arnaldi a retrouvé ses couleurs au moment où on l’attendait le moins. S’il avait bel et bien brillé début mai en s’adjugeant le Challenger de Cagliari (un parcours ponctué de succès face à Juan Manuel Cerundolo, Nuno Borges et Hubert Hurkacz, pour ne citer qu’eux), personne ou presque n’avait envisagé qu’il puisse battre Tallon Griekspoor, Stefanos Tsitsipas, Raphaël Collignon et Frances Tiafoe au terme de matchs à rallonge, voire de marathons épiques.
Si vous n’avez pas encore eu l’occasion d’apprécier sa couverture de terrain, son coffre et sa vivacité, on ne peut que vous conseiller les highlights de son monument face à l’Américain. Le Suzanne-Lenglen en tremble encore.
S’il a bénéficié de l’abandon de Matteo Berrettini alors qu’il menait 7/5, 5-2 au tour précédent, il a tout de même d’ores et déjà passé près de 20h sur les courts. Une route semée d’embuches qui a inévitablement entamé son capital énergie. Reste à savoir si sa solidité mentale (elle n’est plus à prouver au vu de ses succès arrachés au forceps et au bout du suspense) lui permettra de créer une énième surprise pour prendre sa revanche sur un adversaire qu’il connaît parfaitement et contre lequel il s’est incliné ici même l’an passé au deuxième tour (1-1 dans leur face-à-face global).
Au-delà des considérations de style ou de classement (90 places séparent les deux hommes), cette demi-finale représente surtout une opportunité rare – et ce pour les deux protagonistes – de sublimer le moment le plus important d’une jeune carrière tout en rédigeant l’une des plus belles pages de l’histoire tennistique d’un pays. Rien que ça.