Zverev, le coup de Maître

À 21 ans, Alexander Zverev a remporté le Masters en battant Novak Djokovic. Une nouvelle étape.

Smiling Alexander Sascha Zverev during the 2018 Rolex Paris Masters©Corinne Dubreuil/FFT
 - Myrtille Rambion

Si certains en doutaient encore, l’esprit de Londres vient de parler : l’Allemand Alexander Zverev est bel et bien un “Héritier“. Un membre de cette NextGen mise en avant par l’ATP qui – à l’instar d’un Dominic Thiem- se place sur le chemin de la relève, celle appelée à régner dans la foulée des Rafa, Roger, Nole…

Novak Djokovic a d’ailleurs été la victime de l’Allemand, au dernier jour des ATP Finals, battu 6/4, 6/3 au terme d’un match tout en maîtrise du jeune Sascha. Roger Federer, lui, était tombé sous les coups du futur Maître en demie (7/5, 7/6). Battre ces deux-là coup sur coup dans le dernier carré d’un même tournoi : un exploit qui n’avait plus été réalisé depuis le Masters 2016 par Andy Murray.

En remportant le titre le plus important de sa jeune carrière, Alexander Zverev a assurément pris une autre dimension. Voici ce qu’il faut retenir de son sacre.

Alexander Zverev all smile in black and white at the 2018 Rolex Paris Masters©Corinne Dubreuil/FFT
Il a pris Djokovic a son propre jeu


Entraîner Novak Djokovic dans des rallyes de fond de court et le faire craquer. Embarquer le Serbe dans des diagonales de revers et la plupart du temps l’emporter. Voilà la tactique a priori risquée adoptée par Sascha Zverev lors de la finale du Masters, mais qui s’est avérée totalement payante. Vingt, vingt-cinq et même vingt-huit coups de raquette : dans la très grande majorité des cas, l’Allemand s’est imposé dans l’échange.

“J’ai simplement essayé de ne pas trop réfléchir, a confié Sascha après coup. Je voulais juste tout donner, prendre autant de plaisir que possible, profiter de l’atmosphère et du moment. Et c’est ce que j’ai fait.“

Autre secteur où l’apprenti a dépassé le modèle : le service. Alors que Novak Djokovic n’avait pas concédé une seule fois son service sur sa route vers la finale, ce dimanche, c’est bien l’Allemand qui a été le meilleur dans ce secteur, avec 72% de premières balles, 10 aces et quatre breaks réussis.



Il a montré de la force mentale


Corrigé par Novak Djokovic en poules (6/4, 6/1) Alexander Zverev a non seulement su trouver les ressources pour se sortir de cette mauvaise passe et se hisser dans le dernier carré, mais aussi muscler son jeu pour prendre sa revanche -en finale, rien que ça- sur le n°1 mondial. Si ça, ce n’est pas du mental…

Et que dire de la réaction du futur lauréat face aux huées du public à l’issue de sa demi-finale gagnée face à Roger Federer ? Une situation injuste, qui aurait pu être très mal gérée par un joueur encore en devenir. Mais plutôt que de surréagir publiquement, l’Allemand, pourtant très touché, a préféré ronger son frein pour mieux revenir le lendemain.

“Je ne vais pas mentir, après la demi-finale, j’étais vraiment très en colère dans les vestiaires, a-t-il confié. J’ai dû prendre plusieurs minutes tout seul pour me calmer.“



Il s’est construit un physique


“Je sais quand on me voit, ce n’est pas la première chose à laquelle on pense !“
, a volontiers plaisanté Alexander Zverev depuis l’O2 Arena de Londres. Il est vrai que ses 1,98m contribuent à une silhouette très élancée ; mais à y regarder de plus près, l’Allemand a pris de la masse musculaire -c’est particulièrement visible sur le bas du corps et notamment ses cuisses- et du coffre. 

Sous la houlette de Jez Green, l’ancien préparateur physique d’Andy Murray, Sascha apprend à mettre bout à bout les pierres de son futur édifice physique. Et si le chemin est encore long pour atteindre le but ultime, le désormais 4e mondial a clairement progressé dans ce secteur et le travail colossal fourni commence à porter ses fruits. L’intéressé, qui passe trois heures en salle de gym tous les jours hors tournoi, n’hésite plus à le dire : “côté physique, je suis un monstre.“ En deux ans, il a pris 15 kilos de muscles.



Il poursuit son ascension précoce


Si jeune et déjà si exigeant. Et ce n’est pas nouveau. Sascha Zverev montre un degré d’exigence impressionnant depuis plusieurs années maintenant. Il s’est très tôt doté d’une équipe digne des meilleurs pros, persuadé que l’excellence passait obligatoirement par ce biais. Ce n’est donc ni un hasard ni une surprise de voir qu’aujourd’hui son entourage proche est constitué -outre son père, entraîneur de toujours- de deux autres pointures : Ivan Lendl et le kiné français Hugo Gravil.

Bilan : Alexander Zverev est devenu ce dimanche le plus jeune (21 ans) champion au Masters depuis 2008 et un certain… Novak Djokovic. Il est aussi le premier joueur Allemand titré dans cette compétition ultra fermée depuis Boris Becker en 1985.

“C’est le plus gros titre de ma carrière jusqu’ici, a souligné Sascha Zverev. Ce trophée signifie énormément pour tous les joueurs. Je veux dire dans cette épreuve, on ne joue que contre les tout meilleurs. La manière dont j’ai joué en finale, la manière dont j’ai gagné, c’est juste extraordinaire.“

Et quelque chose nous dit que ce n’est pas fini…