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Garbiñe Muguruza
A l’occasion de Roland-Garros 2026, replongez-vous dans les éditions anniversaires du tournoi.
Il y a dix ans, lors de l'édition 2016, Novak Djokovic remportait son tout premier Roland-Garros et complétait ainsi sa légendaire collection de titres en Grand Chelem en dominant son "vieux" rival Andy Murray en finale.
En cette année 2016, le tennis est en quelque sorte à un carrefour de son histoire. Et Roland-Garros marque à la fois l'aboutissement d'une quête et la fin d'un cycle. Alors que Roger Federer, en proie à des douleurs au dos, renonce au tournoi pour la première fois de sa carrière et que Rafael Nadal, touché au poignet, annoncera – avant le troisième tour face à son compatriote Marcel Granollers – un forfait non moins tristement historique, la voie est libre pour Novak Djokovic et Andy Murray, les deux autres maillons forts du Big 4, pour faire main basse sur l'épreuve. Et plus largement sur le tennis mondial.
Nés à une semaine d'intervalle et à l'aube de leurs 29 ans, le Serbe et le Britannique, respectivement n°1 et n°2 mondiaux, se sont donné rendez-vous, comme quelques mois plus tôt en Australie, pour une finale quasiment inexorable. La septième au total entre les deux hommes, à une unité du record (ère Open) de Federer et Nadal, qui se sont affrontés pour la première fois dix ans auparavant en ces mêmes lieux au cours d’une finale majeure.
Le Serbe joue très gros à Paris. Il vient de remporter les trois dernières levées du Grand Chelem et vise donc un légendaire "quatre à la suite", à cheval sur deux saisons. D'autant plus légendaire que Roland-Garros est le dernier tournoi majeur qui lui résiste encore, et qu'il tient là une occasion en or de compléter sa collection. La sortie prématurée de Nadal, qui l'a battu sur la dernière marche en 2012 et en 2014 (le "Djoker" ayant buté sur Stan Wawrinka lors du match pour le titre en 2015), pourrait être un surcroît de pression plus qu'un soulagement. En réalité, il n'en est rien.
"Je n'ai pas ressenti tant de pression, honnêtement. Je crois que j'ai abordé le tournoi très différemment des autres années, avec peut-être un peu plus de légèreté", déclarera "Nole" après son succès. Le protégé de Marjan Vajda et Boris Becker apparaît en effet très détendu tout au long d'une quinzaine où on le voit faire une apparition avec un béret et une moustache lors de la Journée des enfants, emprunter un parapluie à une spectatrice sur le court ou encore lancer sa fameuse célébration avec les ramasseurs de balles.
Accessoirement, il enchaîne les victoires plutôt facilement. Et ce malgré une édition particulièrement pluvieuse, marquée par de nombreuses interruptions (et même une journée sans le moindre point disputé, du jamais vu à Paris depuis 2000), ce qui l'oblige à revenir sur le court cinq fois en six jours. Le n°1 mondial s'en accommode et y puise une motivation supplémentaire pour ne pas faire traîner les choses. Avant la finale, il ne perd qu'un seul set, face à Roberto Bautista Agut en huitièmes (3/6, 6/4, 6/1, 7/5). Il expédie ensuite Tomas Berdych en quarts (6/3, 7/5, 6/3) puis le jeune Dominic Thiem (6/2, 6/1, 6/4), qui dispute, à 22 ans, sa première demi-finale en Grand Chelem.
A l'inverse, Murray survit à un parcours beaucoup plus harassant. Il est mené deux sets à rien au premier tour par Radek Stepanek (3/6, 3/6, 6/0, 6/3, 7/5), puis deux sets à un par l'épatant Tricolore Mathias Bourgue (6/2, 2/6, 4/6, 6/2, 6/3). Il passe également tout près d'être mené deux sets à rien en quarts de finale par Richard Gasquet (5/7, 7/6(3), 6/0, 6/2), qui vit là son meilleur Roland-Garros. Mais le Britannique monte en puissance et dispute ensuite, peut-être, le meilleur match de sa carrière sur terre battue pour éliminer en demies le tenant du titre, Stan Wawrinka (6/4, 6/2, 4/6, 6/2).
Il retire ainsi une belle épine du pied à Djokovic, probablement soulagé de ne pas retrouver son bourreau de l'an passé pour un "bis repetita" en finale. Une dernière rencontre que le natif de Belgrade aborde avec beaucoup plus de fraîcheur que son rival, lequel compte quasiment cinq heures de jeu de plus dans les jambes. Passé le gain du premier set, l'Ecossais s'étiole peu à peu à l'inverse de son adversaire qui joue de mieux en mieux au fil des jeux. Djokovic parachève finalement son succès 3/6, 6/1, 6/2, 6/4 en un peu plus de trois heures, et le signe d'un cœur dessiné sur la terre battue, en hommage à Gustavo Kuerten. Paris est conquis, dans tous les sens du terme.
Novak Djokovic remporte ainsi son douzième titre du Grand Chelem, le quatrième consécutif et donc le tout premier à Roland-Garros. Il devient le huitième joueur de l'histoire à compter les quatre tournois majeurs à son palmarès après Donald Budge, Fred Perry, Roy Emerson, Rod Laver, Andre Agassi, Roger Federer et Rafael Nadal. Par ailleurs vainqueur de l'Open d'Australie et des Masters 1000 d'Indian Wells, de Miami et de Madrid, il est le premier depuis Jim Courier en 1992 à remporter les deux premières levées majeures de la saison. De quoi plus que jamais s'affirmer comme le boss du tennis mondial.
Et pourtant, ce titre marque la fin d'un cycle pour "Nole", qui connaîtra ensuite une certaine décompression, à la fois physique et mentale. Il abandonnera sa place de n°1 en fin de saison à Andy Murray, après un duel symboliquement remporté par ce dernier en finale du Masters. Difficile de s'en douter à ce moment-là mais les deux hommes sont au crépuscule de leur légendaire rivalité, puisqu'ils s'affronteront une 36e et dernière fois début 2017, en finale à Doha. Quant à Djokovic, il mettra deux ans avant de remporter un nouveau titre du Grand Chelem, en 2018 à Wimbledon...
Malgré l’absence de Rafael Nadal en finale (comme en 2015), l'hymne espagnol va néanmoins retentir dans le ciel parisien grâce à Garbiñe Muguruza. A 22 ans, elle remporte son premier titre du Grand Chelem en prenant le meilleur sur la n°1 mondiale Serena Williams, 7/5, 6/4.
Une fois n'est pas coutume, l’Américaine perd sa deuxième finale majeure consécutive (après l'Open d'Australie 2016 contre Angelique Kerber) et échoue encore à remporter ce 22e titre du Grand Chelem qui ferait d'elle la joueuse la plus titrée de l'ère Open, à égalité avec Steffi Graf. L'attente ne sera pas bien longue, puisqu'elle prendra sa revanche sur Kerber un mois plus tard en finale de Wimbledon.
Mais en attendant, c'est bien Muguruza qui vit un grand moment de gloire. Après une entame un peu nerveuse et un set abandonné au premier tour, elle survole le reste de la quinzaine, au terme de laquelle elle devient n°2 mondiale. Elle non plus ne s'arrêtera pas là…
Dates : 22 mai-5 juin 2016
Finale dames : G. Muguruza (ESP) b. S. Williams (USA) 7/5, 6/4
Finale hommes : N. Djokovic (SRB) b. A. Murray (GBR) 3/6, 6/1, 6/2, 6/4