×

Retour vers le futur – 1996 : l'épopée brûlante de Sampras

A l’occasion de Roland-Garros 2026, replongez-vous dans les éditions anniversaires du tournoi.

Pete Sampras / Roland-Garros 1996
 - Rémi Bourrieres

En 1996, Pete Sampras, porté par le souvenir de son coach récemment décédé, réussit un parcours héroïque à Roland-Garros avant de tomber en demi-finales, face au futur vainqueur Yevgeny Kafelnikov.

Sampras – Courier, le recueillement des héros

Au soir du mardi 4 juin 1996, alors que le court central de Roland-Garros – qui ne s'appelle pas encore Philippe-Chatrier – s'enfonce dans la pénombre, deux hommes viennent tour à tour s'asseoir dans une tribune présidentielle désertée, comme pour s'y recueillir. Jim Courier et Pete Sampras s'y sont tout juste livrés un quart de finale monumental remporté par le second en 3h31, et ce après avoir été mené deux sets à zéro, 6/7, 4/6, 6/4, 6/4, 6/4.

Sampras tient à savourer sa première – et unique – qualification pour les demi-finales Porte d’Auteuil. Mais, même s'il n'en dira rien, il sait sans doute déjà qu'il n'ira pas plus loin. À bout de force, touché au dos et aux abdominaux lors de ce qui était son troisième match en cinq sets de la quinzaine, il s'inclinera sèchement dans le dernier carré face à Yevgeny Kafelnikov (7/6, 6/0, 6/2). A 22 ans, ce dernier signera le premier "combo" gagnant simple et double à Roland-Garros depuis Ken Rosewall en 1968.

Pete Sampras, lui, ne remportera jamais Roland-Garros et n'atteindra même plus la deuxième semaine. Il rejoindra ainsi John McEnroe, Jimmy Connors, Boris Becker ou encore Stefan Edberg – qui, comme Henri Leconte, fait ses adieux au tournoi lors de cette édition – dans la liste des joueurs "maudits" à Paris. Mais malgré son issue douloureuse, cette épopée s'inscrira à jamais dans sa légende. Et dans celle du tournoi.

L'émouvant hommage à Tim

C'est peut-être l'année où on l'attendait le moins que l'Américain est passé le plus près du titre. Le 3 mai, trois semaines avant le tournoi, il a perdu son coach Tim Gullikson, décédé à 44 ans d'une tumeur au cerveau, une maladie que Pete avait révélée malgré lui un an plus tôt en se mettant à pleurer en plein match face à… Jim Courier, en quart de finale de l'Open d'Australie.

Sa préparation a été perturbée par ce drame : en tout et pour tout, il a disputé deux matchs sur terre battue (deux défaites…) en Coupe du monde des Nations. Et le tirage au sort, effectué par les joueurs du PSG, lui a été cruel, pour ne pas dire épouvantable. Au menu, notamment : deux anciens doubles vainqueurs du tournoi, Sergi Bruguera dès le deuxième tour et donc Jim Courier en quarts ; mais aussi un duel au troisième tour face à Todd Martin, finaliste de l'US Open deux ans plus tôt. 

Sampras s'en sort pourtant à chaque fois en cinq sets, en passant par toutes les émotions et en sublimant son tennis d'attaque, sans doute aidé par des conditions exceptionnellement chaudes (donc rapides), et vraisemblablement porté par le souvenir de son ancien entraîneur, dont le frère jumeau (Tom) est à ses côtés.

Contre Bruguera, le n°1 mondial mène deux sets à rien en pratiquant, selon ses mots, le "meilleur service-volée de (s)a vie sur terre battue." Mais, le jour même où Andre Agassi est pour sa part surpris par Chris Woodruff, il ne s'en tire finalement qu'après trois heures de jeu (6/3, 6/4, 6/7, 2/6, 6/3) et 57 services gagnants. Puis, contre Todd Martin, il doit sauver deux balles de deux manches à une avant de finalement s'imposer 3/6, 6/4, 7/5, 4/6, 6/2.

Mais c'est donc contre son vieux rival Jim Courier que "Pistol Pete" vit son moment le plus intense, lors d'un match tendu qu'il remporte non seulement en remontant deux sets, mais aussi en écartant miraculeusement deux balles de 5-3 dans la quatrième manche. Dont une grâce à un ace pleine ligne sur deuxième balle… après avoir cassé une corde sur la première ! Un miracle.

Et alors que Sampras bénéficie d'une balle de match sur son service au bout du cinquième set, Courier se retourne vers la bâche de fond de court et se lance dans un monologue amusant : "Il me fait toujours le coup. On dirait qu'il est dans la tombe, et il me sert un ace." Bien vu : quelques secondes plus tard, un ace met un terme à ce match de légende.

Chaleureusement félicité sur sa chaise par sa victime qui a retrouvé son fair-play et sa classe, Sampras se fait violence pour retenir ses larmes. Mais il s'écroule à sa sortie du court lorsque Nelson Montfort mentionne le souvenir de Tim Gullikson lors de l'interview d'après-match. Des larmes qui seront partagées, trois jours plus tard, par tous les fans de Pete et du tennis d'attaque.

Pete Sampras / Roland-Garros 1996

Graf – Sanchez, une finale pour l'histoire

Cette édition 1996 est aussi marquée par l'extraordinaire finale dames entre Steffi Graf et Arantxa Sanchez, leur troisième commune à Roland-Garros. Comme en 1989 (victoire de Sanchez) et en 1995 (revanche de Graf), les deux joueuses se départagent au troisième set. Et c'est l'Allemande qui remporte cette belle au terme d'une manche finale magnifique et interminable au cours de laquelle Sanchez a servi deux fois pour le match (à 5-4 et 7-6), avant de s'incliner 6/3, 6/7, 10/8 en 3h04.

Graf remporte ainsi la plus longue finale féminine de l'histoire de Roland-Garros, aussi bien en durée qu'en nombre de jeux (40), le précédent record ayant été établi par… Graf – Sanchez en 1989 (2h58). Par ailleurs, elle devient à l’époque la joueuse la plus titrée en Grand Chelem (19) et s'adjuge le record du nombre de matchs gagnés à Paris (73), devant Chris Evert. Historique, on vous dit.

Dates : 27 mai-9 juin 1996

Finale dames : S. Graf (ALL) b. A. Sanchez (ESP) : 6/3, 6/7(4), 10/8

Finale hommes : Y. Kafelnikov b. M. Stich (ALL) 7/6(4), 7/5, 7/6(4)