Qu'attendre de ce Roland-Garros 2022 chez les dames ?

 - Rémi Bourrieres

A l'approche du coup d'envoi de Roland-Garros, passage en revue des grandes tendances de l'actualité du tennis féminin.

Iga Swiatek Ons Jabeur Roland-Garros 2021©Corinne Dubreuil

Qui est favorite ?

Ne cherchez pas, il n'y en a qu'une : Iga Swiatek ! Et c'est ce qui différencie cette édition 2022 des précédentes, qui s'annonçaient beaucoup plus ouvertes et indécises.

Cette fois, on aura donc une favorite écrasante, la n°1 mondiale Iga Swiatek, qui n'a plus perdu un match depuis le mois de février et qui sera d'autant plus difficile à battre à Roland-Garros qu'elle y est un peu chez elle, là où elle avait décroché son premier sacre majeur en 2020, à 19 ans et sans perdre un set.
Restera évidemment à le confirmer sur le terrain, ce qui n'est jamais une mince affaire. Mais si Iga, qui a hérité a priori d'un tableau dégagé en première semaine (avec la qualifiée Lesia Tsurenko au premier tour), est au niveau de ces dernières semaines, si elle gère bien le côté émotionnel et les attentes énormes autour d'elle, très franchement, on ne voit pas grand-monde pour la battre. Personne ?

Qui sont les outsiders ?

Autant la favorite se compte sur un seul doigt, autant les deux mains ne sont peut-être pas suffisantes pour dénombrer toutes les joueuses qui seraient capables de profiter d'une éventuelle baisse de régime d'Iga Swiatek.
Au vu de ce qu'elle a montré ces dernières semaines sur terre battue, la Tunisienne Ons Jabeur (6e mondiale), titrée à Madrid et finaliste à Rome, par ailleurs lauréate du tournoi juniors de Roland-Garros en 2011, a peut-être gagné le droit d'être considérée comme la principale outsider. Ironie du sort, la Tunisienne, qui se situe dans la partie basse du tableau - un nouveau duel Swiatek/Jabeur ne pourrait donc avoir lieu qu'en finale -, attaquera son tournoi contre une autre Polonaise, Magda Linette.
Mais elles sont énormément à pouvoir lui contester ce statut : les Espagnoles Paula Badosa et Garbiñe Muguruza, bien que toutes deux en retrait lors du début de saison sur terre battue – comme Maria Sakkari, Anett Kontaveit et Karolina Pliskova –, sont forcément des joueuses à suivre.
Citons aussi Aryna Sabalenka, finaliste à Stuttgart et demi-finaliste à Rome, Danielle Collins, finaliste à l'Open d'Australie, ou pourquoi pas l'ancienne gagnante du tournoi (en 2018), Simona Halep, sur la bonne voie du retour. La liste est loin d'être exhaustive.

Quel est le facteur X ?

Si l'on n'a pas citée - dans la liste des outsiders - la tenante du titre, Barbora Krejcikova, c'est parce que la Tchèque, blessée au coude, n'a pas disputé le moindre match depuis le mois de février. Et si elle est a priori annoncée pour tenir sa place à Roland-Garros – contrairement à la finaliste sortante, Anastasia Pavlyuchenkova (genou) –, difficile dans ces conditions, de l'imaginer être à son meilleur niveau. Mais sait-on jamais…

Autre inconnue totale : la manière dont Naomi Osaka va aborder son retour à Roland-Garros – où elle s'était épanchée l'an dernier sur ses difficultés mentales –, et l'étendue de ses progrès sur terre battue, sa surface la moins favorable. Si elle parvient à trouver ses marques, son talent est tel qu'on peut tout imaginer… Mais elle a hérité d'un tirage compliqué, avec un premier tour face à Amanda Anisimova (n°27), demi-finaliste en 2019.

Qui pourrait surprendre ?

Si l'on se fie à l'édition de l'an dernier, marquée par deux finalistes classées en dehors du top 30, et une demi-finaliste (Tamara Zidansek) au-delà du top 80, beaucoup de monde ! Mais l'on surveillera particulièrement les joueuses qui ont montré de belles choses ces dernières semaines, à l'image de Jessica Pegula, finaliste à Madrid, Daria Kasatkina, demi-finaliste à Rome, Jil Teichmann, demi-finaliste à Madrid et quart de finaliste à Rome, Amanda Anisimova, quart de finaliste à Madrid comme à Rome.

Evidemment, la "doublette" Bianca Andreescu/Emma Raducanu sera elle aussi très épiée. La Canadienne et la Britannique ont pour point commun – au-delà de leurs origines roumaines – d'avoir été titrées à l'US Open, respectivement en 2019 et en 2021. Mais aussi de s'être affrontées la semaine dernière à Rome, pour une victoire sur abandon d'Andreescu, qui semble peu à peu recouvrer la plénitude de son immense potentiel. Alors méfiance…

Enfin, des joueuses comme Jelena Ostapenko, victorieuse en 2017, Belinda Bencic, championne olympique en titre, Victoria Azarenka, l'ancienne n°1 mondiale, Leylah Fernandez, finaliste à l'US Open l'an dernier, ou encore la jeune Coco Gauff peuvent frapper fort à tout moment. Là encore, la liste est longue.

Amanda Anisimova à Roland-Garros en 2020.©Nicolas Gouhier / FFT

Quels seront les grands enjeux ?

Pas la place de n°1 mondiale en tout cas, tant l'avance d'Iga Swiatek est abyssale sur ses poursuivantes. La Polonaise, en revanche, cherchera à devenir la dixième joueuse de l'ère Open à s'imposer au moins deux fois à Roland-Garros après Margaret Court, Chris Evert, Martina Navratilova, Steffi Graf, Monica Seles, Arantxa Sanchez, Justine Henin, Maria Sharapova et Serena Williams.

On dénombre par ailleurs dans le tableau douze joueuses ayant gagné au moins un titre du Grand Chelem : Naomi Osaka (4 titres), Angelique Kerber (3), Garbiñe Muguruza, Victoria Azarenka, Simona Halep, Petra Kvitova (2), Iga Swiatek, Barbora Krejcikova, Emma Raducanu, Jelena Ostapenko, Sloane Stephens et Bianca Andreescu (1).

Si une joueuse ne figurant pas dans cette liste soulève la coupe Suzanne-Lenglen le 4 juin prochain, elle deviendra la 55e gagnante différente d'un tournoi du Grand Chelem dans l'ère Open.

Iga Swiatek embrasse la coupe Suzanne-Lenglen sur les toits des Galeries Lafayette en 2020.©Corinne Dubreuil/FFT