Elle n'a pas encore 19 ans – elle fêtera son anniversaire le 23 juin – et est devenue ce jeudi la plus jeune joueuse de cette édition à s'être extirpée des qualifications après avoir dominé l'Argentine Julia Riera (6/3, 6/2). Mais Alina Korneeva donne d'ores et déjà l'impression d'avoir vécu plusieurs vies et d'être une figure bien connue du circuit. Surtout ici à Roland-Garros, où elle s'était imposée chez les juniors en 2023, à l'âge de 15 ans.
Korneeva : "Accepter de ne pas être prête plus tôt"
Championne juniors en 2023, Alina Korneeva a depuis surmonté deux grosses blessures. Ce jeudi, elle s'est qualifiée pour le tableau principal de cette édition 2026.
Opération du poignet et déchirure aux adducteurs
Déjà championne de l'Open d'Australie quelques mois plus tôt grâce à sa victoire en finale face à Mirra Andreeva, elle avait signé à l'époque un doublé qui n'avait plus été réalisé chez les juniors depuis 1990. Elle paraissait alors lancée vers une destinée similaire à celle de sa rivale et néanmoins amie d'enfance. "Mais la vie en a décidé autrement ; j'ai dû comprendre, et accepter, que chacun a sa propre trajectoire", a-t-elle analysé après sa qualification.
Une reconstruction à la Rafa Nadal Academy
Alina Korneeva fait référence à deux grosses blessures qui ont retardé son éclosion : une opération du poignet en 2024 (sept mois d'absence) puis une déchirure aux adducteurs en 2025 (cinq mois). "Aujourd'hui, je touche du bois, tout a l'air guéri. Mais pour ainsi dire, je n'ai pas pu jouer pendant deux saisons. Finalement, me revoilà et j'en suis très heureuse", s'est-elle réjouie, avec un grand sourire et un entrain communicatif.
Depuis son retour à la compétition durant la deuxième moitié de la saison 2025, sa montée en puissance est impressionnante. L'ancienne n°1 mondiale juniors a engrangé quatre titres sur le circuit ITF et un WTA 125 – le premier de sa carrière – en début d'année, à Oeiras. La voilà 120e mondiale. Mais ce renouveau n'efface pas les moments difficiles qu'elle a dû surmonter. "À mon retour, au début, j'avais oublié ce que c'était de jouer un match. Il y a même un moment où j'avais un peu perdu mon feu intérieur, a-t-elle poursuivi. J'étais assise sur ma chaise et il ne se passait rien. Cela m'a pris beaucoup de temps pour retrouver ma confiance."
Alina, tu as tellement souffert, tu pleurais de ne pas pouvoir jouer et maintenant, tu es là. Tu dois en profiter à fond.
Une reconstruction qu'elle a pu effectuer avec le soutien de la Rafa Nadal Academy, où elle s'entraîne depuis deux ans aux côtés de l'ancienne joueuse espagnole Anabel Medina Garrigues. Cette dernière a su trouver les mots pour la mettre dans les meilleures dispositions mentales à l'heure de disputer ses premières qualifications à Roland-Garros.
"En arrivant ici, elle m'a dit : 'Alina, tu as tellement souffert, tu pleurais de ne pas pouvoir jouer et maintenant, tu es là. Tu dois en profiter à fond', a-t-elle également raconté. C'est ce que j'ai fait, et tout s'est bien passé. Mon titre juniors ici, c'est vraiment du passé. J'ai dû accepter de ne pas être prête plus tôt physiquement. Accepter, accepter, accepter : ça a été mon maître-mot ces trois dernières années. Accepter, et être patiente..."
Et la patience, on le sait, est mère de toutes les vertus. Aujourd'hui, pour Alina Korneeva, l'heure est venue d'en récolter les fruits.