Qui es-tu Simonne ?

Qui est cette héroïne qui a donné son nom au nouveau court de Roland-Garros ? Portrait.

Qui était Simonne Mathieu, dont le nom a récemment été donné au nouveau court de Roland-Garros ?

Avant de fouler les gradins du tout nouvel écrin de Roland-Garros -le court Simonne-Mathieu- le spectateur se doit de faire connaissance avec la grande championne de tennis qui lui a donné son nom.

Simonne Mathieu, joueuse émérite, véritable légende du tennis français et de la grande Histoire fait son entrée au sein de l’emblématique stade de la Porte-d’Auteuil cette année. Reconnue puis oubliée, c’est presque quarante ans après sa disparition que cette incroyable femme-athlète d’exception retrouve la place qu’elle mérite.

Marlene Dietrich, 1938 (à droite, lors de la finale dames opposant Simonne Mathieu à Nelly Landry).©Droits réservés-FFT
Simonne, avec deux “N“ s’il vous plait.


Aussi singulière que les deux “N“ qui composent son prénom, Simonne Mathieu est une figure incontournable du tennis français et de la grande Histoire. Née Simonne Passemard à Neuilly sur Seine le 31 janvier 1908, son enfance est déjà marquée par un contexte traumatisant avec son père, soldat pendant la Première Guerre mondiale.

À 12 ans, sa santé fragile la pousse à pratiquer un sport de manière régulière. Elle choisit le tennis, encouragée par son frère Pierre, jeune espoir et licencié du Stade Français. Dès 1923, Simonne Mathieu remporte le Prix d’Automne organisé par le Racing Club de France, c’est là qu’elle commence à se faire remarquer.

En 1925, elle sort de nouveau victorieuse de la finale du Championnat de France Juniors, passe rapidement en Première série et participe pour la première fois aux Internationaux de France, où elle perd en quart de finale contre Hélène Contostavlos. Côté vie privée : à 17 ans, elle épouse René Mathieu, fils de l’un des fondateurs et secrétaire général du Stade Français.

Journaliste, ancien joueur de rugby, de tennis et de badminton, à l’origine de la revue Smash dédiée au tennis, mais surtout président de la Commission Presse et Propagande de la Fédération Française de Tennis pendant de nombreuses années. Décoré de la Légion d’Honneur en 1951 pour son activité de dirigeant sportif, son nom est souvent associé à celui de sa femme, qu’il a toujours soutenue.

Un exceptionnel triplé


Avant la guerre, Simonne Mathieu est la joueuse n°1 tricolore et succède à “la Divine“, Suzanne Lenglen. Après six finales perdues, elle remporte deux fois le tournoi de Roland-Garros en simple, en 1938 et 1939. En 1938 précisément, elle réussit même l’exceptionnel triplé, s’imposant aussi en double dames et en double mixte.

Ses treize titres en Grand Chelem (deux en simple, neuf en double et deux en double mixte) en font la joueuse française la plus titrée de tous les temps derrière Suzanne Lenglen. Si une faute d’orthographe s’est bel et bien glissée sur la coupe remise aux gagnantes de l’épreuve du double dames à Roland-Garros, le troisième court principal du stade, lui, porte aujourd’hui son nom correctement orthographié.

coupe Simonne-Mathieu double dames Roland-Garros
Le tour du globe


Malgré la naissance de ses deux garçons en 1927 et 1928 et une nouvelle vie de famille à construire, les courts de tennis ne sont jamais loin pour Simonne Mathieu. Prête à parcourir le monde pour participer à des tournois, elle a, en presque 15 ans, visité la moitié du globe.

Entre 1925 et 1939, elle dispute des matchs en Belgique, Italie, Hollande, en Europe de l’Est mais aussi en Egypte et en Asie centrale. Elle est d’ailleurs l’unique Française à avoir joué et remporté en 1938 le Championnat de la Côte du Pacifique qui se jouait en Californie. Autant de pays visités que de tournois joués qui pour elle resteront toujours une fierté.

“Je suis allée partout, sauf en Scandinavie, aux Indes et en Australie. En voyage nous savions vivre, nous étions reçus comme des princes.“

 

À cela s’ajoute de nombreux tournois français auxquels elle participe tous les ans comme Saint-Gervais, Strasbourg, Nice ou encore Biarritz, dont elle est une habituée et qu’elle remporte à plusieurs reprises après Suzanne Lenglen et Nelly Landry.

Après sa dernière victoire française en 1939 à Roland-Garros et un quart de finale à Wimbledon, elle part dès le mois d’août pour les Etats-Unis afin de participer aux championnats d’Amérique. Pendant qu’elle franchit les portes du club de Forest Hills à New-York, au même moment en Europe, la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne nazie …

London calling


Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, Simonne dispute alors un tournoi à New York, abandonnant la partie pour rentrer en France. Dès 1940, elle s’envole dans l’Auxilliary Territorial Service, l’armée de terre féminine britannique.

C’est ainsi qu’elle répondra au célèbre appel du 18 juin 1940 lancé par le Général de Gaulle. Simonne Mathieu n’hésitera pas à mettre sa carrière de championne de tennis entre parenthèse et partira à Londres pour intégrer le régiment des Forces Françaises Libres.

À force de persévérance et d’investissement, on lui confiera la tâche de constituer sa propre armée -un corps auxiliaire de volontaires françaises- qui portera le nom de "Corps des volontaires féminines françaises". Elle devient commandant et organise le recrutement et les entraînements.

Le 26 août 1944, le jour célébrant la Libération de Paris, elle remonte les Champs-Elysées aux côtés du Général de Gaulle. Simonne Mathieu, la championne de tennis, est devenue Capitaine de l’armée française.

Une femme passionnée


Femme courageuse et passionnée, Simonne Mathieu se montre sur les courts comme dans la vie : impulsive, fonceuse et tenace.

“Sur le court, mon adversaire c’est mon ennemi.“

Lors du tournoi de Monte-Carlo en 1939, alors qu’elle dispute la finale contre Hilde Sperling, une erreur d’arbitrage lui fait quitter le match.

Une attitude impétueuse qui ne passe jamais inaperçue surtout à Wimbledon, notamment, où elle se fera remarquer à deux reprises pour ses coups de sang : en 1931 d’abord, alors qu’elle est battue en demi-finale par l’Allemande Cilly Aussem, Simonne Mathieu quitte le court très rapidement avoir n’avoir “échangé qu’une poignée de main purement conventionnelle, on ajoute même négligée“.

Cinq ans plus tard, lors du tournoi de 1936, un écart de langage sur le court lui vaut de consolider sa réputation de joueuse au fort tempérament.

Le 8 décembre 1936, le Miroir des Sports rapporte ainsi : “Comme le filet venait, à différentes reprises de faire dévier la balle hors de sa portée, Mme Mathieu ne peut réprimer un mouvement d’humeur, jetant rageusement sa raquette, elle s’écria dépitée ‘Même ce damné filet est Anglais !’ Or, l’usage du mot “damné“ passe chez les Britanniques pour une faute grave contre les convenances.“

Henri Cochet, Simonne Mathieu, Yvon Pétra, premier match post-Occupation à Roland-Garros / first Roland-Garros match after World war II.©DR-don famille Mathieu
Le match de la Libération


17 septembre 1944. Il est 14h30. En ce dernier dimanche d’été, un match prend place, symbolisant la liberté retrouvée. Les joueurs français Henri Cochet et Yvon Pétra s’affrontent sur le court Central. C’est le match de la Libération.

Le soleil brille et juchée sur sa chaise -vêtue de son uniforme de capitaine des Forces Françaises libres- l’ancienne joueuse Simonne Mathieu est désignée juge-arbitre de ce match mythique. Elle fait un retour triomphant sur les courts de Roland-Garros. Le duel s’achève, Pétra a battu Cochet, “le Magicien“ 6/1, 6/2.