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Simonne Mathieu, femme de tête

Par Guillaume Willecoq   le   mercredi 22 novembre 2017
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Avec ses treize titres en Grand chelem, dont dix à Roland-Garros (deux en simple, six en double, deux en mixte), Simonne Mathieu n'est devancée que par Suzanne Lenglen dans la légende du tennis féminin français. Mais cette Parisienne née en 1908 et décédée en 1980 n'affiche pas seulement le plus beau palmarès du tennis tricolore - hommes et femmes confondus, pour le coup - entre les années 1930 et le XXIe siècle ; cette femme de caractère, de convictions, a largement débordé du strict cadre du tennis par son engagement dans les Forces françaises libres durant la Seconde guerre mondiale. Simonne Mathieu, ou comment gagner Roland-Garros avant la guerre, et défiler au côté du général de Gaulle à la Libération.

Dans l’intervalle de près de 80 ans qui sépare les accomplissements fondateurs de Suzanne Lenglen et ceux, modernes, d’Amélie Mauresmo et Mary Pierce, la grande figure du tennis français, ce fut elle : Simonne Mathieu. Le genre de forte personnalité capable de perdre non pas une, deux, trois, quatre ou cinq finales de Roland-Garros, mais six (dont trois consécutives face à la même adversaire, l'Allemande Hilde Sperling), sans jamais rien céder au découragement pour remporter enfin le titre à sa septième tentative, en 1938 !

Cette édition du tournoi est même son chef-d’œuvre, puisqu’elle y remporte les trois épreuves du simple, double dames et double mixte. Elle conservera son titre du simple en 1939, achevant de faire de son palmarès le plus beau du tennis français, hommes et femmes confondus, entre les Mousquetaires des années 20 et le duo Pierce - Mauresmo au XXIe siècle, et ériger ainsi son parcours en modèle d’opiniâtreté et de résilience.

Le premier match joué à Roland-Garros après la Libération ? C'est elle qui l'arbitre !

Sur le terrain, Simonne Mathieu est une combattante. Son jeu est plutôt défensif, son point fort l’endurance, imposant à ses adversaires un défi physique relativement inédit pour l’époque. Combattante, Simonne Mathieu l’est aussi – et surtout – au regard de la grande Histoire. Au sommet de sa carrière sportive lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, elle rallie Londres immédiatement après l’armistice du 22 juin 1940 et se met à la disposition du général de Gaulle, qui la missionne pour constituer un corps féminin de volontaires françaises destiné à servir dans les armées en tant que pilotes, médecins… Simonne Mathieu en devient la commandante et y organise à la fois recrutement et entraînements. Jamais assez près du théâtre des opérations, elle est à Alger en 1943 avec le général de Gaulle, au côté duquel elle figure à nouveau lors du défilé sur les Champs-Elysées le jour de la Libération de Paris, le 26 août 1944.

Trois semaines plus tard, le 17 septembre, c’est toujours vêtue de son uniforme de capitaine des Forces françaises libres que Simonne Mathieu pénètre sur le court Central de Roland-Garros pour y donner le coup d’envoi du premier match joué dans Paris libéré, rencontre de générations opposant Henri Cochet, le mythique "Mousquetaire", à Yvon Pétra, jeune premier incarnant la relève (il gagnera Wimbledon deux ans plus tard). Qui d’autre qu’elle était alors plus habilitée à prononcer le traditionnel "Prêts ? Jouez !" si lourd en symboles ce jour-là ? Il est des rites dont on ne lasse pas quand on a craint de les perdre…

Dorénavant âgée de 36 ans, Simonne Mathieu ne rejouera jamais les Internationaux de France. Elle présidera en revanche par la suite la commission féminine de la Fédération française de tennis et dirigera l’équipe de France pré-Fed Cup – Françoise Dürr se souvient encore de son émotion quand Simonne Mathieu lui annonça sa première sélection en équipe nationale.

La FFT lui avait déjà rendu hommage en donnant son nom à la coupe remise aux gagnantes du double dames des Internationaux de France, épreuve qu’elle a remporté à six reprises, dont quatre consécutives (1933, 1934, puis de 1936 à 1939). Elle va plus loin aujourd’hui en nommant le futur court des Serres d’Auteuil "court Simonne-Mathieu", voué à devenir le troisième court du complexe par la taille, après le Central Philippe-Chatrier et le court Suzanne-Lenglen. Trois géants du tennis français… et tellement plus que cela.

Son palmarès

A Roland-Garros

Simple : championne en 1938 et 1939 ; finaliste en 1929, 1932, 1933, 1935, 1936 et 1937.
Double : championne en 1933 (avec Elizabeth Ryan), 1934 (Elizabeth Ryan), 1936 (Billie Yorke), 1937 (Billie Yorke), 1938 (avec Yorke) et 1939 (Jadwiga Jedrzejowska).
Mixte : championne en 1937 (avec Yvon Pétra) et 1938 (Dragutin Mitic).

Et ailleurs

Demi-finaliste du simple dames de Wimbledon en 1930, 1931, 1932, 1934, 1936 et 1937.
Championne du double dames de Wimbledon en 1933 (avec Elizabeth Ryan), 1934 (Elizabeth Ryan) et 1937 (Billie Yorke).
Finaliste du double dames de l’US Open en 1938 (avec Jadwiga Jedrzejowska).

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