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Légendes - Martina Hingis, au presque parfait

Par Julien Pichené (avec Guillaume Willecoq)   le   dimanche 29 octobre 2017
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Simple, double, mixte : elle a gagné partout, dans toutes les épreuves… ou presque : pour l’éternité, il manquera à Martina Hingis le simple dames de Roland-Garros, unique épreuve du Grand chelem qu’elle n’ait pas remporté dans sa glorieuse carrière. Et pourtant ce n’est pas faute d’être passée tout près…

"Ne t'inquiète pas, tu as tout le temps de gagner." Nous sommes le 5 juin 1999. Steffi Graf vient de remporter son sixième Roland-Garros, disposant en finale de la petite prodige Martina Hingis, la n°1 mondiale, qui perd là sa deuxième finale parisienne en trois ans, après 1997. Mais Martina n’a que 18 ans et le meilleur semble encore à écrire pour cette joueuse de génie - et le terme n'a rien de galvaudé quand on la voit évoluer sur le court - qui compte déjà cinq titres du Grand chelem à son palmarès.

Sauf que… Sauf que Steffi Graf se trompe. Martina Hingis a en réalité déjà terminé sa moisson en simple. Fine tacticienne mais peu puissante, la Suissesse s’apprête à se faire déborder de toutes parts par le tennis du XXIe siècle, celui des sœurs Williams, de Lindsay Davenport, de Jennifer Capriati. Armée de son exceptionnelle intelligence de jeu et sa palette technique au diapason, Martina fera encore des places d’honneur (trois finales de suite en Australie de 2000 à 2002) mais ne gagnera plus. Quant à Roland-Garros, elle n’y jouera plus que trois fois en simple, sans jamais dépasser les demi-finales.

"C'est marrant, j'ai toujours cru que je gagnerais ce tournoi un jour ou l'autre. Je pensais même que c'est à Roland-Garros que je remporterais mon premier titre du Grand chelem." Comment lui donner tort quand elle prononce ces paroles en mai 2000 ? Comment concevoir à ce moment que ce tournoi allait résister, encore et toujours, à son talent insolent ?

Six titres à Roland-Garros.. mais pas de simple

Et pourtant… Dans l'esprit du grand public, Martina Hingis a intégré elle aussi, bien malgré elle, le clan des maudits de Roland-Garros, au même titre que Maria Bueno, Jimmy Connors, John McEnroe, Stefan Edberg, Boris Becker ou Pete Sampras. Maudite ? Un mot un peu fort sans doute, qui se conjugue mal avec son total de six trophées soulevés à Paris : trois en juniors (simple en 1993, à 12 ans, un record de précocité qui n’est pas prêt de tomber, avant un combo simple et double en 1994), deux en double dames (1998 avec Jana Novotna et 2000 avec Mary Pierce) et un en double mixte (2016, avec Leander Paes). Mais restera à jamais le simple, seule épreuve du Grand chelem qu’elle n’ait pas coché, seule épreuve à lui manquer pour rejoindre Martina Navratilova, Margaret Court et Doris Hart parmi les joueuses (aucun joueur n’y est parvenu) ayant remporté toutes les épreuves professionnelles du Grand chelem.

Du titre juniors en 1993 (gagnante la plus précoce de l'Histoire en Grand chelem, toutes catégories confondues), à celui du double mixte deux décennies plus tard, en 2016.

1999, l'une des finales les plus folles de l'histoire de Roland-Garros

Son ascension a pourtant un temps semblé tout aussi irrésistible dans l’épreuve reine du tournoi parisien. En 1995, à 14 ans, elle gagne deux matchs dans le grand tableau, avant d'atteindre la finale dès 1997, année de son Petit chelem et de son accession à la place de numéro 1 mondiale. La petite prodige donne l'impression de jouer en marchant et impose sa classe partout cette année-là, Partout ? Presque. C'est Porte d'Auteuil que le bât blesse et qu'il blessera toujours. Malgré une autre finale en 1999, ce titre attendu n'est jamais venu. En manque de compétition en raison d'une chute de cheval, Hingis s'effondre physiquement lors de la première, perdue 6/4 6/2 contre la Croate Iva Majoli. La seconde, elle, a sans doute été concédée pour des raisons mentales, face à l'Allemande Steffi Graf, l'ex-reine des lieux.

Top 5 des finales dames de Roland-Garros : Graf - Hingis 1999 y figure évidemment

Top 5 des finales dames

En 1999, Graf n'a plus rien à prouver, mais s'offre une dernière danse pour le pur plaisir, à un mois de la retraite. Hingis domine la première moitié du match, sert pour le titre à 6/4 5-4, mais perd soudainement le contrôle de ses nerfs. La voilà maintenant chahutée par une partie du public, qui n'apprécie pas ses réactions alors qu'elle perd pied (elle traverse le terrain pour aller contester une décision d'arbitrage, sert à la cuillère sur la balle de match). Le match vire au drame pour celle qui réapparaît soudain comme ce qu'elle est après tout encore : une enfant. Elle terminera l'après-midi en pleurant à chaudes larmes sur l'épaule de sa maman de coach, scène crèvecoeur concluant l'un des matchs les plus fous jamais vus à Roland-Garros.

C’est le moment de la fameuse prédiction : "Ne t'inquiète pas, tu as tout le temps de gagner", lui glisse une Graf radieuse pendant la cérémonie, qu'Hingis avait d'abord tenté d'esquiver. Mais le temps file entre les doigts de tout le monde, y compris des génies précoces.

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