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Victor Pecci : "Et tout le stade s'est mis à crier mon nom"

Par Guillaume Willecoq   le   mardi 12 septembre 2017
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Il a fait chanter des "Pe-cci, Pe-cci" aux tribunes, reléguant Björn Borg au rang de simple spectateur d'une finale de Roland-Garros que le Suédois venait pourtant de remporter. Avec son physique de beau brun ténébreux, son diamant à l'oreille et son tennis résolument offensif en pleine ère du lift tout-puissant, Victor Pecci fut le frisson du tournoi 1979, dont il fut finaliste après avoir éliminé quatre têtes de série, dont Guillermo Vilas et Jimmy Connors. Le Paraguayen adorait Roland-Garros... et le public le lui a bien rendu, en l’intégrant à la petite liste très exclusive de ses chouchous étrangers. Retour sur ses hauts faits parisiens en compagnie de celui qu'un vote populaire désigna en 2011 plus grand sportif de l'histoire de son pays.

Son Roland-Garros

"Ma première visite à Roland-Garros a représenté un choc. C’était en 1973. J’avais 17 ans et je venais jouer le tournoi junior. C’était la première fois que je voyageais en Europe. J’étais seul, sans mes parents ni personne. Roland-Garros était mon premier Grand chelem. Le découvrir dans ces conditions, c’était comme découvrir un nouveau monde. Il n’y avait pas encore Internet ou WhatsApp, qui abolissent les frontières. Quant à la télévision au Paraguay, elle ne diffusait pas le tennis. En arrivant à Roland-Garros, c’était une découverte totale : hormis des photos, je ne savais pas ce qu’était le monde du tennis. Un choc pour moi donc, mais qui s’est bien passé puisque j’ai gagné le tournoi : ce monde qui s’ouvrait à moi me plaisait énormément."

"Je dois dire que c’est ma finale ici, en 1979, qui a fait de Roland-Garros un tournoi très connu au Paraguay. A la base, nous ne sommes pas un pays de tennis. On pratique plus les sports collectifs : foot, basket, volley… Moi-même, petit, je pratiquais foot, natation et tennis. J’ai eu de la chance que mon père m’ait soutenu quand j’ai choisi le tennis car ce n’était pas le choix le plus facile : c’est un sport qui demande des installations bien précises, un budget conséquent, qui amène à voyager loin pour progresser… Des obstacles toujours valables aujourd’hui, d’ailleurs, même s’il y a eu un "boum" lorsque je jouais : il y a eu ma finale à Roland-Garros, des quarts de finale en coupe Davis… A ce moment-là, le tennis est devenu populaire au Paraguay. Mais jusqu’à ma finale à Roland-Garros, les gens ne connaissaient rien à la façon de compter les points en tennis. 15-0, 30-0, 30A, 30-40… ce n’est pas naturel. Il a fallu l’impact de la première finale de Grand chelem d’un Paraguayen pour amener les gens au tennis. Mais cela reste difficile de sortir des joueurs de tennis au Paraguay. Les obstacles que j’ai rencontrés à mon époque sont toujours valables aujourd’hui, même s’ils se sont atténués. Mais au moins, depuis ma finale, les gens suivent Roland-Garros. La finale est un rendez-vous sportif annuel important."

"Même si j’avais un jeu porté vers le filet, j’aimais beaucoup la terre battue. J’ai grandi sur cette surface, je me sentais à l'aise dessus. Et puis j’aimais le format au meilleur des cinq sets. Pour moi, c’est ça le format du tennis. Les matchs dont on se souvient sont des matchs en cinq sets. Et moi j’étais résistant physiquement donc ça ne me faisait pas peur. Au contraire, je trouvais que les cinq sets me laissaient plus de temps pour entrer dans mon match, installer mon jeu… Je me sentais fort dans la durée d'un match."

Auteur dès 1979 de ce qui est peut-être le premier tweener recensé à Roland-Garros (et en Grand chelem)

Pecci 1979 : le premier tweener vu à RG?

"A Roland-Garros je connaissais le chemin"

"Roland-Garros a marqué ma carrière. J’ai gagné les juniors, fait finale dans le tableau principal… Et il ne faut pas oublier que deux ans plus tard, en 1981, je joue encore les demi-finales, sans d’ailleurs ressentir ça comme une surprise. Cela peut paraître présomptueux, mais à Roland-Garros je connaissais le chemin."

"Je suis venu à Roland-Garros en tant que joueur. J’y suis venu en tant qu’entraîneur, avec mes compatriotes Rossana de los Rios, qui a gagné le tournoi junior en 1992, puis Ramon Delgado, qui a atteint les huitièmes de finale en 1998 après avoir battu Pete Sampras en route. J’y suis venu comme vétéran jouer les Légendes – j’ai même gagné le trophée en 2004, trente ans après les juniors ! Mais aujourd'hui je ne joue plus. J’ai de l’arthrose au dos, une hernie discale, toutes ces choses pas très agréables qui accompagnent le sportif de haut niveau quand il vieillit."

"Ce stade, et cette ville, me sont chers. Pour moi, Paris est la plus belle ville du monde. A chaque fois que j’y viens, je suis émerveillé par sa beauté. Je suis allé à Versailles, on dirait un palais de contes de fées ! Il n’y a que le climat qui laisse à désirer (rires)."

Sa finale en 1979

"C’est "le" temps fort de ma carrière, celui qui a marqué les gens. Lors des deux premiers tours (contre François Jauffret et Pavel Slozil, ndlr), je ne jouais pas très bien mais j’avais réussi quand même à gagner en quatre sets à chaque fois, malgré beaucoup de difficultés. Puis, à partir du troisième tour contre Corrado Barazzutti, c’est comme si mon jeu s’était assemblé : service meilleur, déplacement plus rapide, donc coups plus précis et frappés avec plus de puissance… Je me suis senti de plus en plus fort jusqu’à la finale. Plus fort contre Harold Solomon en huitièmes que contre Barazzutti, plus fort contre Guillermo Vilas en quarts que contre Solomon, et plus fort contre Jimmy Connors en demies que contre Vilas. Solomon et Vilas, des "murs" en défense, je gagne facilement, en trois sets, en les agressant tout le temps. Ils ne pouvaient rien faire. Un sentiment incroyable... Contre Connors, qui était très offensif comme moi, j'ai joué un peu plus en contre mais sans jamais perdre la sensation que je contrôlais le match."

Son tournoi 1979
(non tête de série)

1er tour : bat François Jauffret 6/7 6/4 7/5 6/1
2e tour : bat Pavel Slozil 6/3 2/6 6/3 6/4
3e tour : bat Corrado Barazzutti (n°15) 7/5 6/3 7/6

 

8e de finale : bat Harold Solomon (n°6) 6/1 6/4 6/3
1/4 de finale : bat Guillermo Vilas (n°3) 6/0 6/2 7/5
1/2 finale : bat Jimmy Connors (n°2) 7/5 6/4 5/7 6/3
Finale : perd contre Björn Borg (n°1) 6/3 6/1 6/7 6/4

"Je dirais que ces victoires contre Vilas et Connors sont les plus fortes de ma carrière : la première parce qu’avec Vilas, c’est un duel de sud-américains et qu’existe une rivalité forte entre Argentins et Paraguayens. C’est toujours particulier. Et le second parce que c’était Connors, un n°1 mondial, et que ce succès m’ouvrait les portes de la finale de Roland-Garros."

"Durant tous ces matchs, le soutien du public m’a beaucoup aidé. Je me sentais porté. J’ai eu cette chance que les gens se prennent d’affection pour moi. Ils m’ont permis d’appréhender ce qui m’arrivait, le fait de passer des courts annexes au Central – deux choses bien différentes. Pour moi, le premier match sur le Central a été le quart contre Vilas. Et là, ce soutien du public a eu beaucoup d’importance : ils m’ont aidé à me sentir bien sur ce court aux dimensions hors normes, en confiance pour y produire mon meilleur tennis."

Pecci - Connors, demi-finale 1979 : les temps forts

Pecci - Connors, demies 1979 : temps forts

"En finale encore, je jouais bien mais… mais Borg c’était autre chose. Il était plus difficile à jouer que les autres. Il ne faisait pas une seule faute, et sanctionnait la moindre de vos erreurs. Avant la finale, j’y croyais, parce que je jouais bien. Et avec les victoires précédentes j’étais forcément en confiance. Mais une fois le match débuté… J’ai toujours couru après le score. Sans faire un mauvais match, encore une fois – je n’ai pas l’impression d’être passé à côté – mais en étant toujours derrière au tableau de score. Les troisième et quatrième sets ont été serrés… mais j’avais perdu les deux premiers depuis longtemps. Alors…"

"Et tout le stade s'est mis à crier mon nom"

"J’ai perdu la finale, mais le public m'a offert un des moments les plus émouvants de ma carrière à l’issue du match. J’étais là, redescendu de la remise des prix avec mon trophée de finaliste, déçu forcément, quand un petit groupe de spectacteurs est descendu sur le court pour me porter en triomphe. Et tout le stade s'est mis à crier mon nom. "Pe-cci, Pe-cci"... Je n'en revenais pas. C’était formidable comme démonstration d’affection. Pour eux c’est comme si j’avais gagné. Je n’oublierai jamais."

Chouchou du public : Victor Pecci 1979

Ses champions

"Björn Borg avait une constitution physique naturellement meilleure que les autres. Il était plus résistant que les autres, plus rapide que les autres. Il ne faisait pas de fautes, n’avait jamais de coup de moins bien, ni physiquement ni mentalement : il donnait l’impression de ne jamais avoir de 'jour sans'."

"Dans le jeu, ce qui faisait la différence avec Vilas, Connors ou les autres était qu’il jouait un peu plus profondément qu’eux. Sa balle rebondissait près de la ligne, sans qu’il fasse pour autant de faute. Il vous maintenait derrière la ligne de fond de court et vous empêchait de vous mettre en position d’attaquer. Et comme il était le plus fort lorsque les points duraient… vous étiez condamné à monter au filet dans de mauvaises conditions, et il vous ajustait en passing ou en lob, exercices dans lesquels il était là aussi d’une précision infaillible."

"Après est arrivé John McEnroe, doté d’un talent naturel incroyable, qui lui a permis de prendre l’ascendant sur Borg sur surfaces rapides. Mais McEnroe était exceptionnel. Puis est arrivé Lendl, plus puissant que tout ce qu’on connaissait alors. Il était jeune, mais il a pu pousser Borg à jouer cinq sets en finale de Roland-Garros 1981. Si Borg avait continué sa carrière (il a arrêté en 1982, à 26 ans, ndlr), ils auraient pu avoir encore de grands duels et Lendl aurait eu plus de chances que n’importe qui d’autre de trouver la solution sur terre face à Borg. D’autant que la révolution du matériel, quand les raquettes composites ont remplacé les raquettes en bois au début des années 1980, allait dans le sens du jeu en puissance de Lendl. Borg aurait eu plus de mal à y trouver avantage dans son jeu, je crois. Mais à mon époque en tout cas, oui, Borg était le tennisman ultime."

"Björn Borg est devenu un ami. C’était impossible de ne pas s’entendre avec lui. Le joueur nous battait quasiment tout le temps mais l’homme est tellement gentil, humble. En 2009, il est venu jouer un match exhibition au Paraguay avec moi, pour fêter les 30 ans de notre finale à Roland-Garros."

Son palmarès

A Roland-Garros

Simple : finaliste en 1979 ; demi-finaliste en 1981 ; huitième de finaliste en 1978.
Double : quart de finale en 1983 (avec Francisco Gonzalez).
Mixte : quart de finale en 1978 (avec Pam Teeguarden).
Juniors : vainqueur en 1973.

Et ailleurs

10 titres ATP, dont 9 sur terre battue. Finaliste des Internationaux d’Italie, à Rome, en 1981. Numéro 9 mondial en 1980.

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