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"Rafa" redevient n°1, mais tout est différent

Par Guillaume Willecoq   le   lundi 21 août 2017
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Ce lundi, Rafael Nadal retrouve le premier rang mondial, qu’il n’avait plus occupé depuis trois ans. Mais cette quatrième accession au trône raconte tout autre chose, de "Rafa" en particulier et du tennis masculin en général, que les trois précédentes.

Alexander Zverev et Grigor Dimitrov triomphent à Montréal et Cincinnati, et Rafael Nadal redevient n°1 mondial. Malicieux télescopage d’évènements, où dans le même temps de nouveaux noms apparaissent au sommet tandis que les grands anciens s’accrochent au pouvoir. Malicieux, mais parlant. On y est peut-être enfin, au point d’équilibre entre les légendes installées et ceux qui sont amenés à les supplanter. Passation de pouvoir ? On n’ira pas jusque-là. Pas tout de suite. Mais le temps, que Rafael Nadal et Roger Federer en particulier ont tellement bien su figer, a repris son cours. Pour la première fois, des joueurs nés dans la décennie 90 ont gagné des grands titres. Pour la première fois, trois Masters 1000 de suite ont échappé au "Big Four"... qui s’est consolé avec les trois premiers Grands chelems de l’année, deux pour "Rodgeur", un pour "Rafa", comme aux grandes heures de 2006 - 2007. Quelle tendance l’emportera à l’US Open ?

De la terre à la lune

Ces périodes de transition sont toujours excitantes. Elles sont un passage de témoin nécessaire au Jeu, sa crédibilité – que ne dira t-on si le numéro 1 des prochaines années n’a pas signé quelques grandes victoires sur le duo "Fedal" au préalable, comme pour entériner une continuité dans la lignée des champions –  et, histoire de joindre l’agréable à l’utile, réservent bien souvent des étincelles. Roger Federer et Pete Sampras ne se sont croisés qu’une fois, mais tout le monde s’en souvient. Les face-à-face entre le Suisse et Andre Agassi ont offert quelques-uns des morceaux de bravoure épiques du milieu des années 2000 (US Open 2004 et 2005 a minima). A l’opposé existera toujours le regret que le physique de Gustavo Kuerten l’ait trahi avant qu’il ait le temps d’affronter "Rafa" sur terre.

18 août 2008, 6 juin 2010, 7 octobre 2013 et donc 21 août 2017 : les quatre dates auxquelles "Rafa" a conquis, ou reconquis, le trône mondial. Mais celle-ci s’avère en réalité bien différente des trois précédentes. A vrai dire, elle n’a même qu’un point commun : la terre. Comme en 2008 (Monte-Carlo, Barcelone, Hambourg, Roland-Garros), 2010 (Monte-Carlo, Madrid, Rome, Roland-Garros) et 2013 (Barcelone, Madrid, Rome, Roland-Garros), "Rafa" a tout raflé sur terre battue en 2017 (Monte-Carlo Barcelone, Madrid, Roland-Garros). Même s’il n’est pas que cela, en attestent ses cinq titres du Grand chelem conquis ailleurs qu’à Roland-Garros, Rafael Nadal est sans discussion possible un terrien. Et quand il devient n°1 mondial, c’est qu’il a tout raflé sur "sa" surface. Systématiquement. Cette année, ces fondamentaux sont encore plus marqués que d’habitude : 61,2% de ses 7645 points ATP ont été acquis sur ocre ! Ailleurs, le "king of clay" a joué placé (finales à l’Open d’Australie, à Miami, à Acapulco) mais attend toujours son premier titre sur dur depuis janvier 2014 (Doha).

L'hommage à Rafael Nadal

Le numéro 1 "normal"

C’est aussi cela, la particularité de la reprise de pouvoir de "Rafa" : celle d'un numéro 1 fragile dès son accession au pouvoir. Ses 7645 points au compteur sont le plus petit nombre de points pour un joueur accédant au trône dans ce barème de points, établi en 2009. Un an après le climax représenté par les 16 000 points de Novak Djokovic au sortir de son Roland-Garros victorieux, la routine des dominants incontestables et incontestés (Federer de 2004 à 2007, puis encore en 2009, Nadal en 2008, 2010 et 2013, Djokovic en 2011, 2015 et début 2016) établissant leur suprématie sur des cycles longs de succès (la saison 2016 d’Andy Murray mérite aussi mention en ce sens) en a pris un coup. Voici venir l’instabilité qui caractérise en général les tournants d’époque.

Et puisqu’il ne faut surtout pas diminuer l’aboutissement que cela n'en représente pas moins, notons que Rafael Nadal devient, à 31 ans, 2 mois et 18 jours, le troisième "plus vieux" n°1 au classement ATP, derrière Andre Agassi et Roger Federer, ainsi que celui qui aura laissé s’écouler le plus de temps entre sa première accession au trône et la dernière en date (9 ans, mieux que Jimmy Connors et Andre Agassi). Sacré pied de nez à la foule d’observateurs qui voyaient en lui en 2005 un simple terrien que la débauche d’énergie à l'échange condamnait à une carrière éclair. Le parcours de "Rafa" est certes parsemé de trous – neuf Grands chelems, une Olympiade et cinq Masters de fin d’année loupés dans sa carrière – mais atteint une longévité exemplaire.

Le temps de tous les possibles

Maintenant, reste à savoir combien de temps il pourra défendre cette place de "numero uno". A court terme, un plus vieux que lui encore est à l’affût : Roger Federer. Au coup d’envoi de l’US Open, il n’y aura que 320 points d’écart entre les deux éternels inséparables. Même pas un quart de finale à New York. Quart, c’est le résultat d’Andy Murray à Flushing Meadows l’an passé : même si ce n'est pas la tendance du moment, un grand tournoi du n°1 de la saison 2016 pourrait lui rendre le trône qu’il vient d’abandonner. Et puis derrière, à moyen terme, il y a la jeune garde : Alexander Zverev notamment a de petits airs de Novak Djokovic il y a 10 ans tout pile. La confirmation de sa percée des derniers mois en Grand chelem, dès l’US Open ou à Melbourne en janvier prochain, l’amènerait à des hauteurs crédibles pour prétendre au leadership mondial dans pareil contexte de redistribution des cartes.

A cette heure, personne ne peut se targuer d’un ascendant net sur le reste du circuit. 2017 est décidément une année pleine de surprises, un chamboule-tout permanent par rapport à ce qui s’était écrit les saisons précédentes, et n’a peut-être pas fini de nous étonner. Tout peut arriver ces prochains mois. Un "Rafa" qui surprend encore son monde à l’US Open pour affermir son pouvoir jusqu’au printemps prochain, comme une valse des numéros 1 conduisant à voir trois - ou même quatre -  hommes se relayer sur le trône au cours d’une même saison – Murray, Nadal… Federer ? Zverev ? Ce serait alors une première depuis 2003. Autres temps, mais même contexte de passation de pouvoir entre une génération glorieuse symbolisée par Andre Agassi, et une nouvelle vague incarnée par Lleyton Hewitt, Juan Carlos Ferrero, Andy Roddick et Roger Federer... tous alors à égalité sur la ligne de départ. Nous sommes à nouveau au temps de tous les possibles.

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