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Qui est Denis Shapovalov, le tombeur de Rafael Nadal à Montréal ?

Par Guillaume Willecoq   le   jeudi 10 août 2017
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Ce qu’il faut savoir à propos de Denis Shapovalov, l’adolescent canadien sans complexes qui a privé (au moins temporairement) Rafael Nadal de la première place mondiale en l'éliminant dès les huitièmes de finale du Masters 1000 de Montréal (3/6 6/4 7/6).

Il est précoce

On ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas vu venir de loin : junior de premier plan (titre à l’US Open 2015 en double, titre en Coupe Davis junior en 2015, titre à Wimbledon 2016 en simple), il remporte son premier titre professionnel Future à 16 ans, en janvier 2016, avant de mettre à profit, quelques mois plus tard, sa wild-card au Masters 1000 du Canada pour "perfer" à Top 20 au premier tour face à Nick Kyrgios (19e). Il poursuit sur sa lancée début 2017 en remportant son premier titre Challenger (Drummondville) à 17 ans et 11 mois, temps de passage remarquable renvoyant sensiblement à Novak Djokovic, Juan Martin del Potro, Roger Federer ou, pour les plus récents, Alexander Zverev et Nick Kyrgios.

Shapovalov leur passe même devant par ses victoires sur del Potro et, surtout, Rafael Nadal, cette semaine à Montréal, puisqu'il devient à cette occasion le plus jeune quart de finaliste jamais enregistré en Masters 1000 (catégorie structurée en tant que telle en 1990), ainsi que le plus jeune joueur à battre un Top 2 mondial depuis… Nadal et sa victoire fondatrice sur Roger Federer à Miami en 2004 ! Au prochain classement ATP publié, il pointera - au pire - à la 67e place mondiale. A 18 ans et 3 mois, il est le benjamin du Top 200 mondial. Il faut descendre jusqu'à la 222e place ATP pour trouver plus jeune que lui : son compatriote Felix Auger-Aliassime, 17 ans.

Il appartient à une génération faste

S’il ne sort pas de nulle part, il n’avance pas non plus tout seul : Denis Shapovalov s’inscrit dans une formidable dynamique de fond pour le tennis de son pays. Milos Raonic, Eugénie Bouchard et Vasek Pospisil sont des valeurs sûres du circuit principal. Shapovalov, lui, représente la deuxième vague, avec ses condisciples Felix Auger-Aliassime, Bianca Andreescu ou Benjamin Sigouin, tous à l’âge de la transition des juniors vers le monde pro. Le tennis canadien bouillonne et l’émulation fonctionne : "Il est mon modèle et une inspiration, dit ainsi Shapovalov de Raonic. Il nous montre que c'est possible d'aller très haut, que ce n'est pas réservé aux autres."

Lequel Raonic se sent très à l'aise avec ce statut d'exemple et rend la pareille à son cadet en matière de politesses : "Son avenir s'annonce brillant. Il y a vraiment beaucoup de raisons d'être optimiste pour le futur du tennis canadien." Nul doute qu’une prestation comme celle réalisée par Shapovalov aux dépens de "Rafa" donnera des idées à ses compagnons d’entraînement en même temps qu’elle représentera un coup de fouet pour ses aînés.

Denis Shapovalov

Il est gaucher et joue son revers à une main

C’est sa spécificité – son charme, diront certains : Shapovalov est non seulement gaucher, mais il pratique en outre le revers à une main. Deux particularités qui, cumulées, deviennent rareté… Alors quand, en plus, le revers en question s’avère une arme d’attaque et non de temporisation (7 coups gagnants passés à Rafael Nadal la nuit dernière, contre 33 (!) en coup droit), il faut chercher loin – et haut – dans les palmarès pour trouver traces de références antérieures : Laver, McEnroe, Muster, Korda, Leconte… Une longue (et glorieuse) tradition quelque peu tombée en désuétude au XXIe siècle, mais dont le jeune Denis pourrait bien raviver la lignée.

"Parfois, je me dis que c'est peut-être un Henri Leconte du futur," en sourit Louis Borfiga, le Français à l’origine de cette lame de fond, créateur du premier Centre de formation du tennis au Canada, en 2007. "Denis a des éclairs dans son jeu qui me font penser à Henri !" Shapovalov sera-t-il plutôt un Leconte, ou plutôt un Laver – auquel le Français était comparé au début de sa carrière ? Nul ne le sait à cette heure, pas même lui. Trop de paramètres entrent en compte dans la construction de ce qu'on nomme un champion. Mais avec son tennis explosif et son goût des grands matchs, il va amener une variété et un frisson bienvenus dans le tennis de "l’après-Big Four".

Il est entraîné par sa mère

Ou, plus précisément, sa mère est la figure qui n’a cessé d'accompagner le jeune Denis au fil de sa formation, depuis ses premiers coups de raquette à l’âge de cinq ans, dans le club de Toronto ou elle enseignait, jusqu’à la concrétisation d’un projet professionnel dans une structure privée montée de toutes pièces pour son fils. Elle-même ancienne joueuse de haut niveau (445e à son meilleur, en 1993), Tessa Shapovalova est notamment celle qui, contre l’orthodoxie dominante, s’est battue pour que son fils conserve son revers à une main et, plus généralement, ne bride jamais ses velléités offensives naturelles.

Sachant où elle voulait amener son fils, cette maman "à la Judy Murray" n'en a pas moins su ouvrir ce cercle familial à d'autres compétences, d'un entraîneur particulier, Adriano Fuorivia, entre 13 et 17 ans, à l'apport aujourd'hui de Martin Laurendeau, à la fois son coach – depuis janvier – et son capitaine de coupe Davis, Shapovalov ayant intégré le groupe canadien en 2016. On l'a aussi vu en stage d’intersaison hivernal chez Günter Bresnik, l’entraîneur de Dominic Thiem, préparant 2017 aux côtés de l’Autrichien, mais aussi de Jerzy Janowicz et Philipp Kohlschreiber. "On a beaucoup travaillé mon coup droit, explique le jeune homme. Günter a eu l'oeil très critique par rapport à ma technique en fin de geste. Nous avons passé de longues heures à nous focaliser sur ce coup. Cela m'a beaucoup apporté." Ce n'est pas "Rafa" qui dira le contraire.

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