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Mervyn Rose et l'âge d'or des Australiens

Par Guillaume Willecoq   le   mardi 25 juillet 2017
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Il a appartenu à l’âge d’or australien qui, dans les années 1950 et 1960, cumula un temps, de l’US Open 1951 à l’Open d’Australie 1972, 55 titres en Grand chelem sur 80 titres attribués en simple messieurs ! Si cette razzia a reposé sur quelques têtes d’affiches principales (Rod Laver, Ken Rosewall, Roy Emerson, John Newcombe…), l’usine à champions d’Harry Hopman, l’entraîneur qui a formé plus de champions que n’importe qui d’autre dans l’histoire du tennis, a également fonctionné à plein avec des joueurs du calibre de Mervyn Rose, lequel apporte sa pierre à l’édifice record du tennis "aussie" par ses victoires à l’Open d’Australie 1954 et à Roland-Garros en 1958.

Né en 1930, Rose répond parfaitement au signalement du serveur-volleyeur athlétique comme Hopman les façonne en série. Petite particularité : il est gaucher, et son enchaînement parfaitement maîtrisé "service slicé extérieur - volée de revers dans le court grand ouvert", bien que répétitif, s'avère d'une efficacité redoutable sur terre battue. C'est d'ailleurs à Roland-Garros qu'il conquiert ses premiers galons : "C'est avec ma finale en double mixte là-bas, en 1951, que j'ai commencé à me faire connaître au pays et que j'ai décroché ma première sélection en coupe Davis, se rappelait-il en 2002 au micro de Gil de Kermadec. A l'époque, c'était compliqué en Australie de se faire un nom. Quand j'ai débuté, il y avait les grands anciens, John Bromwich - mon idole, un joueur que la guerre a privé d'une encore plus grande carrière - ou Frank Sedgman. Puis avec moi sont arrivés Ken Rosewall et Lew Hoad, et à la fin de ma carrière Roy Emerson, Rod Laver, Tony Roche... A peu de choses près - autrement dit à part Pancho Gonzales - pour être n°1 australien il fallait être n°1 mondial !"

Mervyn Rose (à droite) avec l'Américain Budge Patty, à Roland-Garros en 1955.

Mervyn Rose ne le sera jamais, les historiens du jeu l'estimant n°3 mondial à son meilleur, lors des saisons 1957 et 1958. Car s'il brille dans un premier temps surtout à domicile – finale à l’Open d’Australie en 1953, puis titre en 1954 – c’est encore sur l'ocre européen que sa carrière prend une autre envergure dans la seconde moitié des années 50 : en 1957, il gagne les Internationaux d’Allemagne, à Hambourg, et passe tout près de jouer la finale de Roland-Garros, battu 7/5 au cinquième set en demies par l’Américain Herbert Flam. Ce n’est que partie remise. L’année suivante, 1958, est sa grande année : débutée par une finale à Barcelone, sa campagne de terre battue s'achève sur un prestigieux doublé Rome – Roland-Garros.

"La seule récompense, et la plus belle de toutes, c’était de serrer la main de l’adversaire en vainqueur"

En Italie, il doit quitter le court précipitamment, sous des jets de projectiles de la foule furieuse qu'il ait battu le favori local en finale, Nicola Pietrangeli ! Mais pas de quoi le perturber à Paris où, tête de série n°3, Rose ne perd que deux sets sur la route du titre, profitant en outre du fait que d’autres se sont chargés d’éliminer ses compatriotes les plus encombrants : ainsi du Belge Jacky Brichant, cueilli en demies après sa victoire en cinq sets au tour précédent face à Neale Fraser, tête de série n°2, puis du Chilien Luis Ayala en finale, lui aussi en panne de carburant après son exploit en cinq manches en demies aux dépens du n°1 Ashley Cooper, dont ce sera là la seule défaite de l’année en Grand chelem puisqu’il remporte les trois autres levées majeures.

"Ils m'ont ouvert le tableau, c'est sûr, en souriait encore Rose quatre décennies plus tard. Je me souviens surtout du quart de Fraser contre Brichant. Neale menait deux sets à rien et 5-2 au troisième quand Brichant a fait une pause toilettes. Il a pris tout son temps et, à son retour sur le court, Neale est complètement sorti du match. Il a perdu sur un 6/0 au cinquième, je crois (5/7 5/7 7/5 6/0 6/3 en réalité, ndlr). Après ça, je ne pouvais plus perdre. Roland-Garros était mon tournoi favori. J'aimais tout là-bas. La ville, la terre battue, l'atmosphère du stade... Même le fait d'être favori ne m'atteignait pas : il n'y avait pas d’argent à gagner à l'époque, pas de contrats, pas de comptes à rendre. Alors quelle pression ? La seule récompense, et la plus belle de toutes, c’était de serrer la main de l’adversaire en vainqueur."

Son tournoi 1958 (tête de série 3)

1er tour : bye
2e tour : b. Mustapha Belkhodja (6/3 6/4 6/2)
3e tour : b. Jean-Claude Molinari (12/10 6/2 6/4)

 

Huitièmes : b. Paul Rémy (n°14, 4/6 6/4 8/6 6/2)
Quarts : b. Pierre Darmon (n°11, 6/4 8/10 6/3 6/1)
Demies : b. Jacky Brichant (n°7, 10/8 6/1 6/3)
Finale : b. Luis Ayala (n°5, 6/3 6/4 6/4)

Entraîneur de Margaret Court et Billie Jean King, consultant auprès d'Arantxa Sanchez et Nadia Petrova

Pour décrire le nouveau champion de Roland-Garros, le magazine de référence de l'époque, Tennis de France, évoque de son côté "un admirable joueur de volée que l’on peut comparer à Marcel Bernard", ainsi qu’un joueur expressif, fort en caractère et dont l'attitude dit tout de l'évolution des matchs : "Il s’impatiente, se fâche, se calme, s’étonne et, par une mimique souvent cocasse, nous fait part de ses sentiments."

Mervyn Rose a alors 28 ans. Dans la foulée de cette apothéose parisienne, il saisit l’occasion qui lui est offerte de devenir professionnel et de gagner pleinement sa vie grâce au tennis. On ne le reverra plus à Roland-Garros… du moins en tant que joueur. Car l’Australien s’imposera par la suite comme l’un des entraîneurs les plus cotés du circuit féminin, travaillant tour à tour avec Margaret Court et Billie Jean King, qui voit en lui un personnage clé de sa carrière : "Il n'y a pas de mots pour dire à quel point il a changé ma vie. C'est grâce à lui si je suis devenue n°1 mondiale. Il m'a fait changer mon service, mon coup droit, mes schémas tactique. Son apport m'a été inestimable." Plus près de nous, Mervyn Rose apporta son œil et son expérience à Arantxa Sanchez Vicario au milieu des années 90 et même encore à la Russe Nadia Petrova durant la décennie 2000. Il s'est éteint le 23 juillet 2017, à l'âge de 87 ans.

Son palmarès

A Roland-Garros

Simple : vainqueur en 1958. Demi-finaliste en 1957.
Double : finaliste en 1953 et 1957.
Mixte : finaliste en 1951 et 1953.

 

Et ailleurs

Vainqueur Open d'Australie 1954. Egalement finaliste en 1953.
Vainqueur coupe Davis 1951 et 1957.
Vainqueur Hambourg 1957.
Vainqueur Rome 1958.

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