En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour vous proposer des publicités ciblées adaptés à vos centres d’intérêts et/ou réaliser des statistiques de visites.

Pour en savoir plus et paramétrer les traceurs.

Nadal ou la quête de l'absolue perfection

Par Emmanuel Bringuier   le   dimanche 11 juin 2017
A | A | A

Dès son plus jeune âge, Rafael Nadal a construit ses victoires sur un physique exceptionnel. Mais rapidement, il a saisi la nécessité de traquer le moindre axe d'amélioration possible et imaginable. Son service est trop neutre ? Il va le rendre plus incisif. Son revers est encore friable ? Il va le muscler.  Les records de Björn Borg ne lui suffisent plus : "Rafa" veut devenir le joueur ultime de terre battue.

La vérité décevra ses aficionados les plus transis mais elle est pourtant implacable : Rafael Nadal n’est pas éternel. Un jour ou l'autre, le champion raccrochera les raquettes, son bandana et ses bouteilles parfaitement alignées. Qui sait alors ce qu'il deviendra, alors que le tennis perdra son plus grand champion de terre battue et devra se trouver un nouveau guerrier d'acier. Mais rassurez-vous, braves gens, d'ici là, "Rafa" n'en a pas fini d'écrire sa légende et d'amasser les records. 

Semée dès ses plus jeunes années, son abondante moisson de victoires s'est d'abord basée sur un physique énorme. Durant des années, le champion espagnol a ainsi repoussé toutes les limites de son sport sur terre battue. Mais surtout ses propres limites. En 2005, lors de son premier triomphe Porte d'Auteuil, Nadal était déjà un joueur hors normes. Tout au long de son tournoi - et notamment en finale contre Mariano Puerta -, sa remarquable couverture de terrain, ses contres fulgurants et sa "caisse" lui avaient permis d'écarter ses adversaires malgré son jeune âge (19 ans). 

"Lorsqu'il est arrivé à 'Roland', ce qui était très impressionnant c'est la puissance qu'il dégageait, surtout à cet âge-là", se souvient Paul Quétin, préparateur physique au CNE."On avait vu dans le passé des joueurs assez précoces, des Chang des Sampras. Mais jamais il n'avait marqué comme lui. Nadal, c'est une évolution, voire une révolution du tennis sur terre. Deuxièmement, c'est l’impression d'une couverture du terrain complètement exceptionnelle. Il apportait un plus en termes de de qualité de déplacement. Je pense notamment au match contre 'Paulo', Paul-Henri Mathieu. Après 4h50, 'Rafa' est encore à courir partout, de couvrir le terrain."

Nadal - Gasquet 2005

Une histoire de verticalité

"Il était toujours très rapide, très précis sur le jeu de jambes, abonde Arnaud Clément, qui a joué le phénomène espagnol deux fois sur ocre, en Coupe Davis (2004) et à Monte-Carlo (2006). A l'époque, il avait déjà cette énorme présence sur le terrain. Sur chaque frappe, c'était une prise à la gorge permanente, il ne relâchait jamais l'étreinte. Lorsque je l'ai joué la première fois, il devait être 50e mondial, c'était surprenant, pour un joueur si jeune, d'avoir cette maturité et ce côté 'je ne lâche pas un point'."

Un physique hors nomes, une grinta de révolutionnaire prêt à mourir pour ses idées, un cogneur qui écoeure ses adversaires à force de ramener toutes les balles, encore et encore. Mais un corps qui va aussi vite grincer malgré les victoires. L'énorme dépense d'énergie consentie à chaque rencontre use son corps aussi sûrement que le moral de ses rivaux. En témoignent ses saisons écourtées et ses performances au Masters de fin d'année souvent tronquées. Et on repense à la fameuse phrase lâchée par André Agassi dès 2005 : "Rafael Nadal tire des chèques sur sa santé que son corps ne pourra pas honorer".

Une formule volontiers choc pour une réelle crainte de voir le joueur espagnol mettre un terme à sa carrière prématurément. "Dans le milieu de sa carrière, on a eu l'impression pendant quelques années qu'il courrait derrière sa meilleure forme, confirme Paul Quétin. Il y avait des moments ponctuels où il retrouvait son top, ce qui lui a permis de gagner 'Roland' neuf fois. J'ai eu le sentiment qu'il était rarement à 100 %."

Durant des années, les limites physiques du décuple vainqueur de Roland-Garros ont été questionnées, soupesées, disséquées. Au grand dam du principal intéressé. "Je n'aime pas parler des blessures", coupe-t-il court régulièrement. Mais s'il en parle peu, il les combat avec le maximum de hargne... et de réussite. "Depuis quelques mois, on le retrouve à son meilleur, souligne Paul Quétin. Il a suivi tout ce qui était possible de suivre pour son genou. Il a résolu quelques problèmes de santé ces derniers mois. Et en conséquence, il retrouve ce qu'il fait la différence avec les autres joueurs : la puissance."

Nadal - Djokovic 2008 : Balle de match

L'agressivité, le maître-mot

Mais bien au-delà du physique, il y a le jeu, et l'idée de faire évoluer son point fort - le fameux coup droit lasso -, tout comme ses points faibles. Le Majorquin n'est pas qu'un corps d'athlète, c'est aussi un cerveau qui réfléchit et anticipe. Avec l'aide de son équipe, "Rafa" comprend que pour survivre dans la jungle des cadors, où la concurrence est forcément féroce, la nécessité du champion est de savoir se renouveler en permanence. Voire de se réinventer. 

"Il a dû devenir un autre joueur. Ses retours sont beaucoup plus profonds qu'auparavant. Il bouge encore plus sur le court, constate Alex Corretja, qui a croisé deux fois Nadal sur terre battue (pour deux victoires). Là où avant, il mettait plus de deux heures trente à infliger un 6/3 6/2 6/3 à son adversaire, désormais c'est bouclé en une heure et demie. Il cherche beaucoup plus à faire des coups gagnants en particulier avec son coup droit."

Une recherche d'amélioration à mettre en parallèle avec les évolutions observées dans le jeu de Roger Federer, qui a su lui aussi réinventer son geste de revers et donner un coup de fouet à ses ambitions au filet, afin de revenir aux premières places de manière éclatante. Des champions de tennis ont-ils poussé à ce point la recherche de la perfection ?

Nadal - Wawrinka Final: Les temps forts

L'infini... et au-delà

Mais surtout, lui, "Rafa" Nadal, le défenseur, à la couverture de terrain tentaculaire, a accepté l'idée du risque, un concept qui paraissait presque contre-nature pour lui. "Pour moi, la principale différence est qu'il est devenu beaucoup plus agressif", confirme Corretja. "Il rentre davantage dans le terrain. Il bouge aussi beaucoup plus facilement verticalement, alors qu’avant, c'était très horizontal, il se déplaçait surtout les côtés. Son revers est plus profond et plus puissant. Il s'est aussi amélioré sur ses coups droits en décalage. Il arrive à être plus agressif en service, notamment sur les points importants." 

"Il a toujours cherché à progresser, renchérit Arnaud Clément. Même quand il était n°1 et qu'il gagnait partout et pas seulement sur terre battue, il était en recherche. Je me rappelle une fois à l'Open d'Australie, où il était arrivé avec toutes ces petites modifications techniques. Autant en coup droit, ça n'a pas beaucoup bougé, autant en revers, il a amené plein de chose, notamment un revers coupé pour changer le rythme."  

Ne dites quand même pas qu'il y aurait une possibilité de s'améliorer encore ?  Si, si. "Je pense qu'il y a des petites possibilités d'améliorer son service", glisse Clément. Les prochains adversaires du "taureau de Manacor" ne sont sans doute pas au bout de leur peine. Du haut de ses 31 ans, difficile de savoir jusqu'où peut aller Rafael Nadal. Seul lui et son corps possèdent la réponse.

L'hommage à Rafael Nadal
Comments
Article suivant: "Roland-Garros, une affaire de costauds"
Articles Similaires