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Ils nous parlent du phénomène Nadal

Par La rédaction   le   dimanche 11 juin 2017
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Au fil de la quinzaine, nous avons interrogé plusieurs anciens champions et entraîneurs afin de savoir ce que représente Rafael Nadal à leurs yeux, ce qu'ils emprunteraient à sa panoplie tennistique et ce que signifie sa décima. Morceaux choisis.

Jim Courier, vainqueur de Roland-Garros en 1991 et 1992

"Je ne limiterais pas le nombre de Roland-Garros gagnés à dix pour Nadal. Il a le potentiel pour gagner 11 ou 12 fois d'ici à la fin de sa carrière. La façon dont il réussit et a réussi est tout bonnement extraordinaire. C'est vraiment difficile à imaginer qu'il est possible de jouer au niveau auquel il joue pendant deux ou trois ans. Alors pendant toute la durée de sa carrière...

C'est un athlète hors normes. Ce qu'il fait ici, on pourrait ne plus jamais le revoir dans le tennis. Après, ce n'est pas impossible, on ne sait jamais. Martina Navratilova a bien gagné Wimbledon neuf fois. Mais nous avons vraiment de la chance de voir un homme remporter ce tournoi aussi exigeant physiquement et mentalement, contre certains des meilleurs joueurs de l'histoire du tennis, comme Novak Djokovic ou Roger Federer, ou même Andy Murray et Stan Wawrinka, tous ces grands compétiteurs qu'il affronte à son époque. C'est digne d'un extra-terrestre.

Jouer Nadal sur terre battue au format cinq sets, c'est pour moi le challenge ultime en tennis."

Andrei Medvedev, finaliste de Roland-Garros en 1999

"D'un point de vue historique, c'est un exploit extraordinaire, que l'on ne peut comparer à rien d'autre d'existant. Cela revient à gagner 10 titres mondiaux en athlétisme ou dans n'importe quel sport. C'est une performance qui vient d'une autre planète. S'il fallait comparer l'emprise de "Rafa" à Roland-Garros à quoi que ce soit d'autre, je ne verrais que celle de Michael Jordan sur la NBA quand il était à son meilleur niveau. Peu importe la qualité des adversaires en face, à la fin c'est toujours Jordan qui avait le dernier mot. Cela représente la même quantité de travail, d'investissement, de sincérité et d'honnêteté envers le tennis et tout ce qui y a trait. Pour tout cela, "Rafa" et son équipe méritent un immense respect. Et ce dixième titre n'est pas synonyme de fin. Rien ne dit qu'il n'en gagnera pas un onzième !

Si j'avais dû ajouter une de ses armes à ma panoplie ? Le coup droit. Mon coup droit était un peu trop frappé à plat. Quand je ne sentais pas bien la balle, ça partait dans tous les sens. J'ai toujours rêvé d'avoir cet effet lifté, sur lequel j'aurais pu m'appuyer tous les jours. Pour moi, le revers était naturel. Je tournais juste les épaules et "boum". Je pouvais être saoul, ne pas avoir dormi, ne pas avoir joué pendant deux ans. Avec le coup droit, c'est plus aléatoire, c’était plus "voyons comment ça part aujourd'hui". Par ailleurs, je n'aurais pas pris le mental de "Rafa" car c'est trop intense pour moi !"

Marc Rosset, champion olympique à Barcelone en 1992

"C'est monstrueux. Je ne sais pas comment expliquer... J'essaie d'expliquer aux gens ce que ça représente. Il n'y a pas de mots, car il faut être bon, au bon moment, ne pas avoir de blessure ou de coup de moins bien au mauvais moment. Des matchs durs et compliqués il y en aura, des balles de set à sauver il y en aura... Et ça dure comme ça, année après année. Et le type est toujours là. C'est un truc de malade mental, un truc qu'on n'aurait jamais pu imaginer. Il faut que ce soit fait pour qu'on se dise que c'est faisable. C'est le propre des records. Personne n'aurait pu se dire qu'un jour que quelqu'un allait le faire, allait remporter 10 Roland-Garros dans sa vie. C'est tellement aléatoire, le tennis... Ça veut dire que sur 10-15 ans, tu fais le carton plein à Roland-Garros, que tout se goupille toujours parfaitement. C'est monstrueux, oui."

Gaston Gaudio, vainqueur de Roland-Garros en 2004

"Pour moi, c’est quelque chose qu’on ne verra plus jamais. Oui, c’est quelque chose qui échappe à toute… C’est inhumain. C’est un truc unique et pour moi, c’est un génie. Un vrai génie. Je ne crois pas que… Tu te rends compte que ce mec en a gagné dix ? Dix années ! Dix tournois ! (il se prend la tête dans les mains) On peut pas… C’est impossible… Comment tu fais ! C’est un truc qui n’existe pas. On ne reverra jamais ça. C’est vraiment un immense génie.

Tout le monde a déjà tout dit sur ce 10e sacre. Déjà, il n’y a pas vraiment de mots pour décrire ce que cela représente de gagner une fois Roland-Garros… Donc pour en gagner 10… C’est un truc qu’on ne reverra plus jamais dans l’histoire. Je remercie la vie de m’avoir donné l’occasion d’être contemporain de Nadal et de l’avoir vu jouer en direct, de mener ma carrière en même temps que lui. C’est comme avoir vu jouer Maradona, comme avoir vu jouer Jordan… C’est un truc qui n’est pas normal.

Je ne sais pas jusqu’où il va aller. On n’avait jamais pensé qu’il pourrait en gagner deux, trois, quatre, cinq… C’est une histoire sans fin. Quand il aura cinquante ans, je pense qu’il s’arrêtera !"

Ion Tiriac, ancien manager de Vilas, Orantès, Becker et Ivanisevic

"La première fois qu'il a gagné à Madrid (2005, en salle, ndlr), je lui ai remis le trophée. Dans mon speech, j'ai dit : "Nadal est un grand champion, mais quand il va apprendre à jouer au tennis, personne ne pourra plus le toucher !" Tout le monde a soufflé en m'écoutant dire ça, mais ensuite, ils ont compris. Car Nadal servait alors à 150 km/h, jouait à trois mètres de la ligne. Il gagnait déjà, mais ensuite, il est devenu Monsieur Roland-Garros. Sur le court, Nadal dépense deux fois plus d'énergie que son adversaire. Il doit être en parfaite condition physique pour aboutir et il travaille comme un chien pour ça. J'espère qu'il va jouer encore longtemps car il est nécessaire au tennis, exactement comme Roger Federer. Nadal est Nadal. Il a toujours les pieds sur terre, même après tout ce qu'il a fait. J'espère qu'il va rester Nadal et jouer encore 50 ans s'il peut ! Et qu'il restera dans le tennis une fois sa carrière terminée."

Jimmy Connors, huit fois vainqueur en Grand chelem entre 1974 et 1983

"Il a amené quelque chose à un sport qui était devenu trop tranquille. Nadal est prêt à mourir pour chaque point. J'admire cet engagement extrême qu'il a ramené dans le jeu, quelque chose en plus en terme de passion par rapport à tous les autres champions des dernières décennies."

José Higueras, trois fois vainqueur de Roland-Garros en tant que coach

"C'est un accomplissement incroyable dans le monde du sport. Nous avons eu une chance immense de voir jouer en même temps les deux champions que sont "Rafa" et Federer. Non seulement pour leurs qualités de joueurs, qui sont évidentes, mais aussi pour la façon dont ils ont fait la promotion du tennis dans le monde entier. C'est un exemple extraordinaire pour les enfants : on peut être à la fois l'un des plus grands champions de l'histoire du tennis et adopter un comportement qui aide les enfants et les jeunes qui les voient jouer au tennis.

Si j'avais le coup droit de Federer, le service de Pete (Sampras), la volée d'Edberg et le revers de Djokovic, je pense qu'avec ça, "Rafa" aurait un joli défi à relever. Mais je ne suis pas convaincu que ce serait suffisant sur terre battue au format cinq sets."

Jean-Paul Loth, ancien capitaine de l'équipe de France de coupe Davis

"C'est l'apothéose pour lui. Neuf ou dix Roland-Garros, ça ne change pas grand-chose sur le strict plan du palmarès - il y a longtemps qu'il est seul en haut de la hiérarchie des vainqueurs de Roland-Garros - mais c'est quand même prodigieux d'arriver à un tel compte rond ! C'est aussi un gentleman, quelqu'un qui a du cœur, qui est éduqué, qui se comporte comme un vrai sportif en tout circonstance.

C'est un personnage à part, qui développe un talent à part, qui n'est pas comparable à celui de Federer, mais qui est un talent extra-tennis en ce sens que, et on oublie souvent de le dire, c'est un défenseur, le plus grand, le meilleur qu'on ait jamais vu, mais qui est aussi devenu au fil du temps un grand attaquant. Il ne gagne plus ses matchs sur terre battue en mettant 45 fois la balle dans le court mais en étouffant au fur et à mesure ses adversaires, physiquement et tennistiquement avec 5, 6, 7, 8 frappes qui sont envoyées à plein régime et qui finissent par tuer tout le monde.

C'est l'histoire d'Usain Bolt, qui a 9,6 secondes dans les pattes sûrement à la naissance, qui arrive à les réaliser parce qu'il bosse, mais s'il avait eu 10,5 secondes dans les pattes, il aurait pu travailler tout ce qu'il voulait, il ne serait jamais arrivé à 9,6 secondes. Nadal, il a dans la tête et dans le mental, cette qualité formidable qui lui permet d'être présent tout le temps, à chaque minute, à chaque seconde, à chaque semaine, cette qualité et ce talent que les autres ne peuvent pas avoir à ce moment-là."

Alex Corretja, finaliste de Roland-Garros en 1998 et 2001

"Pour moi, il n’avait pas besoin d’en gagner dix pour que ça devienne dingue. Mais bon, le chiffre est tellement beau, tellement rond, tellement spectaculaire, tellement idyllique, qu’un dixième titre, c'est une merveille. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu'il en gagne ensuite onze. Il a encore deux ou trois ans pour le faire. Onze, c’est moins joli, mais… Parce que dix, c’est vraiment le chiffre parfait."

 Boris Becker, six fois vainqueur en Grand chelem entre 1985 et 1996

"En fait, je ne suis pas sûr de trouver les mots pour expliquer ce qu’il est en train de réussir à des gens normaux. Gagner Roland-Garros une fois, c’est presque impossible. Gagner Roland-Garros cinq fois, c’est impossible. Gagner Roland-Garros dix fois, je ne sais pas comment le décrire. "Rafa" mérite le respect, l’admiration et l’amour de tous. C’est un modèle pour nombre de personnes qui suivent le tennis. Il est toujours modeste, c’est un chic type et on tombe tous sous son charme quand on le rencontre. Après tout ce qu’il a déjà fait, après avoir réussi l’impossible avec cette décima, je tiens à lui rendre hommage.

À Wimbledon, j’ai joué sept finales donc j’aurais pu gagner sept fois, ce n’était pas impossible. Pete Sampras a remporté les sept finales qu’il a disputées. Federer a joué dix finales et s’est imposé à sept reprises. C’est possible, mais encore faut-il le faire. Encore une fois, pas mal de joueurs sont arrivés à sept sacres, alors que neuf finales, dix finales, et surtout dix victoires, personne ne l’a jamais fait."

Fred Stolle, vainqueur de Roland-Garros en 1965

"Quand on revient sur son court préféré, cela revient à se retrouver à la maison, dans son salon. Du coup, quand il (Rafael Nadal) revient sur le court Central, il a l'impression d'être à la maison. Il s'est approprié ce court. C'est là qu'il joue son meilleur tennis. Parce qu'il y est plus chez lui que n'importe qui.

S'il y a une chose que je prendrais chez lui, ce n'est pas un coup : c'est son instinct de tueur."

José Luis Clerc, demi-finaliste à Roland-Garros en 1981 et 1982

"D'un point de vue tennistique, ce que fait "Rafa" est fantastique. Les deux dernières années, plus grand-monde ne voyait "Rafa" revenir gagner le titre. Et malgré tout, il est ressuscité, ressuscité à force de travail, de ténacité. Même s'il faut bien dire aussi que les deux autres au-dessus (Murray et Djokovic, ndlr) ont baissé.

Je vois bien au-delà (de la décima). Je suis régulièrement en contact avec Carlos Costa, son manager. J'adore aujourd'hui voir Carlos Moya avec lui, car c'est lui qui a l'a pris par la main sur les tournois quand il était gamin. Un joueur qui a été numéro 1 mondial, qui a gagné de grandes choses. J'aime beaucoup son équipe, avec Benito (Perez-Barbadillo, son agent, ndlr). Je les aime car ce sont des êtres humains extraordinaires."

Juan Carlos Ferrero, vainqueur de Roland-Garros en 2003

"Je pense que c'est un record qui ne sera jamais égalé. Gagner dix fois le même Grand chelem, je ne crois pas que ça soit quelque chose qu’on puisse reproduire. Ce sont des chiffres qui resteront dans l’histoire. Ce que fait "Rafa" est quelque chose d’extraordinaire pour le tennis espagnol - le sport espagnol, même - même si, d’un autre côté, c’est quelque chose qui pèsera sur les épaules des prochaines générations de joueurs car les attentes seront immenses. Ce sera difficile pour eux d'exister après cela auprès du grand public."

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