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Il y a 50 ans, la fin d'une époque...

Par Julien Pichené   le   dimanche 11 juin 2017
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Cette édition 2017 de Roland-Garros est la cinquantième de l'ère Open. Un anniversaire qui nous amène à nous replonger dans cette période charnière où le tennis, et "Roland" avec lui, changea de peau, et dont quelques-uns des héros ont été Françoise Dürr et Roy Emerson, tous deux chargés de remettre la coupe aux vainqueurs ce week-end.

Quand on fait un bond de cinquante années en arrière, plusieurs détails font sourire. Le prize money réservé au vainqueur, par exemple, a depuis été multiplié par 14.000. Le nombre de spectateurs sur l'ensemble de la quinzaine, lui, est devenu quatre fois plus important. Sur le court ? Uniquement des amateurs, qui ont quasiment tous un "vrai" travail à côté. Et à la télévision ? Seule la finale dames avait eu les honneurs du direct, en noir et blanc évidemment et commentée "à l'ancienne", c'est-à-dire comme à la radio, par la star de l'ORTF Claude Darget. Vu d'aujourd'hui, l'édition 1967 semble forcément appartenir au Moyen-Âge. Douze mois plus tard, nous commencions à entrer dans une autre dimension, celle que nous connaissons aujourd'hui : l'ère des professionnels, l'ère Open.

Chronologiquement, les éditions 1967 et 1968 se suivent mais ne ressemblent pas vraiment. Entre les deux, le tennis a vécu sa principale révolution : le 30 mars 1968, la FITL (Fédération Internationale du Lawn-Tennis) tient une assemblée extraordinaire dans la salle de conférence de l'Automobile Club, place de la Concorde à Paris, pour entériner l'ère Open. Ce que ça change ? Enfin, les pros sous contrat vont pouvoir jouer les tournois du Grand chelem, réservés jusqu'ici aux amateurs ! Pour certains des grands partisans de l'Open comme Jean Borotra, c'est l'aboutissement d'un combat d'une dizaine d'années. Désormais les tournois du Grand chelem vont proposer des dotations à la hauteur des efforts fournis, et loin des 900 francs de bons d'achat proposés aux lauréats de l'édition 1967. Quant à la télévision, bien aidée par l'arrivée de la couleur, elle ne va pas tarder à s'y intéresser de près pour de bon. Epoque charnière, définitivement.  

Jusqu'en 1967, "on pouvait trouver des places le jour même, y compris en finale"...

Dernière année d'avant l'ère professionnelle, 1967 est l'année de l'ouragan qui a provoqué l'écroulement de deux marronniers centenaires à l'entrée du stade. L'année aussi du deuxième titre de Roy Emerson, l'attaquant australien qui s'était déjà imposé en 1963. Celle enfin de Françoise Durr, seule lauréate française enregistrée entre 1948 et 2000. Patrick Proisy, vainqueur chez les juniors, se souvient d'une période où la foule ne se pressait pas comme aujourd'hui aux portes du stade."Lors de mes premières années à Roland-Garros, le court Central n'était rempli que trois ou quatre fois durant la quinzaine. On pouvait trouver une place le jour même, y compris le jour de la finale."

Françoise Dürr – Lesley Turner, finale de Roland-Garros 1967

Françoise Dürr contre Lesley Turner, la fin de la finale dames de 1967.

Coup de projecteur inattendu et bienvenu pour le tournoi, les évènements de mai 1968 vont changer le cours de l'histoire. Si la grève générale n'a pas fait les affaires du général de Gaulle, elle a en effet assuré la survie d'un tournoi qui traversait une période de vache maigre. Combinée au retour dans la place des joueurs professionnels (Rod Laver, Ken Rosewall ou encore la superstar quadragénaire de l'époque, Pancho Gonzales), les manifestations ouvrières et estudiantines ont même provoqué une marée humaine sans précédent du côté de la Porte d'Auteuil. 

... mais en 1968, "faute de places, il y avait même des spectateurs dans les arbres !"

En attendant la fin de cette crise qui a mis le chaos dans les rues et les transports, les Parisiens se sont passés le mot,"venez donc à Roland-Garros !" Incroyable, mais vrai : alors que plus rien ne tourne dans le pays (les Français sont privés de la plupart des journaux, de télé, d'essence, de métros...), et que pas moins soixante-quatre joueurs manquent à l'appel lors du premier jour, les Internationaux de France dépassent pour la première fois la barre des 100.000 spectateurs sur l'ensemble du tournoi, qui sort ici définitivement de sa période happy-few. Au milieu du tumulte, Roland-Garros ressemble à un havre de paix, comme l'écrit Jean Marquet dans Le Monde. "Le stade ne ressemble en rien de la Sorbonne. La contestation se limite à la décision d'un arbitre de chaise assoupi sous le soleil." Tennistiquement, on était également loin de la révolution puisque les professionnels l'emportent largement sur les amateurs... 

Mais l'important est ailleurs. Certainement dans ces 120.000 spectateurs qui ont garni les tribunes lors de cette quinzaine enchantée, durant laquelle le stade a parfois largement dépassé sa capacité d'accueil."Faute de places, il y avait même des spectateurs dans les arbres et sur le toit de l'institut Marey, qui était à la place du court numéro 1" décrit Patrick Proisy. Acte de renaissance du tournoi, l'édition 1968 de Roland-Garros, qui consacre Ken Rosewall et Nancy Richey dans les tournois de simple, ouvre l'Open et l'ère que l'on connait aujourd'hui. C'est grâce à elle, assurément, que l'évènement est si prestigieux. Et nous ne manquerons pas, l'an prochain, de marquer le cinquantième anniversaire de cette édition pas du tout comme les autres. 

Roy Emerson Tony Roche 1967

Tony Roche et Roy Emerson, respectivement finaliste et vainqueur du tournoi 1967, le dernier réservé aux amateurs.

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