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La révolution Ostapenko

Par Emmanuel Bringuier   le   samedi 10 juin 2017
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Une tornade venue de l'Est a balayé Roland-Garros et toutes ses adversaires : Jelena Ostapenko a renversé Simona Halep, pourtant largement favorite, lors d'une finale électrique remportée 4/6 6/4 6/3. Menée 6/3 3-0, la 47e joueuse mondiale a retourné le match et son adversaire pour s'offrir, à seulement 20 ans, son premier titre sur le circuit WTA. Et quel titre !

Entre le tourbillon de fraîcheur Jelena Ostapenko et le métronome Simona Halep, quelle nouvelle reine le court Philippe-Chatrier allait-il couronner ? On a souvent évoqué le tennis de style "survitaminé" de Maria Sharapova ou encore de Victoria Azarenka. Jelena Ostapenko, pas du tout impressionnée ce samedi par le prestige d'une première finale en Grand chelem ou son adversaire (la première Top 10 qu'elle rencontrait lors de ce Roland-Garros), en est la digne héritière.

Preuve en est son premier jeu lors de cette finale : une volée de "scuds" en coup droit pour faire tanguer son adversaire, qui cède son engagement d'entrée. Mais ce tennis pour le moins vigoureux n'est pas du genre à impressionner Simona Halep. La Roumaine en a vu d'autres et débreake immédiatement. Déjà finaliste à Paris en 2014, Halep ne joue pas dans le même registre : à la puissance brutale de la Lettonne, elle répond avec des balles lourdes, un jeu de jambes de mobylette et des angles démoniaques.

La pluie et le beau temps

La puissance de feu de son adversaire avait attisé la méfiance d'Halep : "Je sais qu'elle n'a rien à perdre, donc elle peut produire un très bon niveau de tennis". En demi-finales, la Roumaine avait su attendre son heure face à la puissance de la Tchèque Karolina Pliskova. En faisant jouer le coup de plus - souvent le coup de trop -, elle provoque la faute adverse d'une Ostapenko déjà bien généreuse dans ce domaine et coupable de... 23 fautes directes dans le premier set (contre 2 pour son adversaire).

Le bras de fer se tend un peu plus dans les derniers jeux du set. Ostapenko cogne, Halep ramène tout avec méthode, patience... puis plante l'estocade. Au jeu de la plus coriace, la Roumaine est en effet une joueuse de toute première catégorie. Sur une dernière faute en longueur de son adversaire, elle s'adjuge la première manche (6/4).

Ostapenko - Halep final : Les temps forts

Intouchable

Si le tennis "bim bam boum" de Jelena Ostapenko (47e mondiale avant ce Roland-Garros) ne connaît pas de coup de mou, son adversaire non plus. Sur une nouvelle défense de fer, Simona Halep frappe d'entrée (3-0), tandis que des "Simona, Simona" descendent des gradins. Le jeux semblent faits. Le tourbillon venu de Lettonie est trop souvent condamné à l'exploit pour arracher les points. Mais les exploits s'enchaînent !

Dos au mur, Ostapenko efface une balle de 4-0 et inscrit quatre jeux de rang. Sous un soleil radieux, Ostapenko "fait sa Kuerten", elle qui est née le 8 juin 1997, le jour de la première victoire du Brésilien à "Roland". Le débreak d'Halep n'y changera rien, la foudre Ostapenko frappe le Central. Deux coups droits en bout de course lui offrent la deuxième manche (6/4).

Le spectre de 2014, et de sa finale perdue face à Maria Sharapova, allait-il faire vaciller Simona ? La Roumaine avait beaucoup à perdre lors de cette finale. C'était elle la grande favorite, elle aussi qui avait le plus impressionné lors de la tournée sur terre battue (victoire à Madrid, finale à Rome). Elle qui devait gagner, tout simplement, sa balle de match sauvée en quarts contre Elina Svitolina semblant le dernier petit coup de pouce vers un grand destin.

Ostapenko par K.O.

Le dernier set est donc étouffant. A 3-3, sur une balle de break, le revers d'Ostapenko semble devoir sortir du court, mais accroche la bande... et retombe dans le terrain, en amortie gagnante ! Les dieux du tennis ont-il parlé ? La suite le confirme. Tout sourit à Ostapenko : les lignes, les lets... La Lettonne est intouchable et se permet de conclure le match sur un énième retour gagnant fulgurant. Le match a duré trois sets, mais même pas deux heures (1h59). Ostapenko par K.O. Une statistique résume le style de la Lettonne : en sept matchs, elle a frappé 299 coups gagnants ! 

"C'est tellement incroyable, je n'arrive pas à réaliser que j'ai remporté Roland-Garros à 20 ans", lâche à chaud la jeune fille au micro de Marion Bartoli. Il faut dire que son exploit est presque sans commune mesure : pour son premier tournoi remporté, la Lettonne s'offre tout simplement le tournoi le plus difficile du monde, Roland-Garros. Comme un certain "Guga"... Et à l'instar de la légende brésilienne, la jeune fille a démontré une force de caractère stupéfiante pour remporter la mise, gagnant cinq de ses sept matchs en trois sets... dont quatre après avoir perdu le premier set (premier tour, huitièmes, quarts et finale). Classée 47e mondiale au coup d'envoi du tournoi, elle devient la gagnante la moins bien classée jamais vue aux Internationaux de France, rejoignant plus ou moins dans la légende des "mal classées" une joueuse d'un autre temps, celui où le classement ne discernait que le Top 10, la Britannique Margaret Scriven en 1933.

Du côté de Simona Halep, la désillusion est terrible. La Roumaine pouvait non seulement exorciser les démons de 2014 en soulevant enfin la coupe Suzanne-Lenglen, mais également accéder à la première place mondiale en cas de victoire. "Cette défaite fait plus mal que celle de 2014, car aujourd'hui je réalise plus, a avoué  Halep en conférence de presse. J'ai été très près de gagner Roland-Garros et de devenir n°1 mondial, mais elle est bien revenue, elle frappait très fort. Cela fait mal...".

A trop laisser son adversaire imposer sa puissance, la joueuse de Darren Cahill a laissé échapper une victoire qui semblait lui tendre les bras lorsqu'elle menait 6/3 3-0. Hélas pour elle, il y avait en face une énorme sensation. Une tornade. Qui a tout emporté sur son passage : Jelena Ostapenko !

Emotions et réactions d'Ostapenko après sa victoire
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