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Paris, Roland-Garros et les Jeux olympiques : toute une histoire

Par Julien Pichené   le   samedi 13 mai 2017
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C'est officiel : Paris aura les Jeux ! Et Roland-Garros aura les Jeux. Cent ans tout juste après les JO de Paris de 1924, 96 ans après la construction du stade Roland-Garros dans le cadre des Internationaux de France et de la coupe Davis, celui-ci deviendra stade olympique en 2024, accueillant le tennis, évidemment, mais aussi la boxe, ainsi que les épreuves paralympiques de tennis, rugby, basket et football à cinq. Excitant nouveau chapitre de la très longue histoire unissant déjà Paris, Roland-Garros et les Jeux olympiques. La preuve.

1900, grande première pour les femmes

Lors de la première olympiade des temps modernes, à Athènes en 1896, le tennis est déjà là mais seules des épreuves masculines figurent au programme. C’est à l’occasion des Jeux de Paris en 1900 que les femmes sont conviées à la fête. Organisée dans le cadre bucolique de l’île de Puteaux, où les joueurs sont transportés par un bateau électrique mû par un trolley, l’épreuve de lawn-tennis est alors la seule discipline, avec le golf, ouverte aux sportives. Sous les ramures de l’île, et en pleine exposition universelle, Hugh Lawrence Doherty et Charlotte Cooper permettent à l’Angleterre de faire un carton plein en simple. En double, pourtant finaliste avec l’Américain Basil de Garmendina, notre grand champion Max Decugis repart les mains vides. C’est l’une des curiosités des premières olympiades : si des joueurs de nationalités différentes peuvent faire équipe, leurs éventuelles médailles comptent pour du beurre. On s’amuse également aujourd’hui du lot remis au champion olympique Doherty lors de la cérémonie de clôture,"une merveilleuse petite table à liqueurs" selon le reportage de "La vie au grand air" !

Suzanne Lenglen et Max Decugis. Ensemble, ils sont médaillés d'or en double mixte aux Jeux d'Anvers en 1920. Elle y ajoute l'or en simple, lui en double messieurs.

L’énorme succès public de 1924 : 10 000 spectateurs pour la finale dames !

Lorsque les Jeux olympiques reviennent à Paris en 1924, le lawn-tennis délaisse l’île de Puteaux pour Colombes et les Anglais laissent la ruée vers l’or aux Américains. Au milieu de cette domination 100% US, les Français parviennent toutefois à décrocher quatre médailles, dont deux en double avec les futurs Mousquetaires (Borotra, Cochet, Lacoste et Brugnon ne se font pas encore appeler ainsi, et n’ont pas encore obtenu les résultats qui inciteront les dirigeants du tennis français à faire ériger en leur honneur le stade Roland-Garros, quatre ans plus tard). Henri Cochet joue également la finale du simple, où il est battu par Vincent Richards, mais l’attraction numéro une du tournoi se nomme Julie Vlasto. Bien qu’elle aussi sèchement battue par l’intouchable Américaine Helen Wills, la Marseillaise de 21 ans attire la foule des grands jours en ce 20 juillet 1924 : "Les tribunes du court central de Colombes sont bondées, se réjouit le quotidien parisien La Presse. Il y a environ 10.000 personnes qui acceptent de supporter un soleil très fort." Ce sera pourtant la dernière olympiade où le tennis sera présent avant 1988, les statuts professionnels ou semi-professionnels des champions de tennis n'entrant pas dans les canons de l'amateurisme régissant les Jeux.

Julie Vlasto, gagnante de Roland-Garros en 1924 et finaliste des JO de Paris cette même année

La boxe à Roland-Garros... déjà une prestigieuse histoire !

Pour 2024, le stade Roland-Garros s’est proposé d’accueillir également le tournoi de boxe, sur un court Suzanne-Lenglen pour l'occasion pourvu d'une toiture provisoire. Lorsque le noble art rencontre le site de la Porte d’Auteuil, l’évènement est toujours couronné de succès. Le 7 juillet 1946, quelques heures avant de rencontrer pour la première fois la Môme Edith Piaf dans un cabaret du faubourg Montmartre, Marcel Cerdan fait le plein sur le Central. Malgré une fracture à la main droite, la superstar française bat Holman Williams en dix reprises. Jean-Claude Bouttier ne connaitra pas la même réussite le 29 septembre 1973, face à la terreur Carlos Monzon. Alors que le titre de champion du monde est en jeu, Bouttier est battu à la régulière. Mais ce soir-là, à la lumière des projecteurs qui quadrillent alors le Central, 15 000 fans sont venus encourager le Français. Il faut dire que l’acteur Alain Delon, organisateur du combat, avait tenu à ce que le combat ne soit pas diffusé à la télévision, "pour éviter que Bouttier ait encore plus le trac".

Le retour du tennis en 1988 après 64 ans d’absence : merci Philippe Chatrier !

Après avoir donné à Roland-Garros le prestige qu’il a aujourd’hui, Philippe Chatrier a ensuite fait du retour du tennis aux Jeux olympiques son principal cheval de bataille. Président de la Fédération Internationale de 1977 à 1991, il parvient tout d’abord à instaurer un tournoi de démonstration à Los Angeles en 1984. "Les Jeux olympiques, c’est la plus belle manifestation sportive du monde. J’estime qu’il est dans l’intérêt des Jeux d’accueillir les meilleurs athlètes du monde", déclare alors Philippe Chatrier, dont le vœu est exaucé dès l’olympiade suivante, à Séoul. "A l’époque, c’est vrai qu’on était malgré tout considéré comme un sport ayant rejoint les autres en cours de route", se souvient Henri Leconte lorsqu’il évoque ces Jeux de 1988 boudés par une bonne partie du gotha. A l’époque, la plupart des vedettes considèrent que le tournoi olympique doit être réservé aux amateurs. Aujourd’hui, les meilleurs joueurs du monde s’arrachent pour avoir une place sur le podium, et ce même lorsqu’aucun point ATP ou WTA n’est distribué. Visionnaire Philippe Chatrier, une fois de plus...

Roland-Garros - Jeux olympiques : des héros communs

Seules trois personnes ont pu remporter Roland-Garros et Jeux olympiques en simple la même année : Suzanne Lenglen fit office de pionnière en 1920, avant d'être imitée par Steffi Graf en 1988 et Rafael Nadal en 2008. Si l'on regarde en revanche à l'aune des carrières entières des champions, nombreux sont ceux qui ont remporté les deux épreuves.

Pour l'ère amateur :

- André Gobert (Roland-Garros 1911 et 1920 - JO 1912)
- Marguerite Broquedis (JO 1912 - Roland-Garros 1913 et 1914)
- Helen Wills (JO 1924 - Roland-Garros 1928, 1929, 1930 et 1932)

Pour l'ère professionnelle :

- Jennifer Capriati (JO 1992 - Roland-Garros 2001)
- Andre Agassi (JO 1996 - Roland-Garros 1999)
- Evgueni Kafelnikov (Roland-Garros 1996 - JO 2000)
- Justine Henin (Roland-Garros 2003, 2005, 2006 et 2007 - JO 2004)
- Serena Williams (Roland-Garros 2002, 2013 et 2015 - JO 2012).

Curiosité : la seule olympiade de l'ère moderne qui se disputa sur terre, à Barcelone en 1992, vit son palmarès différer sensiblement de l'édition de Roland-Garros disputée quelques mois plus tôt. Côté hommes, c'est un éliminé du premier tour à Paris, Marc Rosset, qui décrocha la timbale... après avoir balayé en huitièmes le double tenant de Roland-Garros, Jim Courier, en perte de vitesse après un premier semestre tonitruant. Quant à l'épreuve dames, la patronne Monica Seles manqua carrément à l'appel en Catalogne, la triple tenante du titre Porte d'Auteuil se voyant sanctionnée par la Fédération internationale pour une absence non justifiée en Fed Cup l'année d'avant. Quart de finaliste à Paris, la précoce Jennifer Capriati en profita pour gagner son premier titre d'envergure, avant de longues années d'éclipse... à l'image de l'usage de la terre battue aux JO.

2024 : les Jeux (re)touchent terre à "Roland"

Si Tokyo, ville-hôte des JO de 2020, devait - selon toute vraisemblance - opter à son tour pour une surface dure, cela signifierait que Paris 2024 marquerait le grand retour de la terre battue au programme olympique, 32 ans après les Jeux de Barcelone. Le roi de l'ocre sera t-il encore de la partie ? Rafael Nadal aura 38 ans... Quant à Novak Djokovic et Andy Murray, ils en auront 37. Et Roger Federer viendra de fêter ses 43 printemps. Autant dire que le paysage tennistique dans sept ans devrait être radicalement différent de ce que nous connaissons aujourd'hui. Côté féminin en revanche, certains noms peuvent très raisonnablement être encore de la partie - et nourrir des ambitions élevées. Parmi les récentes championnes de Roland-Garros, Garbiñe Muguruza n'aura ainsi que 30 ans, et Jelena Ostapenko... 27. Tous les espoirs leur sont permis.

Jelena Ostapenko
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