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Djokovic : "Je n'avais pas mesuré l'énergie dépensée pour gagner Roland-Garros"

Par Myrtille Rambion   le   dimanche 07 mai 2017
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À la peine depuis plusieurs mois, Novak Djokovic a décidé de se séparer de son entraîneur Marian Vajda et du reste de son équipe (kiné et préparateur physique), le tout cinq mois à peine après avoir déjà remercié son co-entraîneur Boris Becker. Jamais un champion confirmé n'avait à ce point effectué le grand ménage dans son équipe en un laps de temps si restreint. Comme il l’a confié à notre site, depuis son titre à Roland-Garros l’an dernier, le Serbe n’est plus le même. La "thérapie de choc" sera-t-elle efficace pour redevenir l'ogre du circuit ?

Cette photo n'a même pas un an. Et, en même pas un an, c'est fou ce que les choses ont changé pour Novak Djokovic. Vendredi dernier, le tenant du titre de Roland-Garros a en effet annoncé via un communiqué publié sur son site officiel et les réseaux sociaux qu’il se séparait de son entraîneur depuis près de 11 ans, Marian Vajda (en bas à gauche sur la photo), ainsi que de son préparateur physique Gebhard Phil-Gritsch (en bas à droite, en blanc) et de son kinésithérapeute Miljan Amanovic (en haut à droite, en noir), impliqués quant à eux dans toutes les campagnes victorieuses du Serbe depuis 2011. Le tout cinq mois à peine après que Boris Becker, co-entraîneur depuis 2014, a lui aussi été remercié. Autant d'hommes essentiels à la construction puis l’ascension d’un champion aux 12 titres du Grand chelem qui, il y a un an encore, paraissait insubmersible. "Ils sont ma famille et ça, ça ne changera jamais", a indiqué le Serbe. Mais, a-t-il ajouté, vu les circonstances – un début d’année décevant - il a ressenti le besoin de tenter une "thérapie de choc".

"Je veux continuer à progresser dans mon jeu et ma condition physique, ce qui est un processus qui se construit dans la continuité. J’apprécie ce voyage, j’ai l’impression de commencer quelque chose de nouveau et j’aime ce défi. Je suis un chasseur et mon plus gros objectif est de retrouver l’étincelle sur le court." Celle qui, de fait, semble l’avoir abandonné. Mais même si le n°2 mondial a, dit-il, définitivement pris la décision dans la foulée de sa défaite contre David Goffin en quarts de finale du Masters 1000 de Monte-Carlo, cette annonce est-elle pour autant la "bombe" qu’ont voulu voir certains ? Pas si sûr.

"Accepter, reconnaître et apprendre des résultats décevants"

Les défaites prématurées depuis la deuxième partie de saison passé (Wimbledon, Jeux olympiques, Open d'Australie en janvier), les sorties du type "Je ne prends plus de plaisir à jouer", la perte du trône mondial (au profit d’Andy Murray), l’intensification de sa collaboration avec son préparateur mental controversé Pepe Imaz puis le renvoi de Boris Becker, co-coach durant deux saisons, avaient quelque peu préparé le terrain à ce grand chambardement. Et à Monte-Carlo, justement, alors qu’il apparaissait clairement que les premiers mois de la saison 2017 n’étaient pas parvenu à relancer la spirale vertueuse, le désormais n°2 mondial avait semé, lors d’une conversation tenue en cercle restreint, le doute. Car "Nole" avait accepté avec sincérité d’y évoquer ses failles et ce relatif passage à vide, façon introspection, loin de l’image de froide machine qui lui a parfois collé à la peau lorsqu’il archi-dominait le circuit.

Il y a un an, Novak Djokovic...

La balle de titre de Novak Djokovic

"Les premiers mois de la saison ne se sont passés ni comme je l’aurais souhaité ni comme ils s’étaient passés ces sept ou huit dernières années, n’avait-il pas éludé alors. Mais je suis conscient que d’une certaine manière, c’est normal pour un sportif de haut niveau de traverser ce genre de hauts et de bas. Je crois en moi, je crois en mes capacités et en la qualité des efforts que je fournis. Il faut simplement que je croie que ce processus va tôt ou tard m’apporter les résultats que je veux et que j’espère." Des résultats, cela va de soi, autres que ceux inscrits à son compteur depuis un an. Depuis son sacre à Roland-Garros. Les Internationaux de France étaient son Graal, le dernier titre qui lui manquait pour accomplir le Grand chelem en carrière, celui qui lui aura demandé le plus d’énergie. Et celui qui, il en a pris conscience, aura eu pour conséquence le relatif passage à vide qu’il connaît depuis lors.

"Cela fait un bon moment que j’ai des résultats décevants compte tenu de ceux que j’ai eus ces huit ou neuf dernières années, n’a pas peur de constater Novak Djokovic. En fait, c’est depuis Roland-Garros que j’ai des hauts et des bas… J’ai joué la finale de l’US Open et du Masters mais à part ça, j’ai vraiment fait les montagnes russes (des titres à Toronto et Doha également, ndlr). Mais hey (sourire), c’est aussi quelque chose qu’il faut accepter, reconnaître et dont il faut apprendre. C’est une leçon de vie." Vraiment ? Nole, converti à la vision de son préparateur mental Pepe Imaz selon laquelle "Tout commence par s’aimer soi-même, se respecter", traduite dans la devise "Amor y paz" ("amour et paix") de l’Espagnol, l’affirme : "Tout part de moi et non de quelqu’un d’autre. J’ai pu identifier certaines choses et pourquoi cela s’est produit. En général, c’est le premier pas : être conscient avant, ensuite, d’essayer de rectifier les choses pour pouvoir connaître un nouveau départ."

"Roland-Garros, couronnement de ma carrière..."

Ainsi, Novak Djokovic reconnaît au moins deux sources certaines à sa crise de confiance actuelle. Sa gestion mentale et sa gestion physique de l’après-Roland-Garros. "J’essaie aujourd’hui de me distancier, explique le Serbe, de prendre un peu de recul et d’observer d’un point de vue général, avec de la perspective, tout ce que j’ai réussi à accomplir. Je crois que jusqu’à récemment, je n’avais pas vraiment pris la mesure de toute cette période de peut-être cinq, six ou sept ans, ni tout ce que j’ai accompli ni combien d’énergie j’ai dépensé pour réussir ce qui a constitué le couronnement de ma carrière, à savoir le gain du dernier tournoi du Grand chelem qui me manquait." Ensuite, avoue-t-il pour la première fois, "pour être honnête, je n’ai pas vraiment écouté mon corps et mon esprit. Après Roland-Garros, j’aurais peut-être dû faire un break. Mais en même temps, je ne pouvais pas vraiment parce que Wimbledon et les Jeux olympiques, qui sont arrivés dans la foulée, sont un gros truc et que donc, c’est dur de refuser ça et de dire : je passe…"

Novak Djokovic Roland-Garros 2016

"... après lequel je n'ai pas été capable de tourner la page pour en ouvrir une vierge"

Faire exploser une équipe qui a (beaucoup) gagné mais n’y arrive plus ne constitue donc pas une fin en soi. C’est une manière pour Novak Djokovic de réécrire au présent son histoire de champion hors normes. À qui fera-t-il appel pour le suivre sur le circuit désormais ? Pour l’heure, le Serbe a fait part de son envie d’être seul."Je veux trouver un moyen de revenir au sommet, plus fort et plus résistant, a-t-il dit dans le communiqué qui a acté le divorce avec son staff. J'ai confiance en ce processus et c'est pourquoi je prendrai le temps de trouver la bonne personne. Je suis sur le circuit depuis assez longtemps pour savoir comment gérer les routines quotidiennes et je ne veux pas précipiter ma décision." Cela signifie-t-il que Pepe Imaz, présent à Madrid, va prendre une place encore plus importante à ses côtés ? Ou bien "Nole" entend-il simplement trouver des réponses supplémentaires au plus profond de lui avant de se lancer à la recherche d’un nouveau coach ? C’est en tout cas ce qu’il laisse entendre depuis Madrid : "Je sais que je ne vais pas rester tout seul, sans entraîneur, trop longtemps. Ce sera quelqu'un qui a connu des expériences similaires aux miennes. Il n'y a pas beaucoup de joueurs de tennis dans le passé qui ont réussi à atteindre ce niveau, donc je vais voir. Je suis en train d'y réfléchir calmement et en profondeur. Je ne veux pas brusquer les choses."

Aujourd’hui, le maître-mot du champion de Roland-Garros semble effectivement être le temps. Et il s’en explique. "Chaque année jusqu’ici, j’avais été capable de simplement tourner la page pour en ouvrir une vierge, jour après jour, sans aucune difficulté. Mais l’année dernière, pour la première fois, je n’ai pas été capable de ça. Digérer Roland-Garros a pris plus de temps. Donc, comme je l’ai dit, je suis conscient de ce qui se passe et en même temps je suis aussi conscient que plus le temps passe, plus je me sens davantage en confiance, je sens que mon jeu revient à haut niveau. Il faut juste que je sois patient." Cette dernière assertion glissée dans un sourire. Signe que le "mojo" du carnassier du circuit est peut-être en train de remonter à la surface. "Je dois accepter que certaines choses ne se mettent pas encore en place de la bonne manière pour le moment mais qu’elles finiront par le faire. Cette façon de penser, les émotions et l’énergie que j’y mets sont très importantes." Dans un seul but. "Je sais que si je suis capable d’être au sommet de mon jeu, prévient-il, si je suis capable de mettre en action cette forme de motivation, alors je devrais être capable de retrouver le niveau désiré."  Celui d'un vainqueur en Grand chelem.

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