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E-terre-nel Nadal

Par Alexandre Coiquil (avec Guillaume Willecoq)   le   lundi 24 avril 2017
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Et d'une ! Victorieux à Monte-Carlo en ouverture de sa saison de terre, Rafael Nadal a bouclé la première des trois "Decima" (la dixième victoire dans un même tournoi) auxquelles il peut prétendre ce printemps. A venir : Barcelone et… Roland-Garros. Des marqueurs à deux chiffres comme autant de rappels de l’exceptionnelle domination, mais aussi - et, au regard de l'Histoire, c'est encore plus rare - l’exceptionnelle longévité, de "Rafa" sur sa surface chérie depuis 12 ans.

Dire qu’au même âge Björn Borg, "l’autre" référence sur terre battue dans l’ère Open, avait déjà fait un "burn-out" depuis cinq ans… A quelques semaines de fêter ses 31 ans, Rafael Nadal, lui, continue d’empiler les titres sur "sa" surface,  en même temps que sa quête de records sur ocre. Car au contraire du Suédois, qui avait dominé de la tête et des épaules pendant sept années avant de spectaculairement disparaître des écrans radar à 26 ans tout juste, car démotivé, Nadal a su ajouter la durée à l'ampleur de sa mainmise sur terre battue, justifiant chaque saison un peu son surnom de "King of clay" (le roi de la terre ).

Vainqueur de son 10e Masters 1000 de Monte-Carlo, son 50e titre ATP sur terre battue tous tournois confondus, conquis ce dimanche après son succès face à son compatriote Albert Ramos (6/1 6/3), 12 ans après son premier sacre en Principauté, Nadal est officiellement devenu le joueur le plus titré sur terre battue de l’ère Open devant Guillermo Vilas avec qui il partageait ce record depuis une année et son neuvième sacre à Barcelone.

Evoquer la "decima" (le dixième succès dans un même tournoi), dont "Rafa" vient de rafler le premier volet de son triptyque Monte-Carlo / Barcelone / Roland-Garros sur le Rocher, relèvait jusque-là de l'inimaginable sur une surface aussi usante que la terre battue, réputée pour "essorer" les meilleurs plus vite qu’ailleurs. Pour les autres champions ayant gagné trois "Roland" (et plus) dans l'ère Open :

  • Bjorn Borg ? 7 ans au sommet sur terre (1974-81)
  • Ivan Lendl ? 9 ans (1981-89)
  • Mats Wilander ? 7 ans (1982-88)
  • Gustavo Kuerten ? 5 ans (1997-01)

Si Borg et Wilander avaient lâché mentalement à mi-parcours, Kuerten, dernier grand dominant sur terre avant Nadal avec ses trois sacres à Roland-Garros (1997, 2000 et 2001), était par exemple rapidement passé par la case blessures à 25 ans tout juste, avant de disparaître pour de bon avant ses 30 ans.

Vainqueur de son premier titre sur terre en 2004 (à Sopot), Rafael Nadal aura, lui, réussi l'exploit d'allier la précocité, en entamant sa collection à même pas 19 ans, et la longévité en continuant à étoffer son palmarès à bientôt 31 ans... tout en jonglant avec les nombreuses blessures qui sont venues ralentir son parcours au fil des années. Mais, plus forte que tout, la terre battue aura, elle, toujours provoqué une sorte de déclic chez le Majorquin, qui aura compté sur les doigts d'une main ses absences lors des rendez-vous du printemps, contrairement aux autres surfaces.

Jamais très à l'aise sur le sujet de la longévité (et, par corollaire, de la fin de sa carrière), le joueur de Manacor a toujours pesé chacun de ses mots quand il a osé aborder le sujet, comme cela avait été le cas lors du Masters 1000 de Montréal en 2015 (source LaPresse Ca). "C'est évident que j'ai plus d'années derrière moi que devant. Mais j'y vais un jour à la fois. (...) Je suis à peu près sûr que je ne jouerai pas jusqu'à 39 ans ! Ça fait partie de la carrière de tout joueur. Mais j'ai la motivation de continuer", avait expliqué l'Espagnol qui vivait alors la saison la plus difficile de sa carrière en matière de résultats bruts, de sensations et de palmarès sur l'ocre (seulement deux trophées sur terre à Buenos Aires et Hambourg, soit son plus bas total depuis ses débuts).

"Ce n'est pas le moment de célèbrer. On aura le temps pour ça après Roland-Garros, s'il y a quelque chose à célèbrer à ce moment-là"

"Les gens me demandent souvent quand ce moment arrivera, quand ce sera la fin. Je dis toujours la même chose. Quand ce moment arrivera, je le saurai. Quand je vais me lever un matin et que je n'aurai plus la motivation d'aller m'entraîner, de m'améliorer, ce sera la fin. D'ici à ce que ce jour arrive, j'en profite", avait ajouté l'Ibère qui est parvenu à battre ses démons de 2015 au fil des semaines, en travaillant techniquement son service et son revers, au moment où son coup droit, plus court et moins percutant, lui faisait défaut. 

Le Majorquin a d'ailleurs à nouveau abordé le sujet après son dixième succès à Monte-Carlo : "Chacun gère son physique différemment. J'ai eu des blessures, mais malgré ça j’ai toujours gardé la passion et l'envie de travailler dur et de me battre pour les choses qui me motivent. Même si vous êtes plus âgé, tant que vous avez la santé ce n’est pas un problème. Si vous ne l’avez pas, alors vous rentrez à la maison."

Rafael Nadal, la filiation Björn Borg

Légendes de Roland-Garros : Rafael Nadal

Non content d’avoir dominé le jeu sur terre et d'y avoir exercé une emprise psychologique sans précédent avec son style de jeu très engagé, Nadal n'a connu ses premiers hauts et bas qu'à l'orée de la trentaine. Avant de vivre 2015, Nadal a régné d'une main de fer... et régné dans la durée. Cette longévité, étirée sur douze années entre 2005 et 2017, est évidemment historique. Seul Björn Borg, encore lui, avait ainsi pu rester invaincu des saisons entières sur ocre, avec Roland-Garros pour climax, parfois sans perdre de set (en 1978 et 1980).

Après une saison 2016 marquée par une blessure au poignet qui l'avait contraint de renoncer à Roland-Garros avant son match du troisième tour, Nadal a une nouvelle fois trouvé les clés techniques, mentales et physiques pour se relancer. Après son sacre monégasque, pas question donc pour l’ogre de l’ocre de se reposer sur ses lauriers avec Barcelone et surtout Roland-Garros à venir. Bien au contraire, pour "Rafa", de tous temps la victoire a appelé la victoire. "Dès demain je reprends l’entraînement à Barcelone. C'est le moment de savourer, pas de célèbrer. On aura le temps de célébrer après Roland-Garros. S’il y a quelque chose à célébrer à ce moment-là …"

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