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Johanna Konta, championne à éclosion tardive

Par Myrtille Rambion   le   lundi 03 avril 2017
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Victorieuse samedi du plus grand titre de sa carrière à Miami, où elle a battu Caroline Wozniacki en finale (6/4 6/3), la Britannique désormais deuxième à la Race semble arrivée à maturité. Explications.

En anglais, elle serait qualifiée de "late bloomer". De fait, la championne de Miami 2017 Johanna Konta est une joueuse à maturation lente. Sur les courts de Key Biscayne, à Miami, la Britannique de 25 ans a remporté son plus grand titre jusque-là, en dominant avec autorité l’ancienne n°1 mondiale Caroline Wozniacki (6/4 6/3 en 1h35).

Un premier titre en Premier Mandatory – la catégorie la plus importante après les Grands chelems - synonyme de nouvelle progression à la WTA. "JoKo" pointe désormais à la septième place mondiale et peut voir encore plus loin : si l’on s’en fie à la Race depuis janvier, elle est même deuxième, moins de 100 points derrière Karolina Pliskova.

Et la jeune femme plutôt en retrait des projecteurs laisse fort logiquement entrevoir une guerrière au masque d’impassibilité sur le court, avide de trophées. Car après Stanford en 2016 et Sydney en janvier, Miami, son troisième titre en carrière, est une étape vers quelque chose de plus grand, Johanna Konta en est persuadée.

"J’ai toujours voulu gagner un titre du Grand chelem et devenir la meilleure joueuse du monde, a t-elle ainsi lancé après son sacre floridien. Sans cela, les victoires ne seraient pas aussi douces ni les défaites aussi motivantes." Étonnant ? Pas tant que cela. Avec Johanna Konta, tout est question de construction intérieure et de timing. Et ce, depuis toujours. En raison de son histoire personnelle ? Peut-être.

Sydney, Graf et Sanchez

Pour comprendre l’ascension de la demoiselle, il faut remonter à ses débuts raquette en main le soir après l’école, à l’âge de huit ans. Ou même avant, dans ce qui l’a construite. Née à Sydney, en Australie, de parents immigrés hongrois (un père hôtelier, Gabor, et une mère dentiste, Gabriella), "Jo" grandit en admirant Steffi Graf. Mais c’est vers l’Espagne de Sanchez - Emilio, frère aîné d’Arantxa - que son don pour le tennis la conduit. À 14 ans, elle s’envole pour Barcelone et la Sanchez-Casal Academy… comme un certain Andy Murray, d’ailleurs.

À 26 heures d’avion de chez elle, elle y consolide son tennis. Et passe quatre mois sans voir son père, six sans voir sa mère. "À l’époque, Skype n’existait pas, confiait-elle il y a quelques mois au Guardian. Je me rappelle cette petite cabine téléphonique à la réception du clubhouse. Je m’y rendais à une heure dite et mes parents m’appelaient." Un autre apprentissage du déracinement et de la nécessité de se construire une carapace et un monde intérieur suffisamment puissant pour ne pas craquer.

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Mais très vite, sa famille – elle a une sœur aînée, Emese - décide de quitter Sydney et de rallier l’Europe pour lui permettre de se consacrer le cœur plus léger à sa passion. En 2005, les Konta s’installent dans l’East End londonien, puis quelques temps plus tard à Eastbourne, où ils vivent toujours. La Grande-Bretagne est un point d’ancrage fort pour le clan. Si jusqu’au printemps 2012, Johanna Konta jouait de fait sous les couleurs australiennes, l’obtention de la nationalité britannique, après de longues années de procédure, au mois de mai de la même année lui a, selon ses propres termes, "ôté un énorme poids des épaules".

Ce qui lui a permis de se focaliser davantage sur son jeu et de mieux comprendre son propre fonctionnement intérieur. D’ailleurs, quelques semaines après, à l’US Open, elle est sortie pour la première fois des qualifications d’un Grand chelem et s’est hissée au second tour du grand tableau. "Dans la vie, il y a de nombreuses batailles à mener, et la plupart le sont avec vous-même. Ma personnalité est ainsi faite que j’intériorise beaucoup et que je me torture moi-même."

Wim Fissette, l’atout coach

Mais au fond d’elle, elle sait que la sérénité acquise à force de connaissance de soi permettra un jour quoi qu’il advienne à son potentiel de pleinement se révéler. À son rythme, en digérant sa progression progressivement, elle avance. Deux titres ITF en 2013, une entrée dans le top 100 en 2014, le top 50 en 2015, où elle atteint la deuxième semaine à l’US Open avant un quart à Wuhan, puis les "vrais" débuts chez les apprenties championnes, enfin, avec une demi-finale à l’Open d’Australie en 2016. Suivie de bien d’autres succès : un quart à Miami, une demie à Eastbourne, le titre à Stanford, une finale à Beijing…

Depuis lors, elle n’a cessé de grimper les échelons du succès. Avec une nette accélération encore en fin de saison dernière. En novembre 2016, le décès brutal de son préparateur mental a en effet agi comme un déclencheur de ce qu’elle voulait... et de ce qu’elle ne voulait plus : elle s’est, à la surprise générale, séparée du coach espagnol qui l’avait pourtant menée jusqu’au top 10, Esteban Carril, pour faire appel à Wim Fissette, l’un des entraîneurs les plus en vue du circuit (Kim Clijsters, Sabine Lisicki, Simona Halep, Victoria Azarenka).

Un choix visiblement payant puisqu’après trois mois de collaboration, le duo s’est avéré gagnant à Miami. "Passée la période d’observation, explique le coach belge, on a essayé de se concentrer sur ses forces, tout en éliminant les fautes directes et en l’aidant à se déplacer mieux et plus intelligemment." Ses forces, justement ? Ses adversaires en Floride, au premier rang desquelles Caroline Wozniacki, mais aussi Simona Halep ou Venus Williams, peuvent en témoigner : son service, son retour et son agressivité de chaque instant en fond de court.

"Par le passé, poursuit Fissette, Johanna s’est beaucoup focalisée sur ses aptitudes mentales, sur la manière de contrôler ses émotions en match. Elle continue à faire des exercices pour rester forte mentalement. Je suis très heureux qu’elle soit actrice en ce domaine, qu’elle essaie de travailler sur cet aspect de la même manière que nous (lui, le sparring, le préparateur physique, ndlr) travaillons sur son service et son retour."

Roland-Garros en ligne de mire

Des armes qui font désormais de Johanna Konta une prétendante sérieuse à une victoire en Grand chelem. Même à Roland-Garros ? Oui, répond l’intéressée, et ce, même si elle a échoué deux fois au premier tour à Paris et que ses statistiques sur terre battue sont plutôt maigres, avec deux matches gagnés seulement. Mais la raison est simple : jusqu’à l’an dernier, son classement ne lui permettait pas de rentrer dans les tournois de ce niveau.

"Jusqu’à récemment, a-t-elle d’ailleurs recontextualisé à Miami, la plupart de mes victoires sur le circuit secondaire étaient sur terre battue. Il ne me semble donc pas que ce soit une surface sur laquelle je ne me sente pas à l’aise. La différence, c’est que maintenant, je joue des adversaires d’un autre niveau. Il s’agit donc d’un nouveau virage dans mon apprentissage." Lequel, après avoir pris son temps, a furieusement mis un coup d’accélérateur ces derniers mois.

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