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Juan Carlos Ferrero, le petit prince

Par Guillaume Willecoq   le   mardi 07 février 2017
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Quels sont les quatre seuls joueurs ayant atteint (au moins) les demi-finales lors de leurs quatre premières participations à Roland-Garros ? Rafael Nadal, Mats Wilander, Jean Borotra et… Juan Carlos Ferrero. C’est dire quelle place l’Espagnol a un temps semblé devoir prendre dans la légende de Roland-Garros, lui qui est le seul de la bande des quatre à s'être finalement "contenté" d’un unique titre parisien, en forme de strict minimum eu égard aux prédictions consécutives à son début de carrière tonitruant.

Avec Juan Carlos Ferrero, il y a les chiffres, et il y a l’impression dégagée quand il débarque comme une tornade soulevant la terre battue au tournant du millénaire : vainqueur de son premier titre ATP dès sa cinquième apparition sur le circuit principal (Majorque en 1999), l'Espagnol ambiance son premier Roland-Garros, l’année suivante, à coup de victoires sur Mark Philippoussis et Alex Corretja, avant de se détacher deux sets à un et 3-1 dans le quatrième face à Gustavo Kuerten en personne.

Le futur triple vainqueur du tournoi se faufile dans un trou de souris pour l’emporter en cinq manches (7/5 4/6 2/6 6/4 6/3), mais le duel phare du début des années 2000 sur terre battue se voit lancé par ce qui restera comme l’un des plus beaux matchs vus à Paris lors de cette décennie. "Sur terre, Ferrero est l’adversaire le plus fort que j’ai croisé, lui rendra par la suite hommage le Brésilien. On a eu quelques gros matchs tous les deux, en particulier cette première demie à Roland-Garros. Après ça, on sentait à chaque fois qu’il y avait une attente forte autour de nos rencontres. Tout le monde pensait qu’une grande rivalité était née."

C’est qu’il cache bien son jeu, ce Ferrero dont le gabarit plutôt "léger" (1,83m pour 73kg) et la dégaine d’adolescent flottant dans son T-shirt, cachent en réalité un sens du rythme diabolique, où jambes infatigables, prise de balle précoce et sens de la géométrie du court se mettent au service d'un coup droit sec qui pique, pique, pique encore, sans relâche, jusqu’à laisser l'adversaire exsangue. Le petit "Juanqui" y gagnera le surnom de "Mosquito" - le moustique : quand il s'est trouvé une cible, il ne la lâche plus.

Lorsque Kuerten et lui se retrouvent à nouveau en demies Porte d’Auteuil l’année suivante, Ferrero a encore changé d’envergure en battant le Brésilien en cinq manches à finale du Masters 1000 de Rome quelques semaines plus tôt. Mais cette fois, "Guga" sort un des chef-d’œuvres de sa carrière et l’emporte en trois sets (6/4 6/4 6/3).

Lire aussi : Gustavo Kuerten : "2001, mon plus joyeux "moment Guga" !"

Pas grave : tandis que Kuerten, miné par les blessures, décline, Ferrero n’en finit pas de monter en grade. Vainqueur à Monte-Carlo, il est "le" favori de l’épreuve en 2002… mais, doublement blessé aux adducteurs et aux abdominaux, n’est que l’ombre en finale du joueur ayant écarté précédemment Gaston Gaudio, Andre Agassi et Marat Safin. Il s'incline devant son aîné et inattendu compatriote Albert Costa (6/1 6/0 4/6 6/3).

"Si je n'avais pas gagné, je crois que je serais mort"

La consécration survient à sa quatrième tentative : toujours plus porteur de la "pancarte" après une tournée préparatoire ocre quasi-immaculée (21 victoires – deux défaites, dont un abandon), Juan Carlos Ferrero soulève la coupe des Mousquetaires en 2003, après un parcours où seul le Chilien Fernando Gonzalez – qui, clin d’œil, l’avait battu en finale du tournoi junior en 1998 – est en mesure de l’inquiéter lors d'un cinquième set irréspirable en quarts de finale (6/1 3/6 6/1 5/7 6/4). "Si je n’avais pas gagné, je crois que je serais mort", soupire-t-il une fois le match gagné, tellement soulagé après avoir vu "El Bombardero" sauver cinq premières balles de match par autant de coups gagnants.

Ce sera son unique sueur froide dans un tournoi où, pour le reste, il écarte avec autorité le vainqueur de Rome Felix Mantilla (6/2 6/1 6/1 en 1h30), prend sa revanche sur Albert Costa en demies (6/3 7/6 6/4), avant de mettre fin à la belle aventure de l’étonnant Martin Verkerk en finale (6/1 6/3 6/2, soit la finale la plus expéditive vue à Paris depuis 1978).

A 23 ans, il compte alors 23 victoires en 26 matchs disputés à Paris et, tandis qu’il devient dans la foulée n°1 mondial et démontre une polyvalence certaine en atteignant des finales à l’US Open (2003) ou, en indoor, au Masters (2002), la question semble être : à combien de Roland-Garros s’arrêtera t-il ?

"Ne fais pas comme moi, ne t'arrêtes pas à un seul"

"Ne fais pas comme moi, ne t’arrêtes pas à un seul", avait blagué Yannick Noah en lui remettant le trophée parisien. Il ne croyait pas si bien dire... et, pas plus que quiconque, n'aurait pu imaginer la suite : non seulement Juan Carlos Ferrero ne gagnera plus jamais Roland-Garros, mais il n'y ralliera plus jamais la seconde semaine ! A peine croyable, sa chute sera même l’une des plus inattendues jamais vues. Des soucis de santé, fréquents (varicelle, blessures aux côtes et poignet), et puis, aussi, une certaine difficulté à se trouver de nouveaux buts, une motivation : "Mes objectifs en carrière étaient de gagner Roland-Garros, la coupe Davis et être n°1 mondial. J’avais eu tout ça à 23 ans." Paraphrasant ainsi son aîné à la trajectoire similaire, Carlos Moya, lorsqu’il distinguait les "champions", dont l'objectif est de remporter un grand titre, et les "super-champions", dont l'appétit n'est jamais rassasié.

Son style de jeu même traduit cette évolution : moins percutant, devenu plus métronome de fond de court, Ferrero rentre ainsi dans le rang, malgré un bel automne qui lui vaut de remporter cinq tournois à l’orée de la trentaine, mettant fin à une incroyable disette de six années sans le moindre trophée soulevé entre le Masters 1000 de Madrid en 2003 et l'ATP 250 de Casablanca en 2009 – on n'oubliera pas non plus de mentionner ses contributions décisives à trois des cinq victoires espagnoles en coupe Davis (2000, 2004, 2009).

Mais plus jamais le moustique ne piquera à Roland-Garros, passé un duel somptueux, mais dans le cadre d'un "simple" troisième tour, livré à son ami de longue date Marat Safin en 2005. Restera ce début de carrière pétaradant, et ces duels marquants de son temps avec Gustavo Kuerten, Andre Agassi ou Gaston Gaudio. Soit la (belle) brochette qui régna sur Roland-Garros avant l’avènement d'un autre extraterrien au surnom animal - dans un tout autre style : le taureau de Manacor, Rafael Nadal.

Juan Carlos Ferrero à Roland-Garros, c’est...

  • 34 victoires pour 11 défaites

  • 1 titre (2003), 1 finale (2002) et 2 demi-finales (2000, 2001). Juan Carlos Ferrero atteint également la finale de l’US Open 2003 et les demi-finales de l’Open d’Australie 2004.

  • 12 participations au total

  • Des victoires marquantes sur Mark Philippoussis (huitième de finale 2000), Alex Corretja (quart de finale 2000), Lleyton Hewitt (quart de finale 2001), Gaston Gaudio (huitième de finale 2002), Andre Agassi (quart de finale 2002), Marat Safin (demi-finale 2002), Fernando Gonzalez (quart de finale 2003), Albert Costa (demi-finale 2003), Martin Verkerk (finale 2003)

  • Son équipe quand il gagne Roland-Garros : Antonio Martinez Cascales (entraîneur), Miguel Maeso (préparateur physique) et Victor Munoz (physiothérapeute)
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