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Open d'Australie 2017 - Comment Roger Federer a trouvé la clé face à Rafael Nadal

Par Matthew Trollope et Guillaume Willecoq   le   jeudi 02 février 2017
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L'équation avait quelque chose d'insoluble : à 35 ans, Roger Federer devait trouver la réponse au problème tactique que lui pose Rafael Nadal depuis dix ans. Il y est pourtant parvenu... et à l'appliquer cinq sets durant. Une prouesse à la hauteur de l'aboutissement représenté par ce 18e titre du Grand chelem conquis à l'Open d'Australie. Analyse.

Quand l’attaque de revers de Grigor Dimitrov est sortie des limites du terrain et que Rafael Nadal s’est effondré sur le sol de la Rod Laver Arena, l’Espagnol n’était pas seul à exulter : sans manquer de respect au Bulgare, épatant ces dernières semaines, le monde du tennis tout entier s'est félicité du "revival" Federer – Nadal en finale de Grand chelem, six ans après le dernier match pour un titre majeur entre les deux géants (Roland-Garros 2011), bâtisseurs de l’une des plus grandes rivalités de l’histoire du sport.

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Et puis, après l’excitation, l’interrogation soudaine : comment Roger Federer allait-il bien pouvoir résoudre le problème technique que Nadal a toujours représenté pour lui ? S’il n’y parvenait pas à 25 ans, au sommet de sa domination sur le circuit, comment le pourrait-il à 35 ?

Coup droit lifté de gaucher contre revers à une main frappé à hauteur d'épaule : qui gagne ?

Dès leurs premiers affrontements sur le ciment de Miami en 2004 et 2005, Nadal a dessiné le schéma tactique, simple dans sa construction théorique mais imparable dans son exécution pratique, qui allait lui valoir de prendre l’avantage par 23-11 aux confrontations directes, dont 9-2 en Grand chelem, 6-2 en finales de Grand chelem et même, par exemple, 3-0 sur le Plexicushion australien : un lift de coup droit inouï (jamais vu, même), atterrissant sur le revers du Suisse au fil d’incessantes gammes dans la diagonale, sans cesse répétées tout au long des années et des surfaces de jeu. Avec ce schéma précis, "Rafa" a trouvé la seule faille de tout l’arsenal de Roger Federer : le revers frappé à hauteur d’épaule sur coup - très, très - lifté. Et en a fait son beurre dix ans durant.

Avoir trouvé la réponse à ce problème et, plus encore, avoir su la mettre en pratique à un âge aussi avancé dans la vie d’un sportif de haut niveau, est réellement un des plus grands exploits réussis par le Suisse, à la hauteur de son 18e titre majeur conquis en cinq sets aux dépens de son plus grand rival, dans ce qui fut le troisième match de tennis le plus suivi de toute l’histoire de la télévision australienne ! Car la clé du succès de Federer contre "Rafa" fut justement… son revers.

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Les statistiques comparatives avec les deux demi-finales perdues par le Suisse contre Nadal à Melbourne (2012 et 2014) montrent que, cette fois, Federer a beaucoup plus utilisé la largeur du court. En 2014, moins d’un revers sur deux (49%) était frappé croisé, ou court croisé, pour déporter "Rafa", Federer trouvant le plus souvent l'axe. En 2017, 60% de ses revers ont été frappés croisés, dans le but de déporter l’Espagnol, permettant au Suisse de s’extirper des fameuses gammes "coup droit lifté sur revers à une main" et de garder l’ascendant à l’échange – sans parler du nombre conséquent de coups gagnants réussis dans cette configuration (14 !), en particulier sur des croisés courts où, quand bien même "Rafa" parvenait à ramener la balle dans le terrain grâce à son coup droit, il en était tellement déporté que le Suisse avait le court grand ouvert pour conclure en coup droit.

Et pour tenir ce plan de jeu, il fallait que le Suisse évolue sur sa ligne, sans reculer, sous peine d'ouvrir les angles à "Rafa". Ce qui l’a amené à prendre nombre d’attaques de son adversaire quasiment en demi-volée pour en couper la trajectoire, un peu comme Novak Djokovic ou, hier, Nikolay Davydenko et David Nalbandian, étaient seuls capables de faire face à l’Espagnol – avec un revers à deux mains. Federer est probablement le premier à y parvenir avec ce qui s’apparente, dans ce cas précis, au "handicap" d’un revers à une main.

A l'abordage (mais pas n'importe comment)

Pour qui a suivi assidûment la carrière de Federer, le Suisse n’a pas trouvé soudainement la recette à l’occasion de cette finale de l’Open d’Australie 2017. On le vit déjà l’appliquer dans certains de leurs matchs à Wimbledon ou, plus encore, au Masters (revoir la finale de 2010 ou le match de poules gagné 6/3 6/0 par l'Helvète en 2011). Mais ces matchs s’inscrivaient toujours dans une logique où le Suisse avait l’avantage de la surface, gazon et – surtout – indoor atténuant la "giclette" du lift nadalien. Alors qu’il parvienne à l’appliquer encore dans sa 36e année, sur un court où il avait jusque-là échoué par trois fois (dont une finale, en 2009), et sur la longueur de cinq manches malgré l’exigence d'une prise de balle ultra-précoce – essayez d'exécuter une demi-volée en étant un brin en retard sur la balle, et vous verrez ! –, relève bel et bien de la prouesse.

Dans ce plan de jeu agressif, l’efficacité au service et la volonté d’éviter les longs échanges en prenant d’assaut le filet sont également cruciaux : avec ses 20 aces et ses 29 points marqués sur 40 montées (73% de réussite face à un passeur de la trempe de Nadal), Federer a rempli sa part de contrat de ce côté-là, rappelant à quel point la volée était redevenue une finalité de son jeu ces dernières années, au contact de Paul Annacone puis Stefan Edberg.

Et quand le plan ne suffit pas... ne dévie pas du plan - mieux, applique-le à outrance !

A force de mettre la pression sur "Rafa", restait à Federer à se montrer opportuniste sur ses occasions procurées, lui qui a souvent traîné comme un fardeau son incapacité à convertir ses balles de break contre le Majorquin (on se souviendra longtemps du 1/17 en finale de Roland-Garros 2007, dont 0/10 au premier set quand Rafa faisait du 1/1 !) : là aussi, chose faite. Sans être un carton plein, son 6/20 sur balles de break (30% de conversion) est meilleur que le taux de Nadal (4/17, soit 24%).

Restait enfin - surtout - à ne pas baisser les bras, à ne pas se laisser atteindre par une forme de résignation, quand même ce plan de jeu bien mené semblait ne pas pouvoir empêcher la défaite lorsque Nadal s’est détaché 2-0, puis 3-1, dans le cinquième set. Et là, plus que des "stats", ce sont les mots du Suisse qui l’expliquent le mieux : "J’ai essayé de ne pas perdre de vue le plan. Je me suis dit 'Joue libéré. Joue la balle, pas l’adversaire. Sois libéré dans ta tête, libéré dans tes frappes. Vas-y, la victoire sourit aux audacieux. Et quitte à perdre, que ce soit en jouant un tennis offensif'. J'aurais pu me décourager mais j'ai continué à me battre et à y croire. C'est ça qui m'a fait jouer mon meilleur tennis à la fin du match, ce qui m'a un peu surpris."

Roger Federer n'avait réalisé qu'une fois par le passé un tel finish en trombe face à son meilleur ennemi : c'était lors de cette finale de Wimbledon 2007 qui était jusque-là sa dernière victoire sur l'Espagnol en Grand chelem et dans laquelle il avait évolué sur un fil en début de cinquième manche en sauvant de multiples balles de break... avant de se faire irrésistible pour aligner magistralement les quatre derniers jeux de la partie. Dix ans plus tard, il a récidivé, à la plus grande admiration de Nadal : "Après ce break, il a joué de manière très agressive, avec beaucoup de coups gagnants. Il a visé les lignes, pris la balle encore plus tôt, encore plus vite. Sa prise de risques a payé." Et donné à ce 18e titre en Grand chelem encore plus de saveur, si cela était possible. Celui de la justesse technique et tactique.

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