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Roger Federer : "Seul Roland-Garros 2009 est comparable à ça"

Par Guillaume Willecoq   le   lundi 30 janvier 2017
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Si le génie de Roger Federer lui a valu d’enfiler les Grands chelems comme des perles au fil d’une carrière à nulle autre pareille, deux de ses 18 titres majeurs possèdent une saveur toute particulière : Roland-Garros 2009 et l’Open d’Australie 2017. Et le Suisse en est conscient : parce qu’il a dû lutter plus pour remporter ces deux-là que n’importe quels autres, ils constituent à ses yeux les plus émouvants de ses succès.

"L'ampleur de ce match est différente. Dans tout ce que j'ai pu vivre, seul Roland-Garros 2009 est comparable à ça. J’avais si longtemps attendu pour gagner Roland-Garros. J’avais essayé, échoué, essayé encore, échoué encore. Et finalement je l’ai fait. Ce que je ressens aujourd’hui est similaire." Demander à Roger Federer de déterminer sa victoire préférée parmi ses 18 titres en Grand chelem relève du crève-cœur, sinon de l’impossible : si "18" est un chiffre pour l’Histoire, chacun de ces 18 d’entre eux a son histoire propre, et le Suisse serait bien en peine de choisir entre un de ses chef-d’œuvres. Mais quant à savoir quelles sont ses plus émouvantes victoires, là l’Helvète a son avis. Car la saveur d'un succès se définit à l’aune des difficultés, et des échecs, endurés avant d’y parvenir. Et là, forcément, Roland-Garros 2009 et l’Open d’Australie 2017 brillent d’un éclat tout particulier dans les yeux du recordman de victoires en Grand chelem.

Du favori qui n'avait pas le droit de perdre à Roland-Garros en 2009...

Parce que la conquête de ces deux-là a été si dure pour l’homme à qui pas grand-chose n’a résisté tout au long de sa formidable carrière. Pas grand-chose, sauf d’abord un tournoi, Roland-Garros, et un homme, Rafael Nadal. Quatre années de suite (demi-finales 2005, finales 2006, 2007 et 2008), "Rafa" a refusé à "Rodgeur" l’accès au Panthéon du dernier titre majeur manquant à sa collection, cantonnant le Suisse à un "Oui, mais" resté accolé à Pete Sampras toute sa carrière : "Oui, mais il n’a pas gagné Roland-Garros". 2009 aura fait basculer le Suisse dans une toute autre dimension : c’est après sa victoire à Paris cette année-là que l’on a commencé à considérer très sérieusement sa candidature au titre de plus grand joueur de tous les temps.

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Roland-Garros 2009 : Federer enfin !

C'est aussi du côté de la Porte d'Auteuil en 2009 que l’on a pris conscience que le génie habitué à surclasser ses adversaires était aussi capable d’enfiler le bleu de travail pour gagner dans l’adversité, malgré une pression infernale et un niveau de jeu erratique – compensé par le soutien sans faille du public (y compris quand Federer affrontait des Français !) et une magnifique inspiration tactique en la remise de l’amortie au goût du jour et au centre de son arsenal. Par sa dramaturgie générale, les quinze jours à couper le souffle – il aurait pu perdre lors d’au moins trois matchs –, l’attente à la hauteur des échecs précédents et le poids de l’Histoire, Roland-Garros était un pic dans sa carrière.

Roger Federer - Juan Martin del Potro, demi-finales de Roland-Garros 2009 : les temps forts

Federer - del Potro, demi-finales de Roland-Garros 2009

L’Open d’Australie 2017 en est un autre pour les mêmes raisons. Il en est même l’écho. Entre sa première venue à Roland-Garros avec le dossard de n°1 mondial et l’apothéose du 7 juin 2009, Roger Federer a dû attendre cinq ans. Entre son 17e titre majeur, Wimbledon 2012, et cet Open d’Australie 2017 : quasiment cinq ans aussi. Et tout comme le Suisse avait préalablement perdu trois finales à Roland-Garros avant de toucher au but, il avait aussi perdu trois finales majeures entre les n°17 et 18. Bref, que de parallèles – dont celui des doutes entretenus au début de chacune de ces deux quinzaines inoubliables car inattendues. Ou selon les propres mots du Suisse : "C'était difficile pendant tout ce temps de venir en conférence de presse et de dire: ''Ca va venir". Parce que, à un moment donné, plus personne ne te croit."

... à l'outsider qui avait tout à gagner à l'Open d'Australie 2017

En contemplant l’avance prise par "Rafa" entre la finale de Roland-Garros 2008 et la veille de l’édition 2009, en contemplant les empoignades Nadal – Djokovic sur la route de Roland-Garros cette année-là, plus grand-monde effectivement ne croyait raisonnablement aux chances de triomphe parisien de Federer. En regardant d’où revenait le Suisse en ce début 2017, sorti de 6 mois d’inactivité suite à une blessure au genou, difficile d’imaginer qu’il deviendrait quinze jours plus tard, à 35 ans bien tassés, le second vainqueur le plus âgé de l’ère Open en Grand chelem, derrière Ken Rosewall à l’Open d’Australie 1972 (ce qui, sans manquer de respect à un champion de grande classe, n’a pas la même portée à une époque où le jeu n’était pas aussi physique et l’Open d’Australie un tournoi peu fréquenté par les meilleurs).

Lire aussi : Open d'Australie 2017 - Roger Federer est immortel

Mais ce qui caractérise les champions est de toujours y croire même quand tout semble se liguer contre eux. Seule différence : en 2009, Roger Federer avait su faire le dos rond alors que la défaite de Rafael Nadal en huitièmes de finale lui ouvrait la voie royale vers le titre. Il n’avait pas le "droit" à l’échec. En 2017, jamais le Suisse ne s’est avancé en position de favori face à la litanie de Tops 10 qu’il a affrontés. Et c’est l’esprit léger qu’il a pu se présenter sur le court pour y proposer du grand tennis dans les derniers tours, y compris face à ce "Rafa" qui l’a si souvent tourmenté.

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"Roddick, Hewitt, Djokovic : j’ai connu bien des rivalités dans ma carrière, mais "Rafa" c’est tout autre chose, n'a pas manqué de rappeler l'Helvète. Du fait que son jeu ne me convenait pas trop, il représentait pour moi le challenge ultime. Je le dis d’autant plus franchement que je ne l’avais plus battu en finale de Grand chelem depuis très, très longtemps. Alors être capable de le faire à nouveau, dix ans après notre finale de Wimbledon en cinq sets, c'est juste incroyable…"

"Incroyable", oui. Et tous les autres superlatifs du monde. Roland-Garros 2009 - Open d'Australie 2017, les tournois où Roger Federer aura en quelque sorte soldé les comptes : soldé les comptes des finales perdues douloureusement contre "Rafa", et soldé les comptes des trois finales de 2014-2015 où le mur Novak Djokovic s'était dressé face à lui. Ces deux tournois illustrent le fait que oui, le mérite - et le mérite récompensé - existe (parfois) en sport. Tout comme Roland-Garros 2009 était une juste récompense de son acharnement sur terre battue, l'Open d'Australie 2017 est la juste récompense de ces années où il a continué à se donner les moyens de gagner le 18e à un âge où ses condisciples de promo jouent pour la plupart sur le Senior Tour.

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Début 2009, peu après sa défaite contre le même Nadal en finale de l'Open d'Australie, Roger Federer affirmait croire toujours en ses chances de gagner Roland-Garros, et cela semblait déraisonnable. Début 2017, à la veille de reprendre la compétition en Australie, Roger Federer affirmait ambitionner toujours une 18e victoire en Grand chelem, et cela semblait utopique. Ce sont aujourd'hui les deux succès les plus inoubliables de toute la carrière du géant suisse.

De 2009 à 2017 : quand Roger Federer devient le plus grand de l'Histoire... et quand il défend ce statut devant son plus proche poursuivant !

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