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De Majorque à Roland-Garros : Nadal - Moya, une si longue histoire

Par Guillaume Willecoq   le   mercredi 11 janvier 2017
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Fin 2016, Rafael Nadal a fait appel à Carlos Moya dans son équipe, "Charly" ayant été choisi pour progressivement assurer la succession d'un "tio Toni" désireux de prendre du recul. Deux Majorquins, deux champions de Roland-Garros et une relation "grand frère - petit frère" : l'union entre ces deux-là était en réalité tout ce qu'il y a de logique. Eclairage sur le lien qui les unit depuis l'adolescence de "Rafa", de Majorque à Roland-Garros, comme amis, partenaires de doubles, adversaires puis finalement associés dans la même quête victorieuse de la "Decima", le 10e titre parisien de Nadal.

Episode 1 : à Majorque, dans les pas de Moya

"Je te souhaite la même carrière que la mienne."
"Non. Moi je veux plus."

La biographie officielle de Rafael Nadal, "Rafa", relate ainsi la première rencontre entre Carlos Moya, alors tout auréolé de son statut de vainqueur de Roland-Garros et n°1 mondial, et Rafael Nadal, 13 ans et espoir du tennis majorquin. Entre Moya, qui mit l’île des Baléares sur la carte du tennis dans les années 90, et Nadal, qui a accolé la périphrase "le Majorquin" a son propre nom, c’est une longue histoire, débutée donc sur l’île aux deux numéros 1 mondiaux et vite poursuivie sur le circuit tennistique international.

Pour Nadal, Moya n’est pas précisément un mentor. Plutôt un modèle de jeunesse ou, selon ses propres termes,"un grand frère." Parce que Moya incarnait un point de repère pour l’adolescent rêvant de conquérir le monde, et parce que, toute star de l’ATP qu’il était, Carlos entreprit d’aider le garçon autant que possible."A Majorque, tout le monde savait qu’il y avait un jeune à surveiller – et pas seulement parce qu’il était le neveu de Miguel Angel Nadal, le joueur du Barça, se souvient Moya. Il a gagné le championnat de l’île des moins de 12 ans à 8 ! Mon formateur, Jofre Porta, a fait un peu de coaching avec lui à cette époque et m’avait dit ‘Ce petit-là peut devenir bon’."

Malgré - grâce à ? - cette entrée en matière pleine d’aplomb de Nadal devant son aîné – qui lui valut d’ailleurs de se faire gronder par ses parents devant tant de présomption – Moya choisit par la suite le jeune Rafael pour sparring-partner lors de ses retours à Majorque. "On me dit parfois que j’ai aidé "Rafa", mais ce fut en réalité réciproque, estime Moya. Il était déjà assez bon pour me pousser à donner le meilleur à l’entraînement. Quand nous faisions des sets, je n’avais pas intérêt à les prendre à la légère si je ne voulais pas être battu par un gamin de 14 ans !" Le gamin en question est de son côté à bonne école : combien d’adolescents peuvent se targuer de sessions d’entraînement régulières avec un top 10 ?

Lire aussi : Rafael Nadal, le roi des rois de Roland-Garros

 

Episode 2 : sous l’aile de "Charly" sur le circuit… et l’émancipation rapide

Moya, ironiquement, fut aussi une de ses premières victimes de marque sur le circuit, en 2003 au Masters 1000 de Hambourg, pour la première victoire de "Rafa" contre un Top 5. "Jusque-là, je gagnais la plupart de nos sets d’entraînement, poursuit "Charly". Je dirais qu’en fait, si je voulais vraiment gagner, je gagnais. Logiquement. Mais sur ce match je me suis senti incroyablement nerveux. J’étais Top 10, et lui un jeune prometteur certes, mais âgé de 16 ans ! Perdre aurait été embarrassant pour moi, et je le ressentais clairement. Il faisait froid et j'avais l'impression de ne pas réussir à entrer dans mon match quand lui a semblé chaud dès la première balle de l’échauffement. Il a fait un match remarquable de concentration du premier au dernier point, et j’ai perdu en deux sets."

Ce n'est pas à proprement parler une passation de pouvoir – pas encore – entre deux joueurs qui, hors court, aiment aussi se défier aux jeux vidéos. Mais "ce jour-là, j’ai entrevu quel joueur Rafael pouvait devenir : quelqu’un qui, par sa maîtrise de la configuration de match, sa capacité à faire abstraction de tout, était encore un cran au-dessus de ce que je pouvais produire de mieux – et j’avais quand même gagné Roland-Garros et fait finale à l’Open d’Australie et au Masters à ce moment-là. Nous nous sommes rejoint au filet et, au moment de l’accolade, "Rafa" m’a dit : "Je suis désolé". Mais il n’avait pas à l’être. Moi, j’étais philosophe – plus que je ne m’y attendais. Je savais que c’était la première d’une longue série de défaites. L’avenir lui appartenait et moi, si j’étais encore loin d’être fini, j’avais amorcé la phase de déclin."

Episode 3 : Quand Moya libère le fauve "Rafa"

En 2004, Carlos Moya n’en est pas moins toujours le n°1 espagnol, leader de l’équipe de coupe Davis qualifiée pour la finale de l’épreuve. Mais en demies, c’est "Rafa", 18 ans à présent, qui a crevé l’écran contre la France, en double pour prendre l’avantage sur Arnaud Clément et Michaël Llodra, puis en simple pour apporter le 4e point décisif devant Clément. De quoi rebattre les cartes en vue de la finale ? Pas si simple tant, pour des questions de statut, il apparaît difficile sur le papier d’écarter Juan Carlos Ferrero, encore n°1 mondial 12 mois plus tôt, ou même Tommy Robredo, 17e mondial quand Nadal émarge 50e.

Pourtant, la question se pose en interne à la veille de la finale face aux Etats-Unis d’Andy Roddick, bourreau régulier des mêmes Ferrero et Robredo sur le circuit. Et si "Rafa" est finalement aligné en simple au détriment de ses aînés, Moya n’y est pas pour rien, soutenant de tout son poids de leader le coup de poker du capitaine Jordi Arrese, malgré les remous occasionnés dans l’équipe… et les hésitations du principal intéressé : "'Rafa' est venu me dire qu’il ne pouvait pas passer comme ça devant Juan Carlos et Tommy, deux champions déjà installés, révèle Moya. Et Toni ressentait la même gêne. Il a fallu que je leur martèle que non, "Rafa" ne prenait la place de personne, qu'il était tout à fait légitime à jouer en simple et qu’il avait toute ma confiance. Il avait sa part dans notre qualification pour la finale et sa présence sur le terrain n’avait rien d’imméritée."

Un pari ? "J’avais appris à connaître "Rafa". Je savais que ce garçon timide et bien élevé dans la vie courante était de ceux que la foule et l’enjeu sublimeraient." Gagné : devant les 27 000 spectateurs des Arènes de Séville (un record pour un match de tennis à l’époque), le taureau Nadal est lâché. A 18 ans, il bat Andy Roddick, alors n°2 mondial, et seconde magistralement Moya pour apporter à l’Espagne sa seconde coupe Davis. Sourire de Moya : "J’ai un peu libéré le fauve ce jour-là."

Episode 4 : entre vainqueurs de Roland-Garros

2007 est l’année du chant du cygne de Carlos Moya, de retour dans le Top 20 à 31 ans grâce notamment à des quarts de finale à Roland-Garros et à l’US Open. A Paris, c’est très symboliquement Nadal qui met un terme à son parcours, son dernier quart dans ce tournoi qui l’a fait roi. "Rafa" ne prend pas de gants et l'emporte 6/4 6/3 6/0 face à son "grand frère", dont les velléités agressives sont progressivement étouffées par l'effarante couverture de terrain de celui qui fonce alors vers un troisième titre consécutif à Paris.

Lire aussi : Top 10 : matchs emblématiques de Rafael Nadal à Roland-Garros

Nadal – Moya, quart de finale de Roland-Garros 2007

Les temps forts du quart de finale Nadal - Moya de Roland-Garros 2007

Dix ans après cet unique choc entre les deux hommes à Roland-Garros, c’est ensemble qu’ils y ont remis les pieds en 2017, le vainqueur de Roland-Garros 1998 ayant intégré le staff de son cadet, au côté des incontournables "tio Toni" et Francisco Roig. Entretemps, Nadal s'est affirmé comme le principal prétendant au titre de meilleur joueur de terre battue de l'histoire, ayant mené son palmarès parisien à des hauteurs insoupçonnées (neuf titres, c’est trois de plus que Borg, le précédent recordman en la matière, et deux de plus que Chris Evert chez les filles !)... mais butant depuis deux ans - une éternité à l'aune de sa domination parisienne ! - sur la "Decima", soit une dixième victoire à Roland-Garros en forme de compte rond. Jamais bien loin du terrain depuis sa retraite - on le vit même servir de sparring-partner de luxe à "Rafa" avant certaines finales de Roland-Garros -, Moya surtout a fait ses classes de co-entraîneur, participant à la belle campagne 2016 de Milos Raonic, achevée au troisième rang mondial.

L'un s'est frotté aux exigences du coaching, l'autre cherchait un second souffle après deux saisons loin de ses standards passés : l'heure de se retrouver était logiquement venue pour le duo. Car oui : quand on connaît la fidélité de Nadal à son clan - quasiment que des Majorquins dans son équipe, quasiment que des gens présents depuis les premiers succès - le fait qu'à l'heure d'y intégrer une nouvelle figure il ait choisi Carlos Moya relèvait de la pure logique. Nadal – Moya : l'association est même quelque part tellement évidente qu’il est étonnant qu'elle se soit produite si tard dans la carrière de "Rafa". Mais en abordant ce qui est forcément, à 31 ans, l’un des derniers cycles de sa carrière, Rafael Nadal a en réalité bouclé la boucle en choisissant pour assurer la succession de son oncle, désireux de prendre du recul, le champion qui le prit sous son aile alors qu’il n’était qu’un adolescent. Fidèle en cela au leitmotiv de sa carrière : regarde d'où tu viens pour savoir où tu vas.

De Moya vainqueur de Roland-Garros 1998... à Nadal savourant sa 10e coupe des Mousquetaires en 2017.

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