En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour vous proposer des publicités ciblées adaptés à vos centres d’intérêts et/ou réaliser des statistiques de visites.

Pour en savoir plus et paramétrer les traceurs.

Michel Boujenah : "Je conseille toujours aux gens d'aller aux qualifs de Roland-Garros"

Par Christophe Thoreau   le   mardi 27 décembre 2016
A | A | A

Michel Boujenah est un "vrai de vrai", comme on dit : le comédien et réalisateur, dont le nouveau film, Le coeur en braille, sort le 28 décembre prochain, arpentait déjà les allées de Roland-Garros à la fin des années 60. Interview tennis.

Comment est née votre passion du tennis ?
Enfant, à la fin des années 50 à Tunis, j’habitais à côté d’un club. Un de mes frères aînés y jouait déjà et comme je faisais tout comme lui, je me suis mis à jouer. Mais pas à jouer comme ça, à jouer comme un fou, que de soit avec des copains ou contre le mur. A m’en faire saigner les mains ! Il faut dire que les grips n’étaient pas aussi confortables qu’aujourd’hui. J’ai pris des leçons et disputé pas mal de tournois. Je suis monté 15/2 lors de mon adolescence. Je me souviens de la première raquette que j’ai gagné dans un tournoi, c’était une Spalding. Je l’adorais. Avec, j’étais imbattable (rires). Et puis on avait la chance de ne jouer que sur terre battue, quel bonheur quand même ! On avait même fait un trou dans le grillage de l’un des courts du club pour jouer lorsque c’était interdit. Le club était l’endroit de notre passion et l’endroit de nos loisirs. On venait aussi pour regarder les filles qui avaient des jupes très courtes (sourire). Notamment celle qui était la petite championne du coin et qui était très belle !

La compétition, ça vous a suivi toute votre vie ?
Non, car j’ai arrêté de jouer pour des problèmes de santé. J’ai repris le tennis il y a une quinzaine d’années. Je suis remonté à 30. Mais même quand je travaille beaucoup et que je suis en tournée, comme lors de ces trois ou quatre dernières années, je pars toujours avec mes affaires et ma raquette. Et dès que l’occasion se présente, je trouve toujours un club où quelqu’un est d’accord pour "taper" une heure. Tenir une balle de tennis dans la main, c’est comme une madeleine de Proust pour moi.

"Tout a changé, sauf le jeu... et la passion : c'est ce qui relie un champion d'aujourd'hui et un champion du passé"


Quels sont vos premiers grands souvenirs de spectateur ?
J’ai commencé à aller à Roland-Garros à la toute fin des années 60. Il n’y avait pas toujours grand-monde à l’époque dans les tribunes. Les premiers que j’ai vus sont Pierre Darmon, Mustapha Belkhodja et Bernard Boutboul, que je suivais plus particulièrement parce qu’ils étaient originaires de Tunis comme moi, et puis bien sûr Patrice Dominguez, qui est ensuite devenu un ami. Mais mon premier très grand choc, ce fut Ilie Nastase, en 1972 ou 1973. Ma passion ne s’est jamais démentie depuis. Guy Forget ou Amélie Mauresmo m’ont ensuite souvent proposé de venir avec eux à Wimbledon, mais c’est toujours tombé à un mauvais moment.

Quel regard portez-vous sur le tennis d’aujourd’hui, vous qui avez donc connu Roland-Garros il y a plus de 40 ans ?
Le tennis est passé d’un sport suivi par des passionnés à un sport grand public, à partir du moment où la télévision s’en est pleinement emparée. Tout a changé, certes. Mais un grand joueur demeure un grand joueur quelles que soient les époques. Mais aujourd’hui, il faut qu’ils parviennent à ne pas trop tenir compte de tout le cirque qui entoure leur sport. L’essentiel reste le jeu. Et la passion qui va avec. C’est ce qui relie un champion d’aujourd’hui et un champion du passé.

Lire aussi : Marilou Berry : "Roland-Garros, une ambiance simple, cool, décontractée"


Prenez-vous toujours autant de plaisir à regarder le tennis ?
Alors oui,  il y a un peu moins de spectacle dans le sens où il y a moins de décontraction chez les plus grands champions. Nastase, Gerulaitis ou Connors faisaient davantage le show. Les champions d’aujourd’hui ont un côté plus mécanique. Ils veulent et doivent gagner à tout prix. En même temps, je me dis parfois qu’on est aussi un peu injuste en disant ça, car certains, comme Djokovic par exemple font des efforts dans ce domaine. Monfils aussi. Mais bon, j’aime tellement le tennis que ce genre de débat, je m’en fous un peu. Je suis heureux de les voir jouer. Tout simplement. Et puis il y a des champions avec lesquels j’ai des liens plus forts, comme lorsque j’allais voir Amélie Mauresmo. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. N’oublions pas qu’elle a le plus beau palmarès français de l’après-guerre, hommes et femmes confondus. Je l’ai toujours soutenue, je disais souvent aux journalistes : "Vous verrez, un jour elle gagnera un tournoi du Grand chelem."

Amélie, vous l’avez même pas mal côtoyée je crois…
On se voit un peu moins ces temps derniers car j’ai beaucoup travaillé et elle aussi. Mais je l’adore. Tiens, une anecdote : j’ai assisté à l’une de ses deux victoires à Montréal, en 2002. Elle gagne sa finale, enchaîne par sa conférence de presse, petit décrassage derrière, et ensuite, vous savez ce que l’on a fait ? On a joué au tennis ! Je vous jure que c’est vrai. On a fait un double avec elle, Loïc Courteau et une troisième personne dont je ne me souviens pas. Après, on est allés au restaurant, le patron n’a pas voulu qu’on paie parce qu’elle avait remporté le tournoi. Ensuite, on a enchaîné par une soirée au casino et on a tous gagné ! Une journée complètement dingue. Qu’est-ce qu’on s’était marrés !

"Et me voilà en slip, tenant mon antenne de fortune, pour voir Forget apporter la coupe Davis à la France"


Regardez-vous beaucoup le tennis à la télévision ?
Oui plutôt, mais en terme d’émotions, c’est tout de même incomparable avec ce que l’on peut ressentir lorsque l’on est au bord du court. J’adore le côté psychologique de ce sport, voir comment un joueur qui est au fond du trou va tenter de s’en sortir. J’aime regarder un match comme si c’était un film, il y a une dramaturgie extraordinaire. Je conseille toujours aux gens d’aller assister aux "qualifs" de Roland-Garros avec tous ces mecs prêts à mourir, rien que pour accéder au tableau final. C’est fantastique à voir.

Une question au réalisateur : le tennis est-il bien filmé à la télévision ?
Oui, mais ce qui manque toutefois, ce sont davantage de plans serrés sur les visages des joueurs dans les moments clefs. Il faut essayer de capter le doute dans le regard d’un des deux joueurs par exemple. Essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête des protagonistes. Attraper leur émotion profonde. Je chipote évidemment, car je trouve ça plutôt pas mal globalement, les ralentis notamment. J’ai un souvenir de tennis à la télévision absolument mémorable lors du dimanche de la finale de la Coupe Davis 1991 à Lyon. Je suis sur scène l’après-midi et j’ai dans ma loge un petit poste de télé de rien du tout qui marche très mal. J’ai dû me fabriquer une antenne avec un cintre. Je règle la chaîne puis je pars jouer mon spectacle. Quand je sors de scène, je file devant ma télé bricolée et Forget est à trois point de la victoire contre Sampras ! Et me voilà en slip, tenant mon antenne de fortune, pour réussir à assister à la fin du match et la victoire de la France.

Lire aussi : Géraldine Maillet, réalisatrice d'"In the French" : "Roland-Garros, ocre, organique, beau à filmer"

Comments
Article suivant: "Federer et Nadal se présentent toujours, alors que l'on sait tous qui ils sont !"
Articles Similaires