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"Federer et Nadal se présentent toujours, alors que l'on sait tous qui ils sont !"

Par Amandine Reymond   le   vendredi 23 décembre 2016
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Ils sont peut-être ceux qui passent le plus de temps sur les courts pendant les tournois. Pourtant, ils ne les jouent pas à proprement parler. "Ils", ce sont les sparring-partners. Thibault Venturino se rend disponible deux fois par an pour taper avec les meilleurs le temps de Roland-Garros et du BNP Paribas Masters. Classé 1112e joueur mondial (-15 au classement français), ce joueur dont le quotidien professionnel se déroule sur le circuit Futures, loin des projecteurs des Grands chelems, explique le rôle du "sparring", les demandes des champions en général et les attentes spécifiques d'un Federer, d'un Nadal ou d'un Djokovic, qui le redemandent à chaque venue à Paris.

Mon job à Roland-Garros - Sparring partner

Quand et comment êtes-vous devenu sparring-partner officiel lors des tournois de Roland-Garros et du BNP Paribas Masters ?

J’ai commencé lors de l’édition 2014 du BNP Paribas Masters grâce à un agent que je connaissais bien. On lui avait demandé pendant les qualifications s’il connaissait un joueur disponible pour être sparring-partner. Quand il m’a parlé de cette opportunité je n’ai pas hésité ! Ça a commencé comme ça, puis j'ai enchaîné sur Roland-Garros 2015, et finalement je n'ai plus raté un seul des deux tournois parisiens depuis cette date. C’est quelque chose de vraiment organisé et ça fonctionne bien.

C’est plutôt rare d’être sparring-partner dans la durée comme vous l'êtes. En général, les noms changent d’une année l’autre, selon les disponibilités et présences de joueurs sur site. Mais pour vous, c’est un choix de vous rendre libre à chaque fois sur ces dates ?

Oui. Ce sont des tournois qui tombent plutôt au bon moment par rapport à mon programme car Roland-Garros a lieu pendant la période des matchs par équipes de mai et le BNP Paribas Masters en fin de saison, donc je suis toujours assez "dispo" à ces périodes. Ça fait de très bons entraînements, au contact des meilleurs mondiaux, et comme on est un peu rémunérés, à hauteur d’environ 120 euros par jour, ça me fait un complément pour financer mon année sur le circuit.

Pouvez-vous nous décrire une journée type de sparring-partner pendant les tournois ?

J’arrive tous les jours entre 8 et 10h du matin et je reste jusqu’à… jusqu’à ce qu’ils me disent qu’ils n’ont plus besoin de moi ! Cela fait environ 19h en général. Les joueurs demandent à jouer avec nous lorsqu’ils réservent leur créneau d’entraînement pour le lendemain, mais parfois ils ont besoin de quelqu’un au dernier moment, alors on s’adapte. Quand on n'est pas sur le court on attend dans le Player’s Lounge pour rester disponibles tout en profitant des moments libres pour se restaurer ou se reposer.

"Nadal met tellement d'intensité même à l'entraînement que j'ai vu Kevin Anderson être "cramé" au bout de 15-20 minutes"

Les joueurs demandent-ils à jouer avec un sparring-partner en particulier ou pas ?

Ça dépend. Parfois, ils cherchent un type de jeu en particulier pour préparer un match précis – un gaucher, par exemple – mais souvent ils aiment bien continuer avec le sparring avec qui ils ont commencé à s’entraîner sur le tournoi. C’est ce qui s’était passé pour moi avec Novak Djokovic lors du BNP Paribas Masters en 2015 et qui a été reconduit à Roland-Garros cette année. Ils aiment avoir leurs petites habitudes, donc une fois qu’ils ont joué avec nous, souvent ils demandent à continuer comme ça. Surtout quand les résultats suivent (rires) !

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N’est-ce pas impressionnant de se retrouver face aux plus grands joueurs ?

Si, forcément un peu. Quand j’ai appris que j’allais jouer avec Roger Federer à Bercy en 2014, je me suis mis une pression monstrueuse. Il représente tellement dans le tennis que j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Je me suis dit "Il ne faut pas que tu frappes à côté de la balle ! " Et après j’ai réalisé que je pourrais dire "Oui, j’ai joué avec Roger Federer". Pour Nadal, j’étais aussi impressionné mais surtout parce que je l’avais déjà vu s’entraîner avant, notamment avec Kevin Anderson. Et quand je voyais qu’après 15-20 minutes, Anderson était "cramé" alors qu'il était quasiment Top 10 à l'époque, je me disais"Mais comment je vais faire moi pour tenir ?" tellement il met une intensité extraordinaire.

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"Federer fait ce qu'il veut avec la balle : il jouerait avec le manche, ça serait pareil !"

Et comment cela s’était-il passé ?

La première fois, on avait joué deux heures, c’était très intense mais finalement j’avais bien tenu. Il a une balle très lourde. Ça va vite, c’est vraiment impressionnant. Nadal, c’est un bourreau de travail et il joue à 100% du premier au dernier point alors que Federer c’est plus de la magie. A chaque fois qu’il touche la balle c’est incroyable. On a l’impression qu’il ne va jamais "rater", il fait tout ce qu’il veut. Il pourrait jouer avec le manche, ça serait pareil ! Roger, quand on le voit dans les tournois il est relâché : le gros du travail il l’a fait avant. Et le fait de voir qu’il était assez détendu pendant l’entraînement, ça m’aidait à me relâcher. Qu’on rate ou pas il s’en fiche, ça enlève une pression monstre.

Vous avez la chance de côtoyer les plus grands joueurs, quelles relations avez-vous avec eux aujourd’hui ?

J’ai joué avec Roger Federer plusieurs fois et maintenant quand on se croise il me serre la main. Et rien que de se dire que Federer me dit bonjour ça fait quelque chose. Avec "Rafa" aussi j’ai joué à plusieurs reprises et c’est vraiment quelqu’un de très gentil. Federer est adorable et hyper cool mais on sent quand même une certaine distance. Rafael Nadal, on a l’impression qu’il est plus accessible. Il a l’air un peu timide, il ne cherche pas le regard des gens. On ne partage pas beaucoup en dehors du court mais il est toujours très aimable.

Avez-vous quelques souvenirs particuliers avec eux ?

Ce qui est marrant c’est qu’ils se présentent toujours, alors qu’on sait très bien qui ils sont. C’est drôle. La première fois que j’ai joué avec "Rafa", il est arrivé 2-3 minutes en retard et il avait l’air hyper énervé. J’ai pensé qu’il n’avait peut-être pas envie de jouer avec moi. Il râlait un peu en s’échauffant avec son physio mais juste avant qu’on commence à taper il est venu vers moi en s’excusant pour son retard… En fait ça n’était pas du tout contre moi ! Un autre jour, il était installé avec son équipe dans le restaurant des joueurs à Roland-Garros et je suis passé à côté d’eux. Je n’osais pas le déranger et je me suis installé un peu plus loin. Et ça m’a surpris de le voir se lever pour venir me saluer. Il n’était pas obligé mais ça montre à quel point il est sympa. Il n’y a rien de joué, pas de faux-semblants, c’est quelqu’un de profondément gentil. Il doit avoir beaucoup de mal à dire non aux diverses sollicitations.

La rançon de la gloire : même à l'entraînement, Rafael Nadal est toujours scruté !

Et Novak Djokovic ?

Djokovic est peut-être celui avec lequel j’ai le plus joué. Ça se passe bien avec lui et j’ai aussi un bon feeling avec Boris Becker (entretien réalisé avant l'annonce de la séparation du tandem, ndlr) qui demande souvent si je suis disponible lorsqu’il réserve des heures d’entraînement pour "Nole". J’ai même son numéro, c’est dingue ! Avec Gaël Monfils ça doit être le plus connu de ceux dont j’ai le numéro. Quand Novak est sur le court, on a l’impression qu’il ne peut pas rater, on dirait qu’il se met en mode robot. Même dans des positions improbables il réussit ses coups, il fait des défenses de folie.

Avec quels autres joueurs vous entraînez-vous régulièrement lors de ces tournois ?

Kei Nishikori, Tomas Berdych… J’ai joué avec la plupart des grands joueurs actuels. Avec Berdych, ça se passe très bien en ce moment. Il est très sympa, très agréable. Lui ou Goran Ivanisevic (son coach actuel, ndlr) me redemandent à chaque fois. D’ailleurs, il y a quelques temps j’en avais profité pour faire un petit selfie avec Goran. Il faisait partie des joueurs que j’aimais regarder quand j’étais jeune.

 

Avec qui rêvez-vous encore de jouer ?

Je rêve de taper avec Andy Murray. C’est le seul des grands joueurs qui me manque. J’adore son jeu et j’aimerais beaucoup faire des gammes en revers avec lui. Mais c’est compliqué car il demande rarement des sparring-partners. Son entraîneur Jamie Delgado lui suffit. Sinon, j’ai joué avec les plus grands joueurs mais jamais avec mon idole Pete Sampras… Mais là ça va être vraiment compliqué (rires) !

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Au-delà de l'aspect financier que vous évoquez plus haut, ce rôle de sparring-partner vous aide-t-il pour votre propre carrière ?

Je m’inspire beaucoup de ce que je vois chez eux, en tout cas. Je n’ai pas d’exemple précis mais leur rigueur, leur routine est hyper importante et efficace, j’essaie de m’approprier certaines choses.

"Je me laisse encore deux ans pour voir jusqu'où je peux arriver"

En parallèle à votre activité de sparring, vous tentez toujours de percer sur le circuit professionnel. Comment abordez-vous la saison 2017 ?

J’ai fait une cagnotte sur le site participatif "Sponsorise me" pour m’aider à financer mon début de saison 2017. Ce sont les responsables du site qui m’avaient contacté et c’est une bonne expérience, ça m’a bien aidé à planifier ma saison. J’ai aussi changé de structure car je vis en région parisienne et ça me faisait trop de déplacements de faire des allers-retours à Montbéliard. Maintenant je vais m’entraîner au Azur tennis-club d’Asnières où je ne dois pas payer les entraînements. Heureusement car j’ai fait mon planning jusqu’à octobre prochain et j’en aurai pour environ 32 000 euros de frais.

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle saison ?

J'ai eu quelques blessures en 2016 qui m’ont fait chuter au classement alors que j’avais atteint le 850e rang en juillet. Là je suis aux alentours de la 1100e place et je vais devoir cravacher sur les Futures (la troisième division du circuit international, ndlr). Mon objectif est de me rapprocher du classement nécessaire pour aborder les Challengers car les conditions de jeu y sont en général beaucoup plus agréables que sur les Futures - même si en France on est plutôt très bien accueillis lors de ces tournois.

N’est-ce pas trop compliqué de partir à la recherche de points tout en respectant un budget serré ?

Je ne me décourage pas du tout, je ne sais pas jusqu’où je peux monter mais tant que je pourrai tenir au niveau financier, je ferai tout pour aller au bout de mon projet dans le tennis professionnel. Il va falloir faire attention à mon calendrier. Je voudrais vraiment passer sous les 500 avant la fin de l’année prochaine (il aura alors 30 ans, ndlr). Et je me laisse encore deux ans pour voir jusqu’où je peux arriver parce qu’il ne faut pas seulement penser à soi, mais aussi à sa famille.

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