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Top 10 : ils ont gagné Roland-Garros en sauvant balle de match

Par Julien Pichené   le   jeudi 08 décembre 2016
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Ces points ont changé leur vie et celle du tournoi de Roland-Garros. A dix reprises, les Internationaux de France ont sacré un ou une "miraculé(e)" : avant de finir par graver leur nom, pour l’éternité, au palmarès, René Lacoste (1927), Gottfried von Cramm (1934), Margaret Osborne (1946), Margaret Court (1962), Rod Laver (1962), Adriano Panatta (1976), Gustavo Kuerten (2001), Gaston Gaudio (2004), Anastasia Myskina (2004) et Justine Henin (2005) sont tous passés (une ou plusieurs fois) à un point, à quelques secondes donc, de la défaite.

1927 – René Lacoste : deux en finale contre Bill Tilden
Victoire 6/4 4/6 5/7 6/3 11/9

Crachin et fraîcheur en ce dimanche 5 juin 1927, mais le Tout-Paris des années folles fonce malgré tout au Stade français pour encourager "l’alligator" face à l’invincible Américain. Invincible ? La presse de l’époque rapporte "l’enthousiasme indescriptible" des 5 000 pro-Lacoste au moment où le tacticien français égalise à 9 partout au cinquième set après avoir écarté deux balles de titre. Sur la deuxième, "Big Bill" croit même servir un ace. La décision est contestée, mais les spectateurs qui se sont penchés pour dire leur mécontentement au juge de ligne ont alors reconnu… Henri Cochet, ami et complice de René Lacoste.

Démoralisé, Tilden, que sa force mentale avait pourtant rendu injouable pendant six ans entre 1920 et 1926, va perdre la rencontre deux jeux plus tard, sur une double faute ! En septembre, les Français domineront de nouveau Bill Tilden en finale de la Coupe Davis. Un stade allait être construit pour ces "Mousquetaires" : Roland-Garros.

Lire aussi : René Lacoste, l'intelligence du crocodile

1934 – Gottfried von Cramm : une en finale contre Jack Crawford
Victoire 6/4 7/9 3/6 7/5 6/3

Liquéfié par un verre de cognac ! Avant guerre, l’eau-de-vie coule licitement et fréquemment sur les courts. Un remontant totalement anachronique vu d’aujourd’hui, et finalement peu recommandable. Quand après avoir laissé filer une balle de match à 5-4 au quatrième set, Jack Crawford a décidé de s’imbiber d’alcool, l’Australien n’a plus existé, laissant le soin à l’Allemand Gottfried von Cramm de gagner le premier de ses deux titres parisiens. "Littéralement groggy, dopé de cognac, chancelant, Jack Crawford s’accrocha jusqu’à la dernière balle avec une énergie désespérée", lit-on dans l’Auto-Journal.

Jack Crawford n’avait pas retenu la leçon de sa finale à Forest Hills, neuf mois plus tôt. Face à Fred Perry, il prit également son "remontant", à 2 sets à 1 pour lui, pour ensuite ne plus inscrire qu’un seul jeu. Vainqueur en Australie, à Paris et à Londres cette année-là, il aurait pu être en 1933 le premier joueur à faire le Grand chelem, expression qui a d’ailleurs été inventée à cette occasion.

1946 – Margaret Osborne : deux en finale contre Pauline Betz
Victoire 1/6 8/6 7/5

En cette année de reprise après la Seconde guerre mondiale, le tennis féminin est archi dominé par les Américaines, suprématie incontestée pendant plus d’une décennie. En 1946, à Paris comme à Londres et New York, le dernier carré compte quatre représentes US ! Pauline Betz enlève Wimbledon et Forest Hills, mais n’échoue que de très peu à Roland-Garros, privée de Petit chelem par son amie Margaret Osborne, avec qui elle est d’ailleurs arrivée au stade le jour de la finale – incroyable anecdote : Osborne et Betz sont arrivées en retard après d’être emmêlées les pinceaux dans la ligne 10 du métro, dont la particularité est d’avoir deux branches à sens unique du côté de la Porte d’Auteuil !

Amies et solidaires dans la vie donc, les deux joueuses ne se sont pas fait de cadeau sur le court : Osborne remporte le titre après avoir écarté deux balles de match. Au milieu d’une multitude de sacres américains (9 titres en simple et autant en double entre 1946 et 1956), la joueuse de l’Oregon s’imposera une deuxième fois en simple (1949), et trois fois en double, avec sa partenaire Louise Brough (1946, 1947 et 1949)… en arrivant à l’heure cette fois.

Lire aussi : Roland-Garros 1946, une libération

1962 – Rod Laver : une en quarts contre Martin Mulligan
Victoire 6/4 3/6 2/6 10/8 6/2

Lui ne buvait pas de cognac sur le court et a bien fait le Grand chelem. Chaque amateur de tennis connait sa leçon par cœur : Rod Laver est même le seul à avoir répété l’exploit (1962 et 1969). Fait beaucoup moins connu : la première année, à Paris, l’Australien s’est retrouvé mené 2 sets à 1, 4-5 et 30-40, par un compatriote de Sydney, Martin Mulligan, un amoureux de la terre battue qui a fini d’ailleurs par s’installer en Italie. Quelle place aurait-il aujourd’hui dans l’Histoire du tennis s’il n’avait pas écarté cette balle de match d’une volée de revers gagnante ?

Dans "Mon tennis", Laver consacre quatre pages à ce match qui aurait pu tout faire basculer dans l’autre sens, et notamment à cet état de fureur dans lequel a fini Mulligan. Mécontent d’une décision d’arbitrage à 8-8, celui-ci s’est mis à insulter juge-arbitre et public, scène extrêmement rare à l’époque. "Ma stupéfaction fut sans bornes quand je le vis prendre une balle et la frapper violemment dans l’intention manifeste de réussir un point gagnant sur le juge de ligne", se souvient Laver. On retiendra que l’homme qui a bien failli empêcher "l’exploit du siècle" est, en ce lundi 28 mai 1962, sorti sous les sifflets du court Central.

1962 – Margaret Court : une en finale contre Lesley Turner
Victoire 6/3 3/6 7/5

Si l’on s’en tient uniquement aux chiffres, Margaret Court est la meilleure joueuse de l’histoire. Simple, double et mixte, elle a tout gagné à plusieurs reprises et son total de 24 majeurs en simple est à cette heure encore un record, même si Serena Williams ne cesse de s'en approcher. Cinq fois vainqueur à Paris, Court a dû quand même batailler à chaque fois trois sets en finale, et a carrément dû sauver une balle de match en 1962, l’année de son premier titre, contre sa compatriote et partenaire de double Lesley Turner.

Cette dernière est d’ailleurs la grande perdante des années 1960, puisqu’en 1967 face à la Française Françoise Durr, elle a mené 4-2 et 30-0 dans le troisième set avant de perdre 4 jeux de suite. Margaret Court, elle, n’a pas souvent vécu ce genre de mésaventure, ne perdant qu’une seule finale majeure en trois sets, sur neuf disputées au total. Précisions aussi qu’elle est la dernière à avoir réussi le triplé à Paris – simple, double et mixte la même année – en 1964.

Lire aussi : la fiche de Margaret Court à Roland-Garros

1976 – Adriano Panatta : une au premier tour contre Pavel Hutka
Victoire 2/6 6/2 6/2 0/6 12/10

Son doublé Rome / Roland-Garros relève du roman d’aventures peu vraisemblable. En 1976, Adriano Panatta revient de tous les dangers durant ce printemps de canicule qui l’a fait star, mais qui aurait très bien pu le voir finir à sec. Comme quoi, la vie d’un homme ne tient à rien. Ou plutôt, elle ne tient qu’à son courage. Si l’Italien en est là aujourd’hui, c’est qu’il a su jouer les voltigeurs lors de son entrée parisienne, face à un inconnu venu de Prague, l’ambidextre Pavel Hutka.

A 9-10 et 30-40 au cinquième set, Panatta volleye une balle let, frappe une autre volée tant bien que mal avec le cadre, puis plonge comme un gardien de but sur un passing pénalty du Tchèque. Adriano finit à terre, mais sa volée est gagnante (ce qu’il n’a pas vu tout de suite) : il quittera le Central en vainqueur quelques minutes plus tard, avec un sentiment qu’il connait désormais bien : la semaine précédente, chez lui, il avait sauvé non pas une, mais 11 balles de match au premier tour contre Kim Warwick, dont 10 sur le service de l’Australien ! Oui, l’Italien mériterait bien le prix du "sauveteur" du siècle.

2001 – Gustavo Kuerten : une en huitièmes contre Michael Russell
Victoire 3/6 4/6 7/6 6/3 6/1

Quand le valeureux mais petit (1m73) Michael Russell, sorti des qualifications et 122e mondial – et qui n’avait jamais remporté le moindre match sur terre battue sur le grand circuit avant ce Roland-Garros – a mené 6/3 6/4 5-3 et avantage sur son service, on s’est gratté la tête en se demandant si on avait déjà assisté à pareille surprise sur le Central… Puis Gustavo Kuerten a remporté un incroyable et irrespirable rallye, 26 coups de raquette au total, forçant le destin sur une énorme attaque de coup droit pleine ligne, et tout est rentré dans l’ordre.

Touché aux adducteurs et le pied droit atteint d'ampoules, le numéro 1 mondial a trouvé la force de remonter la pente, soutenu par un public à qui il a dessiné un cœur sur la terre du Court Philippe-Chatrier, geste réitéré une semaine plus tard pour célébrer son troisième titre parisien. "Je suis béni ici. J’aime Roland-Garros car c’est l’endroit où tous mes rêves sont devenus réalité."

Lire aussi : Gustavo Kuerten : "Roland-Garros 2001, mon plus joyeux "moment Guga" !"

Kuerten – Russell, huitièmes de finale Roland-Garros 2001

2004 – Anastasia Myskina : une en huitièmes contre Svetlana Kuznetsova
Victoire 1/6 6/4 8/6

Drôle de hasard, c’est à Paris et sur terre battue que se sont écrits les trois premiers grands chapitres du tennis russe. C'est à Roland-Garros, en 1996, que Evgueni Kafelnikov a ramené à son pays un premier titre majeur, puis de l'autre côté de la Seine, à Bercy en 2002, que le trio Safin-"Kafel"-Youzhny a conquis sa première coupe Davis. Retour à Roland-Garros deux ans plus tard, en 2004, pour voir Anastasia Myskina gagner le premier titre du Grand chelem du tennis féminin russe, non sans être passée à un point de la défaite à 6-5 au troisième set en huitièmes de finale... face à une compatriote, Svetlana Kuznetsova.

Si cette gracieuse moscovite a ensuite vite disparu du circuit – elle arrête sa carrière à l’âge de 26 ans en 2007, après de multiples problèmes personnels et physiques, et est aujourd’hui capitaine de l’équipe de Fed Cup –, Anastasia Myskina a lancé la faste moisson de sa génération, vite suivie par Maria Sharapova, Svetlana Kuznetsova et autres Elena Dementieva.

Lire aussi : Anastasia Myskina : "Un seul point a tout changé pour moi"

Le moment où Roland-Garros 2004 aurait pu basculer

2004 – Gaston Gaudio : deux en finale contre Guillermo Coria
Victoire 0/6 3/6 6/4 6/1 8/6

A 2 sets à 0 contre lui, en route pour égaler le record du plus petit nombre de jeux marqués en finale de Roland-Garros, Gaston Gaudio a balancé sa raquette de dépit. Guillermo Coria mène 6/0 6/3, c’est sûr, le titre est pour lui ! Roland-Garros n’est pas qu’un rêve, c’est sa destinée. Mais c’est précisément là, à 16h17, que le match a basculé dans la quatrième dimension, dans l’étrangeté la plus totale. Touché au pire moment par des crampes (de stress ?), Coria a commencé à trembloter, accompagnant Gaudio dans son vertige. Il est parvenu à servir deux fois pour le match dans le cinquième set, et a même obtenu deux occasions de conclure et d’en finir avec cette mauvaise blague. Mais ne pouvant engager à plus de 100 km/h, le plus jeune des deux Argentins s’est toujours fait rattraper par Gaudio, soulagé comme un condamné à mort qui aurait réussi à s’échapper…

Dix minutes plus tard, c’est un Coria au bord des larmes, presque gêné, qui viendra chercher le trophée du finaliste. Pour le consoler, Gaudio, lors d’un discours très émouvant, lui promet la victoire en 2005. Il ne pouvait imaginer bien sûr qu’un certain Rafael Nadal n’allait pas vraiment être d’accord. De toute façon, Guillermo Coria ne s’est jamais remis de ce dimanche complètement fou. Gaston Gaudio non plus, d’ailleurs. Trois ans plus tard, ni l’un ni l’autre ne figuraient plus dans le top 100.

Le Top 5 des finales messieurs de Roland-Garros :

Top 5 des finales messieurs

2005 – Justine Henin : deux en huitième de finale contre Svetlana Kuznetsova
Victoire 7/6 4/6 7/5

Bis repetita ! Comme en 2004, la lauréate du simple dames n’a pas manqué de faire son petit sauvetage en huitièmes de finale contre Svetlana Kuznetsova, la spécialiste des gros bras de fer Porte d’Auteuil (la Russe a déjà disputé 20 matchs en 3 sets à Roland-Garros… et ce n’est peut-être pas fini !). Justine Hénin a eu besoin de 3h15 ce jour-là pour passer l’obstacle, sauvant deux balles de défaite à 5-3 au troisième set. "Pour gagner un match, il faut aller chercher le dernier point. Et sur les deux balles de match, j’ai vu dans le regard et dans l’attitude de Kuznetsova qu’elle avait peur. Après être revenue à 5-4, j’avais l’impression que plus rien ne pouvait m’arriver", commenta la Belge.

Elle ne croyait pas si bien dire : après ce match, Henin alla jusqu’au bout sans perdre un set, ne lâchant plus que 13 jeux, dont deux seulement en finale contre la Française Mary Pierce. Après avoir lâché "son" titre en 2004, blessée au genou, Justine Henin était relancée. Elle allait bientôt signer un triplé à Paris, égalant au passage le record de sets gagnés consécutivement dans l'épreuve. Svetlana Kuznetsova, elle, s'est consolée de ces deux parties successives à balle(s) de match envolées en soulevant une coupe Suzanne-Lenglen bien méritée en 2009.

Lire aussi : Justine Henin : "Roland-Garros, pour moi, c'est la maison"

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