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Tony Roche : "Et j'ai gagné cette finale que je n'aurais pas dû pouvoir jouer"

Par Matt Trollope (et archives Gil de Kermadec)   le   mercredi 23 novembre 2016
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De lui, on connaît son CV d’entraîneur, probablement le plus imposant en activité. Il a transformé Ivan Lendl en machine à gagner dans les années 80, a mené Patrick Rafter au sommet du tennis mondial dans les 90's et a accompagné Roger Federer au plus fort de sa mainmise sur la décennie 2000 – sans même parler de son oeuvre à la fédération australienne, de formateur à entraîneur de l’équipe australienne de coupe Davis. Mais avant tout ça, Tony Roche fut d’abord un joueur de premier plan, champion de Roland-Garros en 1966 et témoin privilégié de la légende en marche, quand l’Australie trustait les palmarès et que Rod Laver signait ses deux Grands chelems calendaires. Souvenirs.

Son Roland-Garros victorieux

"En arrivant à Roland-Garros en 1966, je savais que j’avais une chance réelle de l’emporter. J’avais atteint la finale l’année précédente, et là je venais de gagner à Rome et à Prague avant d’arriver à Paris. Quand j’ai vu que mes compatriotes perdaient les uns après les autres alors que je passais les tours sans trop de problèmes, j’ai commencé à me dire que mon tour était venu (Roche a souvent perdu contre des compatriotes, notamment lors de ses 5 autres finales en Grand chelem, ndlr). A l’époque, l’Australie formait les meilleurs joueurs du monde et il n’était pas rare de voir trois, voire quatre d’entre nous dans le dernier carré des Grands chelems. Alors quand François Jauffret a battu Roy Emerson, que je devais affronter en demies, j’ai pensé que je n’avais plus le droit de laisser échapper le titre. Mon tour était venu."

"A l’époque, la finale hommes de Roland-Garros se jouait le samedi. Ce sont les femmes qui refermaient le tournoi le dimanche, ainsi que la finale du double messieurs. Le vendredi après-midi, je jouais ma demi-finale de double avec John Newcombe, contre une paire américaine, Clark Graebner et Dennis Ralston, lorsque je me suis tordu la cheville en montant au filet. Nous avons dû abandonner : je ne pouvais plus marcher. J’ai été emmené à l’hôpital, où le docteur m’a dit qu’il n’y avait aucune chance que je puisse jouer la finale du simple le lendemain. Les responsables de notre délégation – venant de l’autre bout du monde, nous voyagions toujours en groupe – ont donc été demander à l’organisation s’il y avait la moindre possibilité de reporter le match d’une journée. La Fédération française leur a répondu qu’elle n’y voyait pas d’inconvénient… dès lors que les autres joueurs concernés étaient eux-mêmes d’accord. Ils ont donc été voir mon adversaire, Istvan Gulyas, un Hongrois qui avait déjà 34 ans et pour qui cette finale était probablement la dernière chance de gagner un tournoi du Grand chelem. Malgré l’enjeu, il a tout de suite accepté. Puis ce sont les finalistes dames qui ont accepté d’avancer leur finale au samedi. J’ai eu beaucoup de chance de tant de sportivité de la part d’autant de monde."

"Pendant que l’équipe accomplissait toutes ces démarches, je recevais des injections d’anti-douleurs dans la cheville et, le dimanche, j’ai pu tenir ma place sur le court. Et j’ai gagné cette finale que je n’aurais même pas dû pouvoir jouer. Je sais tout ce que je dois à la générosité d’Istvan. Cela donne à cette victoire une saveur très spéciale. Je ne sais pas si quelqu’un serait capable d’un tel geste aujourd’hui – ni si quelqu’un l’avait déjà fait avant lui dans un moment aussi important. J’ai un immense respect pour Istvan. Je ne le connaissais pas vraiment : il ne parlait pas anglais et, venant de d'autre côté du Rideau de fer, ne jouait pas souvent les mêmes tournois que nous (les autorisations de jouer hors pays du Bloc de l’Est étaient extrêmement difficiles à obtenir, ndlr)  mais sur le court, c’était un gentleman, un de ces joueurs avec lesquels il n’y avait jamais d’embrouilles. Après, le personnage était étrange. Je me rappellerai toujours qu’il se parlait entre les points. A chaque fois qu’il manquait un coup, il s’excusait auprès de lui-même : ‘Pardon, Vischy’." C'était un type très spécial.

Son parcours à Roland-Garros 1966 (tête de série n°3)

1er tour : b. Andrzej Licis 7/5 4/6 6/1 4/6 2-0ab.
2e tour : b. Giuseppe Merlo 6/4 6/4 6/2
3e tour : b. Ronald Barnes 6/2 3/6 6/0 7/5
1/8e : b. Juan Gisbert (n°14) 6/4 6/1 6/2
1/4 : b. Alexander Metreveli 5/7 6/3 6/1 7/5
1/2 : b. François Jauffret (n°10) 6/3 6/4 6/4
Finale : b. Istvan Gulyas 6/1 6/4 7/5

Roland-Garros 1966 : Roche b. Gulyas

Sa terre battue

"J’étais un serveur-volleyeur typique, mais j’aimais bien la terre battue. Roland-Garros a d’ailleurs été le Grand chelem qui m’a le mieux réussi : finale, victoire, finale et demie entre 1965 et 1969, c’est plutôt pas mal, je trouve (sourire). J’avais un excellent slice, très efficace sur terre battue, et je faisais partie des rares joueurs capables de mettre du lift dans la balle malgré les raquettes en bois. Et mon service-volée n’était pas trop mauvais, non plus (sourire). Si vous combinez tout cela, vous avez une belle palette pour mettre la pression sur vos adversaires, leur faire jouer des coups difficiles alors que de votre côté, vous n’attendez qu’une imprécision de leur part pour claquer une volée."

"Etant devenu très vite entraîneur après la fin de ma carrière de joueur, j’ai raté peu d’éditions de Roland-Garros depuis le début des années 60. Je dois bien en avoir une cinquantaine derrière moi. Et je crois bien que c’est le tournoi du Grand chelem qui est resté le plus fidèle à son histoire, son identité. Il n’a jamais bougé de site, n’a jamais changé ou modifié sa surface… Même si le jeu évolue, en raison principalement du matériel, il y a une continuité entre le Roland-Garros que j’ai connu joueur et celui d’aujourd’hui."

"Ce qui fait de Roland-Garros un tournoi particulièrement difficile, peut-être même le plus difficile des quatre Grands chelems, c’est que la météo a un impact fondamental sur les conditions de jeu. D’une année sur l’autre, selon que le tournoi se joue dans des conditions humides à cause de la pluie ou au contraire sèches avec du grand soleil, la terre réagira différemment et les conditions de jeu seront extrêmement variables. Et puisque Roland-Garros se joue au printemps, on ne peut jamais savoir à l’avance quelle météo, et donc quel type de tournoi, on va avoir. Chaque joueur doit se préparer à cela, accepter cet aspect imprévisible – pas facile tant le sportif de haut niveau aime tout contrôler – … et espérer tomber sur les conditions climatiques qu’il préfère !"

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Son tennis

"J’ai été le dernier adversaire de Rod Laver sur la route de son Grand chelem en 1969. Nous nous sommes affrontés en finale de l’US Open, quelques mois après une demi-finale d’Open d’Australie qui s’était jouée en cinq longs sets sous un cagnard fou (7/5 22/20 9/11 1/6 6/3, par 45°C, ndlr !). Il n’avait toujours pas perdu un match en Grand chelem depuis… A l’US Open, notre finale a encore débuté de manière serrée. Je gagne le premier set 9/7. Mais j’étais blessé à la jambe et je n’ai pas pu tenir la distance (7/9 6/1 6/2 6/2 au final, ndlr). Le public américain n’a pas compris sur le moment, d’autant que je n’en avais pas parlé à l’époque parce que ce match était tellement important pour Rod… De toute façon, même sans être blessé je ne suis franchement pas sûr que j’aurais encore pris deux sets à Rod. J’étais content qu’il ait son Grand chelem. Il le méritait. Il avait gagné tous ses matchs durs dans l’année - après notre demie à l’Open d’Australie, alors que j’étais cramé, lui avait encore enchaîné une finale musclée contre Newcombe (il utilise le terme imagé "gutsy final", ndlr) !"

Roy Emerson Tony Roche 1967

Défendant son titre jusqu'en finale en 1967, battu à un match du doublé par Roy Emerson.

"J’avais 16 ans la première fois que j’ai affronté Rod Laver. C’était en 1962, déjà l’année d’un Grand chelem calendaire pour lui. Et puis je ne l’ai pas recroisé jusqu’à ces deux matchs de 1969. Entretemps, Laver était passé professionnel. Il était déjà fort en 1962, mais en 1969 c’était autre chose. Ses coups étaient plus puissants, son jeu plus mature. Mais j’ai toujours aimé le jouer. Pour un compétiteur, c’est toujours intéressant de se confronter au meilleur… et ma petite fierté est de n’avoir jamais été ridicule contre lui."

"Je suis un peu jeune pour avoir connu les grandes années de Lew Hoad. Je l’ai côtoyé alors que ses multiples blessures avaient déjà diminué le champion qu’il avait été. Mais à chaque fois que j’ai parlé à des gens l’ayant vu à son apogée, tous m’ont dit que le meilleur Hoad était peut-être plus fort encore que le meilleur Laver. Mais le meilleur Hoad a été très bref, là où Laver est resté au sommet dans la durée."

"J’aime toujours autant le tennis. Depuis que j’ai l’âge de 8 ou 9 ans, je veux que ma vie tourne autour du tennis. J’ai été très chanceux de concrétiser ce rêve d’enfant. Ce sport m’a tellement donné, et j’ai tenté de lui rendre un petit peu en retour."

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Avec Roger Federer, qu'il a entraîné entre 2005 et mai 2007. Le Suisse gagne 6 tournois du Grand chelem dans cette séquence, et joue sa première finale à Roland-Garros (2006). Auparavant, Roche avait mené Patrick Rafter à la première place mondiale, 2 US Open à la clé (1997, 1998) et, encore avant, permis à Ivan Lendl de dominer la seconde moitié des années 80 (7 titres du Grand chelem ensemble, dont Roland-Garros en 1986 et 1987).

Palmarès à Roland-Garros

Simple : vainqueur en 1966 ; finaliste en 1965 et 1967 ; demi-finaliste en 1969
Double : vainqueur en 1967 et 1969 (avec John Newcombe)
Mixte : demi-finaliste en 1966 (avec Judy Tegart)

Et ailleurs

Finaliste Wimbledon 1968
Finaliste US Open 1969 et 1970
Demi-finaliste Open d’Australie 1965, 1967, 1969 et 1975
Vainqueur coupe Davis 1964, 1965, 1966, 1967 et 1977
Double : vainqueur Open d’Australie 1965, 1967, 1971, 1976 et 1977, Wimbledon 1965, 1968, 1969, 1970 et 1974, US Open 1967
Mixte : vainqueur Open d’Australie 1966 et Wimbledon 1976

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