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Myskina : "Elena et moi, marchant sur les Champs-Elysées au petit matin avec le trophée"

Par Benjamin Waldbaum   le   vendredi 11 novembre 2016
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En soulevant la coupe Suzanne-Lenglen en 2004, sa grande année, Anastasia Myskina a lancé le cycle glorieux du tennis féminin russe. D'une arrivée sur la pointe des pieds à une bruyante descente nocturne des Champs-Elysées avec sa meilleure amie et néanmoins adversaire en finale, Elena Dementieva, en passant par une balle de match sauvée en huitièmes face à une autre compatriote, Svetlana Kuznetsova, l'ancienne n°2 mondiale revient sur cette quinzaine fabuleuse pour elle... et pour tout un pays.

Quel souvenir vous revient en premier lorsque vous pensez aux Internationaux de France 2004 ?
Sans aucun doute le dernier point que j’ai gagné. Après, cela a été le moment le plus heureux de ma vie de joueuse. Gagner Roland-Garros, c’est vraiment quelque chose de grand… C’est un honneur pour moi d’avoir été la première Russe à remporter un titre du Grand chelem, surtout à Roland-Garros, parce que c’est le plus près de la Russie (rires) !

Quelles étaient vos ambitions en arrivant à Paris ce printemps-là?
Les quatre années précédentes, j’avais perdu au premier ou au deuxième tour... Alors cette fois-là, je ne pensais qu’à gagner un match et à rester à Paris un peu plus longtemps que d’habitude (rires)... Et cela s’est produit. Ce furent deux semaines fantastiques.

Parmi les six matchs qui vous mènent à la finale, lesquels vous ont particulièrement marqué ?
Le premier tour contre Alicia Molik a été le plus difficile, parce qu’elle m’avait battue quelques semaines auparavant en Fed Cup. Elle jouait très bien et je savais que ce premier tour allait être délicat. La rencontre s’est jouée en trois sets et la défaite n’était pas loin (4/6 6/3 6/4, ndlr)... Ensuite, il y a eu le huitième de finale face à Svetlana Kuznetsova au cours de laquelle elle a eu une balle de match. Là aussi, cela a été vraiment fou ! Elle jouait de manière incroyable. Un seul point a tout changé dans ce match (1/6 6/4 8/6 score final en ayant sauvé une balle de match à 6-5 contre elle au troisième, ndlr). À partir de ce moment, cela a été plus facile, parce que je me sentais très confiante après ces deux victoires.

6-5 et 40-30 au dernier set en faveur de Svetlana Kuznetsova : le moment où Roland-Garros 2004 aurait pu basculer

Le moment où Roland-Garros 2004 aurait pu basculer

"Le fait d'avoir pleuré dans les vestiaires avant la finale m'a aidé"

En finale, vous affrontez une compatriote, Elena Dementieva. C'est la première fois dans l’histoire du tennis que deux joueuses russes sont à l'affiche d'une même finale de Grand chelem…
C’était impressionnant ! Le pays tout entier était heureux. Nos supporters regardaient tous nos matchs à la télévision. Cela a dû leur être difficile de soutenir l’une de nous plus que l'autre en finale. Mais je savais ce que tous les Russes pensaient : "Peu importe celle qui brandira le trophée, elle sera russe !" 

Comment vous sentiez-vous au moment de rentrer sur le court ?
J’étais heureuse d’être en finale. Mais le fait d’avoir pleuré dans les vestiaires avant le match m’a probablement aidée. Ces deux semaines avaient été trop fortes en émotions ! Vous ne pouvez cacher vos sentiments tout le temps : d’une façon ou d’une autre, vous finissez par exploser. Alors c’est mieux de le faire avant le match que pendant ! C’est ce qui m’est arrivé et ça a été une chance, parce qu’après je me suis sentie complètement relaxée et j’ai pu jouer mon meilleur tennis. Je ne ressentais pas non plus la pression de devoir gagner pour le public. J’adore Paris, mais les spectateurs soutenaient plutôt Dementieva, parce qu’elle parle français. Les gens préfèrent toujours ceux qui parlent leur langue, et moi, je n’ai pas cet atout ! Je savais qu’Elena était considérée comme la favorite, cela m’a peut-être aidée.

Les derniers points de la finale et l'accolade des deux amies :

Finale de Roland-Garros 2004, Myskina - Dementieva

Cela changeait-il quelque chose de jouer une compatriote, ainsi qu'une amie, en finale ?
Je me suis dit que cette finale était très importante, parce que c’était contre une compatriote. Si j’étais battue, ce ne serait pas contre n’importe qui, mais contre une Russe. Et comme je voulais être la première de mon pays à gagner un tournoi du Grand chelem... Pour moi, c’était plus important que n’importe quel trophée, même si je n’ai pas jeté un seul regard sur la coupe pendant la finale.

Pendant la remise des prix, vous n’avez pas manifesté de joie particulière...
Quand vous jouez contre une amie et que vous la battez, c’est délicat de montrer ses émotions… La situation était difficile pour Elena et je me mettais à sa place : je ne voulais pas en rajouter par respect et par amitié pour elle. Je ne voulais pas laisser éclater ma joie, parce que je savais que j’allais avoir tout le temps ensuite de la partager avec mes amis, ma famille : mais sur le podium, je ne pouvais pas faire ça à Elena… Et surtout, à cet instant, j’ai été heureuse que tout soit terminé. Ces deux semaines avaient été vraiment éprouvantes. Je me disais : "Oh, c’est fini, ça y est, je peux rentrer à la maison !" Je me sentais si fatiguée… Peut-être pas physiquement, j’aurais peut-être même pu jouer un autre match… Mais mentalement, j’étais complètement vidée.

"Avec Elena, nous sommes allées marcher sur les Champs-Élysées au petit matin avec le trophée, tout en buvant et en chantant"

Comment avez-vous fêté votre succès ?
Le soir même, Elena et moi sommes allées dîner dans un restaurant russe, à Paris. Nous avons fait la fête ensemble toute la nuit. Nous sommes ensuite allées marcher sur les Champs-Élysées au petit matin avec le trophée, tout en buvant et en chantant ! C’était vraiment très, très bon... Avec Elena, nous avons grandi ensemble depuis l’âge de six ou sept ans... C’est la seule fille que je connaisse depuis aussi longtemps (rires). Avoir fait toute notre carrière ensemble, depuis les juniors, c’est vraiment super.

Votre succès à Paris a ouvert la voie de tous les succès au tennis féminin russe : Maria Sharapova a ensuite gagné 5 Grands chelems, Svetlana Kuznetsova 2, Elena l'or olympique, les victoires en Fed Cup se sont enchaînées... Vous pensez avoir eu un impact là-dedans, ou étiez-vous "simplement" la première d'une génération de toute façon amenée à gagner ?
Après ce Roland-Garros, certaines choses ont peut-être changé… Les filles ont commencé à plus croire en elles, à se dire que c'était possible. Elena est autant à créditer que moi, car je pense vraiment que c'est le fait d'avoir cette finale 100% russe qui a fait office de déclic. Ensuite, c'était une question d'émulation entre des joueuses se connaissant toutes très bien. Avant, peut-être avions-nous peur... Mais "peur" n’est pas le bon terme. Nous jouions bien jusqu’en quarts de finale, demi-finales, mais c’était à peu près tout. Lors des grandes rencontres, nous perdions nos moyens. Notre finale, à Elena et moi, nous a montré comment jouer les finales des tournois du Grand chelem pour les gagner !

Championne de Roland-Garros 2004 : Anastasia Myskina !

Championne de Roland-Garros 2004 : Anastasia Myskina

Son parcours à Roland-Garros 2004 (n°5 mondiale)

1er tour : b. Alicia Molik (n°32 mondiale), 4/6 6/3 6/4
2e tour : b. Barbora Strycova (n°68), 6/0 6/4
3e tour : b. Denisa Chladkova (n°70), 6/3 7/6
8e de finale : b. Svetlana Kuznetsova (n°11), 1/6 6/4 8/6
1/4 de finale : b. Venus Williams (n°9), 6/3 6/4
1/2 finale : b. Jennifer Capriati (n°7), 6/2 6/2
Finale : b. Elena Dementieva (n°10), 6/1 6/2

Son palmarès

A Roland-Garros

Simple : championne en 2004 ; huitième de finaliste en 2006
Mixte : demi-finaliste en 2005
Juniors : quart de finaliste en 1997


Et ailleurs

Quart de finaliste Open d'Australie 2003 et 2004, US Open 2003, Wimbledon 2005 et 2006.
Demi-finaliste Masters 2004.
Gagnante de la Fed Cup en 2004 et 2005.
10 titres WTA.
N°2 mondiale en 2004.

Instant complice avec Svetlana Kuznetsova, dont Myskina est devenue par la suite la capitaine en équipe nationale russe de Fed Cup après sa retraite précoce : elle a joué son dernier match professionnel à Roland-Garros en 2007, à seulement 25 ans.

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