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Andy Murray, éloge de la persévérance

Par Guillaume Willecoq   le   samedi 05 novembre 2016
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C’est peu dire qu’il a dû attendre : sept ans, trois titres du Grand chelem, deux médailles d'or olympiques et une Coupe Davis après sa première incursion à la deuxième place mondiale, Andy Murray accède enfin au premier rang. Autant dire que c’est bien mérité pour le tenace Ecossais, qui a même su se faire violence depuis deux ans sur terre battue pour accéder au trône.

"Il y avait de la tension lors des derniers matchs, oui. C'est une chose de viser les victoires en Grand chelem. C'en est une autre de prétendre être n°1 mondial. La place de n°1 représente 12 mois de résultats réguliers. Jusque-là, je n'avais jamais réussi à être régulier plus de quelques mois d'affilée dans ma carrière. Je finissais toujours par connaître une baisse de niveau au bout d'un moment. C'est encore ce qui m'est arrivé en mars avec des tournois d'Indian Wells et Miami décevants. Depuis, par contre, je n'aurais pas pu faire beaucoup mieux que ce que j'ai fait. Je me suis mis en position de devenir n°1."

18 août 2009. C’est la date à laquelle Andy Murray est venu pour la première fois pointer son nez au second rang mondial. Sept ans déjà. Sept ans, trois titres du Grand chelem, deux médailles d’or olympiques, une Coupe Davis, une lourde opération au dos, aussi, mais pas de place de n°1 mondial pour récompenser ses accomplissements. Malgré pas moins de 68 semaines passées à la place de n°2, toujours devancé par l’un ou l’autre de ses homologues du fameux "Big 4". Dont 49 des 51 dernières semaines – vous avez le droit de synthétiser à une année entière, oui – passée dans la peau du dauphin de l’homme qui raflait tout, Novak Djokovic.

Les temps forts de la finale de Roland-Garros 2016, la première de Murray Porte d'Auteuil

Finale Djokovic - Murray : Les temps forts

La finale de Roland-Garros comme point de bascule

Et puis la dynamique s’est inversée. Une date, le 5 juin, et un lieu, le court Philippe-Chatrier, ressortent rétrospectivement comme une évidence pour déterminer le point de bascule. Comme rassasié par sa victoire à Roland-Garros, le titre après lequel il courait depuis si longtemps, le dernier à lui résister parmi les Grands chelems, Novak Djokovic a commencé à faire du surplace tandis qu'Andy Murray, lui, appuyait sur l’accélérateur : Queen’s, Wimbledon, Jeux olympiques, Pékin, Shanghai, Vienne, le BNP Paribas Masters et le Masters sont tombés dans son escarcelle quand, dans le même temps, Djokovic se contentait de Toronto. Forcément, l’avance du Serbe en tête du classement mondial a fondu comme neige au soleil : du quasi-double de points au lendemain de Roland-Garros (16950 contre 8915) à une passation de pouvoir tout en symboles, cinq mois plus tard jour pour jour, dans l'autre tournoi parisien, côté Bercy.

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"Je connais bien la dynamique porteuse dans laquelle il est en ce moment, quand vous avez l’impression que rien ne peut vous arrêter", lâchait Novak Djokovic, un brin envieux peut-être en cet automne difficile pour lui et invité à commenter la folle série de son cadet d’une semaine, victorieux de 61 de ses 65 derniers matchs. "Nous nous connaissons depuis très longtemps. Notre avions 11 ans, je crois, la première fois que nous avons joué l’un contre l’autre. Il mérite pleinement cette place de n°1 mondial. J’ai beaucoup de respect pour ce qu’il a réalisé."

Les temps forts de la demie Murray - Wawrinka, à ce jour "le" chef-d'oeuvre de Murray sur terre

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Entraîneur réputé et observateur avisé du circuit, Darren Cahill iniste sur cette rivalité de longue haleine et le statut d'aiguillon depuis toujours endossé par Novak aux yeux d'Andy : "Du point de vue d’Andy, même si c’étaient Federer et Nadal qui dominaient le tennis mondial quand il est arrivé, le joueur sur lequel il focalisait son attention était Novak. Ils ont le même âge, se croisent depuis longtemps même si Andy a joué plus longtemps le circuit junior. Novak a toujours été le grand rival d’Andy, plus encore même, le baromètre à l’aune duquel il s’évaluait. Et dans l’ensemble il a toujours fait la course derrière."

La différence cette année ? Andy n'a pas lâché de terrain sur terre battue

Jusqu’à cette semaine dans l'Est parisien, donc. Jusqu’à ce que la dynamique d’Andy Murray ne le porte au sommet de la hiérarchie mondiale, lui qui, pour atteindre maintenant le but qu’il n’avait pu toucher à l’époque où il était tenant du titre de deux Grands chelems sur quatre (US Open 2012 – Wimbledon 2013), s’est fendu d’une régularité et d’une assiduité nouvelles à la terre battue. La différence se fait sans doute là : dans cette série Monte-Carlo (demie), Madrid (finale), Rome (titre), Roland-Garros (finale, sa première), durant laquelle Murray n’a quasiment pas concédé de terrain à son rival pourtant encore intouchable (3610 points pour le Serbe contre 3160 à l’Ecossais sur la surface en 2016).

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Il ne faut pas s’y tromper : même si Novak Djokovic n’avait pas calé aussi spectaculairement lors du second semestre, Andy Murray avait semé les graines devant le conduire à la place de n°1 à un moment ou un autre (vraisemblablement vers février – mars prochains) grâce à la campagne ocre la plus remarquable de sa carrière, sur ce qui était auparavant sa "mauvaise" surface, là où ses trois acolytes du "Big 4" creusaient systématiquement l’écart sur lui par le passé. La phase de décompression du Serbe n’aura fait qu’avancer un peu ce qui devenait dès lors inéluctable.

Décryptage : la palette exceptionnelle d'Andy Murray en revers

Décryptage du revers d'Andy Murray

"Et mérité", pourrait-on ajouter en jetant un œil au chemin parcouru par l’élève d’Ivan Lendl pour en arriver là. Car rares sont ceux qui ont dû attendre d’avoir accumulé pareil palmarès avant de se voir consacrés n°1 : citons Mats Wilander pour le record (à son 7e titre en Grand chelem, l’US Open 1988), et Rafael Nadal pour l’histoire récente (après son 5e titre majeur, Wimbledon 2008).

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Mais tous deux étaient, malgré leurs impressionnants états de service, encore jeunes : le Suédois venait de fêter ses 24 ans, l’Espagnol ses 22. Andy Murray, lui, accède au trône à l’âge de 29 ans et 6 mois. Soit, de toute l’histoire du classement par ordinateur, le joueur le plus âgé à devenir pour la première fois n°1. Clin d'oeil : la reine de la saison féminine, Angelique Kerber, est aussi la plus âgée des primo-accédantes au trône de la WTA.

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