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René Lacoste, l'intelligence du crocodile

Par Christophe Thoreau   le   mercredi 12 octobre 2016
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Un palmarès exemplaire ; une curiosité scientifique pour le tennis ; un nom de famille devenu une marque mondialement connue : René Lacoste ou le mariage parfait, toute une vie durant, entre un homme et son sport.

Une anecdote résume bien l’impact et la place de René Lacoste dans l’histoire du tennis. Lorsqu’il venait à Paris, Jimmy Connors ne manquait jamais d’aller saluer chez lui le plus célèbre des Mousquetaires du tennis français.

Le champion américain, pas franchement réputé pourtant pour ses élans empathiques, vouait un culte absolu à Lacoste pour sa science du jeu mais aussi et surtout pour avoir inventé la raquette métallique en 1963 – commercialisée aux États-Unis par Wilson, la fameuse T2000 – que l’Américain aux huit titres du Grand chelem a utilisée durant quasiment toute sa carrière.

Comme d’autres demandent audience au pape, "Jimbo", d’un coup redevenu simple et modeste, allait sagement écouter la voix du Maître, la seule qu’il ait suivie avec celles de sa mère Gloria et de sa grand-mère Bertha.

Un seul credo : le travail

Fils d’un dirigeant de la marque automobile Hispano-Suiza, le jeune Jean-René Lacoste, né avec le siècle (1904, le 2 juillet précisément), entame des études à Polytechnique. Mais très vite, il y met un terme. La passion du tennis est trop forte. Il veut même l’étudier comme une science et en découvrir tous les secrets. Conscient qu’il n’est pas aussi doué que certains, comme son camarade Henri Cochet par exemple, il va s’entraîner avec une ardeur folle, s’inspirant notamment de la gestuelle de Suzanne Lenglen.

Selon Cochet d’ailleurs, l’accession de Lacoste au rang de meilleur joueur au monde à la fin des années vingt a d’abord été le fruit de sa formidable énergie : "Donnant au tennis tous ses loisirs et lui dévouant toute sa volonté, René devint une extraordinaire mécanique à renvoyer les balles", écrira-t-il à propos de son ami.

Lire aussi : la fiche d'Henri Cochet

Ainsi, Lacoste a remporté deux titres à Wimbledon (1925, 1928) et à Forest Hills (1926, 1927) ainsi qu’un triple succès aux Internationaux de France, dont il dispute toutes les finales entre 1925 et 1929. Vainqueur en 1925 à Saint-Cloud, Lacoste récidive en 1927 au Racing club de France. Devant des tribunes pleines à craquer, il ébranle le mythe de l’invincibilité de Bill Tilden, arrachant la victoire 11-9 au cinquième set, après avoir sauvé deux balles de match.

Fauché en plein vol

Le Français dominera plus nettement l’Américain en septembre, à Philadelphie, contribuant à offrir à la France sa toute première Coupe Davis. En 1928, les Mousquetaires conservent leur titre dans le nouveau stade Roland-Garros, construit spécialement pour la défense de leur titre. Mais l’histoire de Lacoste en tant que joueur de l’équipe de France s’arrête là. Sa troisième victoire aux Internationaux en 1929, la seule obtenue Porte d’Auteuil, sonne sa fin. À seulement 24 ans, Lacoste doit cesser toute activité sportive en raison de problèmes pulmonaires. Se croyant guéri, il tente bien un retour en 1932 et passe trois tours à Roland-Garros. Mais son corps lui ordonne encore d’arrêter, définitivement cette fois.

Lire aussi : l'histoire du stade Roland-Garros

Parallèlement à cette carrière éclair, Lacoste, qui a également officié en tant que capitaine de Coupe Davis de 1931 à 1933, aime jouer les Géo Trouvetou du tennis. Ainsi, pour lutter contre une sudation excessive (il prenait vite froid lorsque sa chemise était mouillée), Lacoste part à la recherche d’un tissu plus adapté à son problème.

Il trouve son bonheur en 1926 à la bonneterie Gillier, à Troyes, dont il a rencontré le patron, André, alors que ce dernier venait acheter une Hispano-Suiza dans la concession paternelle. Le polo en jersey petit piqué, plus respirant, aux manches courtes, voit alors le jour. En 1933, associé à Gillier, il lance la production de cette chemisette et – idée de génie – l’orne d’un petit crocodile, écho à ce surnom ramené de l’un de ses premiers voyages aux États-Unis : une histoire de pari dont l’enjeu était une valise en "croco".

Statufié de son vivant à Roland-Garros

Ce qui deviendra un succès planétaire dans l’industrie vestimentaire n’est pas tout. Lacoste innove encore et toujours : le premier lance-balles, c’est lui (le nom viendrait du surnom donné à Lacoste par Bill Tilden : "the human ball machine")  ; la raquette métallique, on l’a vu, encore lui – ce modèle remportera 46 titres en Grand chelem ; l’anti-vibrateur dans le manche de la raquette, toujours lui. Son ultime trouvaille est une raquette au tamis incurvé sur les côtés, ce qui a pour effet d’améliorer la zone de centrage. Ce modèle, baptisé "Equijet", est popularisé par Guy Forget qui l’utilise lors de la victoire de la France en Coupe Davis en 1991. L’inventivité de Lacoste a en quelque sorte fait le lien entre les Mousquetaires et la génération Noah, sacrée 59 ans après.

René Lacoste meurt le 12 octobre 1996 dans sa propriété de Saint-Jean-de-Luz. Statufié de son vivant dans le stade Roland-Garros, il a remis pendant des années, jusqu’en 1992, le trophée du vainqueur des Internationaux de France. Mais jamais à Jimmy Connors, "seulement" demi-finaliste à Paris.

René Lacoste aux Internationaux de France, c'est :

  • 31 victoires pour 3 défaites
  • 3 titres (1925, 1927 et 1929) et 2 finales (1926 et 1928). René Lacoste remporte également deux fois Wimbledon (1925, 1928) et deux fois l'US Open (1926, 1927).
  • 6 participations au total (la première en 1925, la dernière en 1932).
  • Des victoires marquantes sur Jean Borotra (finale 1925, demies 1926, finale 1929), Jacques Brugnon (quarts 1927), Bill Tilden (finale 1927, demies 1929), Jack Crawford (quarts 1928), John Hawkes (demies 1928), Sidney Wood (troisième tour 1932).
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