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Etoile montante : Lucas Pouille, avantage France

Par Myrtille Rambion   le   vendredi 30 septembre 2016
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Parce qu’ils (et elles) sont jeunes et bourrés de talent ; parce que leur style de jeu, leur parcours ou tout simplement leurs affinités naturelles leur permettent de nourrir les plus grands espoirs sur terre battue en général, et à Roland-Garros en particulier ; Rolandgarros.com vous propose de suivre tout au long de l’année 20 étoiles montantes – 10 filles, 10 garçons – en lesquelles le tournoi croit tout particulièrement. Etendard de la relève du tennis français, Lucas Pouille a pris une dimension internationale ces derniers mois. Pouille, l'avenir du tennis tout court ? Pour nous, c'est un grand "oui" ! Voilà pourquoi.

Pourquoi lui ?

C’est une évidence. Il y a les faits, d’abord. Un survol rapide des performances engrangées ces derniers mois par Lucas Pouille suffit à prendre la mesure de la nouvelle dimension prise par le Nordiste de 22 ans. Ou comment du statut d’espoir du tennis français, il est en train de passer à celui d'espoir du tennis mondial. Ayant débuté l’année au 78e rang mondial, avec même une incursion à la 91e place le 15 février, le natif de Grande-Synthe entame l’automne dans la peau du 16e joueur mondial, le meilleur classement de sa jeune carrière. De ce point de vue et pour rester dans des comparatifs tricolores, Lucas Pouille est dans les mêmes temps de passage que Yannick Noah, Henri Leconte ou Gaël Monfils. À la Race, classement depuis janvier, il est même 13e ! Ce qui signifie, comme l’intéressé le dit lui-même sans toutefois en faire un objectif pour cette première saison au plus haut niveau, que "mathématiquement parlant, le Masters est encore possible."

Au tennis, on le sait, les chiffres n’arrivent pas tout seuls. Chez Lucas Pouille, de quoi sont-ils le symbole en cette saison 2016 ? D’un passage à la vitesse supérieure, assurément, pour un joueur qui progressait jusque-là par paliers. Un déclic s’est produit et l'accélération s'est faite fulgurante. "À Miami", juge-t-il. Dans la foulée d’un tournoi d’Indian Wells décevant, son entraîneur Emmanuel Planque a eu une discussion musclée avec lui. Elle a porté ses fruits dès le Masters 1000 floridien, où il a atteint les huitièmes de finale avec au passage sa première victoire sur un top 10 : David Ferrer (quatre autres suivront : Ferrer de nouveau, puis Gasquet, Nadal et Thiem). Derrière, "la Pouille" a poursuivi son ascension au point de pouvoir déjà se retourner sur une magnifique saison faite d’autres premières : deux quarts de finale en Grand chelem (Wimbledon et l’US Open), avec à Flushing Meadows une victoire au tie-break du cinquième set contre le nonuple champion de Roland-Garros Rafael Nadal, une finale en ATP 250 (Bucarest), une demi-finale en Masters 1000 (Rome), deux capes en équipe de France de coupe Davis (en quarts puis en demi-finale) et, dernière en date, une ouverture de palmarès, à Metz.

Ce premier titre, conquis face à Dominic Thiem, aîné de six mois avec lequel il est sans doute amené à croiser souvent le fer les prochaines années, donne envie de plus et résume aussi l’état d’esprit de Lucas Pouille, qui est pour beaucoup dans ses résultats actuels. "C'est une première victoire, c'est super, mais je ne vais pas m'enflammer, a-t-il ainsi modéré dans la foulée de son sacre à l’Open de Moselle. C'est dans la continuité des choses. Par rapport à mes objectifs, c'est juste une petite étape même si je suis très heureux." Une petite étape… C’est effectivement comme cela que procède Lucas Pouille et, la tête bien faite, il ne compte pas changer de mode de fonctionnement maintenant que le succès commence à être au rendez-vous sur le grand circuit.

Victorieux de l'Américain Alex Kuznetsov au premier tour de Roland-Garros 2013, pour sa première apparition en tableau final de Grand chelem (lire plus bas).

Son profil

Humilité, écoute, respect et travail sont les mots qui reviennent le plus pour décrire Lucas Pouille. "Quelqu’un de très simple, de très ouvert et de très posé, résume le responsable du haut niveau masculin à la FFT, Eric Winogradsky. Un mec bien, je ne peux pas mieux dire." Des valeurs inculquées dès le plus jeune âge par son père Pascal et sa mère – Finlandaise - Lena, entretenues ensuite dans son club de toujours à Loon-Plage puis perpétuées dans les différents pôles France (il lui arrive encore d'appeler ses formateurs de l'Insep, qui l'ont encadré dans la tranche d'âge des 13-14 ans) et bien sûr par son entraîneur depuis quatre ans, Emmanuel Planque, excellent formateur (Michaël Llodra dans la première moitié des années 2000, puis Guillaume Rufin, autre grand espoir français mais à la trajectoire internationale stoppée nette par les blessures) et convaincu lui aussi de l’efficacité des grosses séances de travail... ainsi que des discussions sans langue de bois.

Un coach qui ne résume pas en termes de résultats ou de classement les objectifs à atteindre, parlant plus volontiers de "niveau de maîtrise" et de"dépassement de ses peurs, de ses émotions, de son physique". "Sans lui, je n’en serais pas là aujourd’hui", affirme son joueur. La relation entre "Manu" et "Lucho" (le surnom de Lucas Pouille) s’est d’abord nouée dans le giron fédéral avant que, fin 2015, ce dernier ne décide de déménager à Dubaï, pour "faire un pas vers l’avant", pouvoir se mesurer aux plus grands champions qui possèdent eux aussi une base arrière aux Emirats, et monter sa propre structure (kiné, préparateur physique…) avec comme pilier de l'édifice Emmanuel Planque, forcément.

Interview Lucas pouille

En session d'entraînement avec ni plus ni moins que le n°1 mondial Novak Djokovic à la veille de Roland-Garros.

Sous ses airs timides, renforcés par une voix douce et posée, Lucas Pouille est un ambitieux qui a pris très tôt la mesure des moyens à mettre en place pour atteindre le sommet. "Lucas sait ce qu’il veut, a un projet assez clair depuis longtemps, poursuit Eric Winogradsky. Il est assez dur avec lui-même et peut aussi être très exigeant avec ceux qui travaillent avec lui." "Le plus important c’est d’être au clair avec ce qu’on veut dans sa tête, confirme l’intéressé. Il n’y a pas le choix. Si on veut y arriver, arriver au très haut niveau, il faut reproduire ce que les très grands font. Je pense qu’il n’y a pas de secret."

Parmi les joueurs pris en modèle par Lucas Pouille, Andy Murray avec qui il tape la balle à Dubaï, ou encore Roger Federer et Stan Wawrinka, lesquels l’ont également convié à plusieurs séances d’entraînement au long cours. Des expériences qui ont encore accru son niveau d’exigence. "La première fois que je suis allé m’entraîner avec Stan, se souvient-il, j’ai été marqué par la quantité de travail qu’il met dans sa préparation. Il fait des séances hyper longues. Chaque soir, j’étais complètement "éclaté", je n’en pouvais plus. Et tous les jours, on remettait ça. Avec Manu on a essayé de s’en inspirer." Du coup, en décembre dernier, pour sa préparation hivernale, Lucas Pouille a encore augmenté les doses de travail : "quatre ou cinq heures de tennis d’affilée, plus le physique en fin d’après-midi." Et il n’a pas fallu bien longtemps pour que tous ces efforts portent leurs fruits.

Victorieux de la coupe de Galéa - coupe d'Europe des 17/18 ans - en 2012, avec Laurent Lokoli et Mathias Bourgue. Entraîneur : Pascal Lasserre.

Son parcours

Le potentiel de frappe - des deux côtés et au service ! - les qualités mentales et l’intelligence sur le terrain de Lucas Pouille n’étaient un mystère pour personne dans la galaxie tennis. Bien avant sa percée actuelle, le Nordiste avait tapé dans l’œil des techniciens et de la concurrence, lui qui s’était déjà façonné un joli palmarès chez les jeunes. Champion de France des 13/14 ans en 2008, des 17/18 ans en 2012, sacré en équipe de France en Winter Cup, Copa del Sol et coupe de Galéa avec ses camarades de promo Laurent Lokoli, Mathias Bourgue ou Grégoire Barrère, le nouveau 16e mondial s’est frotté avec succès – deux titres et deux finales - au circuit Future en 2012. Avant de se faire remarquer dès l’année suivante, pour sa toute première participation au grand tableau de Roland-Garros : bénéficiaire d’une wild-card, il gagne son premier match en Grand chelem, battant l'Américain Alex Kuznetsov, alors qu'il pointe au 324e rang mondial."C’est un gros souvenir, dit-il, je revois très bien aujourd’hui encore comment ça s’est passé".

Lire aussi : Bourgue, Barrère : et voilà les copains de Lucas Pouille

Un peu plus d’un an plus tard, il se signale de nouveau avec force au grand public : au BNP Paribas Masters, il aligne quatre joueurs du Top 70 mondial, dont Ivo Karlovic, 27e, et Fabio Fognini, 20e, pour bondir de l'anonymat des qualifications à un huitième de finale de gala contre Roger Federer. Qui le domine logiquement (6/4 6/4) mais lance en conférence de presse : "J’ai beaucoup aimé son style de jeu. Il est poli, sympa très agréable. Un vrai plaisir." Les mois qui ont suivi ont été plus durs pour le jeune Français, que différentes blessures ont freiné dans sa progression. D’où la prise de conscience de la nécessité de se professionnaliser jusque dans les moindres détails de sa structure. Avec le succès que l’on connaît.

Au BNP Paribas Masters 2014 : 176e mondial, il bat Johnson et Nieminen en "qualifs", Karlovic et Fognini dans le tableau final, et ne s'incline que contre Federer en huitièmes.

Ce que l’on peut attendre de lui ces prochains mois

Pour Yannick Noah, son capitaine de Coupe Davis et auprès de qui le tandem Pouille / Planque avait été chercher des conseils dès 2015, "c’est notre joueur d’avenir." Rafael Nadal, sa victime en huitièmes de finale du dernier US Open, au terme d’un match exceptionnel de quatre heures, porte lui aussi un regard appréciateur sur Lucas Pouille : "Il a beaucoup de potentiel, tous les coups du tennis et s’il continue à progresser régulièrement, il a de belles opportunités devant lui. Il a 22 ans, c’est ça ? Il est en bonne position pour viser le Top 10." Si "Rafa" le dit, c’est qu’il a repéré en lui le "petit quelque chose en plus" qui fait les champions. Et pour cela, promis, Lucas Pouille va maintenir le cap. Ne pas se penser déjà arrivé ("Il y en a encore 15 devant moi", ne manque t-il pas de relever) et continuer à travailler.

Lire aussi : Pouille, Simon et... Noah : trois générations de tennismen français sur le pont

L'objectif affiché ? Remporter un titre du Grand chelem. "Et si un jour j’y arrive, le but sera d’en gagner un deuxième." Est-ce possible ? Comme beaucoup, Gaël Monfils en est persuadé : "Lucas est beaucoup plus fort que "Jo" (Tsonga, ndlr) ou moi au même âge". Si cette victoire arrivait en plus à Roland-Garros, à la maison, elle n’en serait que plus belle pour un garçon qui aujourd’hui encore dit de son match contre Kuznetsov en 2013 qu’il s’agit de la victoire qui l’a le plus marqué à ce jour. D’ici là, la route est encore longue. Lucas Pouille le sait, lui qui se fixe des objectifs à plus court terme, conformes à la suite de sa progression."Rentrer dans les 16 premières têtes de série à l'Open d'Australie", d’abord. Et "essayer de se rapprocher des 10 d’ici la fin de l’année", ensuite. Si tel était effectivement le cas, alors la machine Pouille serait durablement lancée.

Le suivre sur Twitter : @la_pouille

Lire aussi : Etoile montante : Dominic Thiem, "l'animal" a fini sa mue

Bonus : champion de France des 13-14 ans en 2008 sur les courts de Roland-Garros (à droite, Laurent Lokoli, finaliste).

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