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Légendes : Chris Evert, Martina Navratilova, échanges entre reines

Par Guillaume Willecoq   le   mercredi 27 juillet 2016
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Il y a 30 ans, Chris Evert et Martina Navratilova livraient à Roland-Garros leur 14e et dernier duel en finale de Grand chelem, clôturant en fanfare l’une des plus grandes rivalités au sommet jamais vues dans l’histoire du sport. En 2001, toujours à Roland-Garros, elles revenaient sur leurs carrières respectives devant la caméra de Gil de Kermadec. Et, forcément, s’attardaient longuement sur leurs 80 affrontements, dont quatre en finale à Paris. La plus grande rivalité jamais vue en tennis donc, mais pas seulement…. Croisés, leurs propos esquissent le récit de deux existences intimement liées. Et, au bout du compte, d’une amitié.

Martina

"Quand je suis arrivée sur le circuit, Chris était déjà une joueuse réputée. Elle avait deux ans de plus que moi, mais avec sa précocité, la différence semblait encore plus importante. Elle était tout ce que je rêvais d’être, alors qu’à ses yeux, je ne devais être rien d’autre qu’une sorte de paysanne de l’Est en surpoids suite à sa découverte de la junk food ! Lors de notre premier affrontement, j’espérais juste qu’elle se rappelle au moins mon nom. Elle m’avait battue en deux sets, mais le premier au moins était assez serré et m’avait donné l’espoir d’avoir une nouvelle chance par la suite."

Chris

"Je ne savais pas à quoi m’attendre la première fois que j’ai affronté Martina. Je ne la connaissais pas du tout, ni qui elle était, ni comment elle jouait… J’avais découvert une joueuse très rondelette et qui se plaignait beaucoup quand les choses n’allaient pas dans son sens. Mais je me souviens avoir pensé qu’avec son jeu de gauchère et son talent à la volée, elle allait causer des problèmes à toutes les joueuses, moi comprise, si elle décidait de faire les efforts nécessaires pour affûter sa condition physique."

Chris Evert en 1979

Chris et Martina

Martina Navratilova : "A force de nous croiser, Chris et moi sommes devenues amies. Pendant les tournois, nous sortions ensemble, nous allions au cinéma avec d’autres copains… en particulier à Paris, d’ailleurs, où nous étions logées dans le même hôtel. Cette proximité avec les Américains m’a même valu des ennuis avec ma fédération car je n’étais jamais avec les autres joueurs tchèques ! Je passais vraiment tout mon temps avec Chris puisqu’on disputait aussi le double ensemble. Nous avons joué en double ensemble lors des saisons 1975 et 1976, et puis après, Chris n’a plus voulu que l’on joue ensemble. Mais on s’est bien amusées ces années-là. On a gagné Roland-Garros la première année, Wimbledon la seconde… On formait une très bonne équipe, très complémentaire."

Chris Evert : "... et les années où nous avons joué la Fed Cup ensemble, nous n’avons pas perdu beaucoup de matchs" (deux titres notamment, en 1982 et 1986, où les Américaines remportent quasiment tous leurs matchs par 3-0, ndlr).

Chris contre Martina

Martina Navratilova : "La situation est devenue difficile à gérer pour Chris à partir du moment où nous avons commencé à nous rencontrer au stade des finales et que j'ai commencé à réussir à l'y battre... Comprenez aussi que Chris était dans une position plus délicate que moi, qui était alors la challenger, la joueuse n'ayant rien à perdre. C’était plus difficile pour Chris, championne précoce, quasi-invincible depuis le début de sa carrière, de tout à coup voir qu’elle pouvait être battue... et en plus par quelqu'un qui se trouvait justement être son amie. Ses autres amies sur le circuit étaient des joueuses qui ne pouvaient pas l’inquiéter sur le court - je n'invente rien, elle-même le dit !"

Chris Evert : "Martina et moi avons été rivales pendant 18 ans. Sur une aussi longue durée, il y a forcément eu des moments difficiles, où nous nous apprécions moins, où il y avait de la distance entre nous. Nos entourages tendaient vers ça, aussi. Nos entraîneurs respectifs étaient les premiers à nous marteler : 'Tu ne peux pas être amie avec ta plus grande adversaire'."

Chris contre Martina à Roland-Garros

Martina Navratilova : "Nous nous sommes affrontées quatre fois en finale à Roland-Garros. C'est là que nous avons joué à la fois notre première et notre dernière finale de Grand chelem l'une contre l'autre. A la première, en 1975, je manquais encore trop d’expérience et, même si j’avais gagné le premier set, je n’avais pas su gérer la suite du match."

Chris Evert : "A notre première finale, c’était encore la Martina un peu boulotte et fragile mentalement dont je parlais tout à l'heure. Son revers n’était pas top, non plus. J'avais mitraillé ce coup pendant tout le match et j’avais gagné en trois sets, mais assez aisés pour les deux derniers."

1975: finale Evert – Navratilova

Martina Navratilova : "Et puis il y a eu ces trois finales consécutives de 1984, 1985 et 1986. Là, c’était épique. Mon titre en 1984 est peut-être la plus grande de mes victoires : 6/3 6/1 contre celle qui est probablement la plus grande joueuse de terre battue de l’histoire, c’était plutôt… agréable (sourire malicieux) ! D’autant que c’était un tournoi où j’avais beaucoup de pression. Je jouais pour remporter les quatre tournois du Grands chelems à la suite, ce qui, même si ce n’était pas "le" Grand chelem calendaire, n’en restait pas moins extrêmement rare. Il y avait aussi un bonus d’un million de dollars à la clé si j’y parvenais - ce qui n’était pas rien dans le tennis féminin à l’époque. Et malgré toute cette pression-là, j’ai réussi à produire mon meilleur tennis au meilleur moment. C’est une sensation grisante quand vous avez l’impression que la partie adverse du court est très grande et la vôtre facile à couvrir. Etre dans la zone est réellement un sentiment incroyable."

Chris Evert : "Quand nous nous sommes rejouées en finale de Roland-Garros, en 1984, ce n’était évidemment plus la même Martina. Elle était 'fit' et s’était améliorée du fond de court. Je dirais même que son déplacement était le meilleur que j’ai jamais vu sur terre battue. Au milieu des années 1980, elle jouait le meilleur tennis de sa vie. Et elle m’a mis une raclée, 6/3 6/1. Elle avait appris à lifter son revers, son slice était redoutable et je n’avais plus de solutions."

1984: finale Navratilova - Evert

Chris Evert : "En 1985, la situation était même encore pire puisque je restais alors sur 13 défaites de suite contre Martina. Treize défaites en un an et demi… Mais j’ai gagné le match qui comptait le plus. Sur le plan émotionnel, ce Roland-Garros 1985 est ma plus belle victoire. J’avais 30 ans et personne ne pensait plus que je puisse le gagner. Je me souviens qu’à 5-5 au troisième set, je suis en difficulté sur mon service, menée 0-40. Je me suis dit : "Le match se joue maintenant"...

1985 : finale Evert-Navratilova, le bras de fer

Chris Evert : ... et j’ai tenu mon service. Et j’ai gagné le jeu suivant. Passing de revers long de ligne sur la balle de match, alors que j’étais un ou deux mètres derrière ma ligne et que l’approche au filet de Martina était bonne… Un revers long de ligne de rêve, puis j’ai sauté en l’air. Je n’oublierai jamais ce moment. J’avais si peu souvent eu l’occasion de gagner dans la position du challenger durant ma carrière… J’ai pleuré. Mon frère pleurait, mon coach aussi, même mon père au téléphone… J’étais sur la fin de ma carrière, je perdais beaucoup de matchs… Je mesurais pleinement ce que je venais de réussir - plus qu’on ne peut le mesurer quand on déboule à 18 ans et qu’on gagne tout de suite."

Martina Navratilova : "En 1985, j’ai commis l’erreur de sous-estimer Chris. J’avais gagné six des sept derniers tournois du Grand chelem disputés. Je croyais que je ne pouvais pas perdre. Mais Chris a très bien joué et je me suis crispée en fin de match. Pour autant je ne peux pas avoir de réels regrets sur cette partie-là : c’était un très grand match, où nous avons extrêmement bien joué toutes les deux."

1985: finale Navratilova – Evert

Martina Navratilova : "Pour tout dire, j'ai plus de regrets sur la finale de 1986, où je me suis perdue à force de trop penser tactique. Avec mon coach, nous avions élaboré des films du déroulé du match à venir : 'Je fais ça, donc Chris va faire ça, donc je ferai ça…'  J’en ai perdu toute spontanéité. J’aurais mieux fait de ne rien préparer du tout et de simplement jouer mon tennis ! C’est une erreur que j’ai commise une fois, une seule, dans ma carrière, mais à un très mauvais moment. Et ce n’est pas un hasard si c’était contre Chris."

Chris Evert : "1986, c’est un peu le même scenario que 1985, d’ailleurs. Pas favorite, je gagne en trois sets. J’avais alors appris à moins chercher le revers de Martina, à la bloquer en fond de court en jouant profondément sur son coup droit, pour mieux prendre le filet la première. De tous mes titres, les Roland-Garros de 1985 et 1986 sont ceux que j’ai le plus appréciés. C’est quand les victoires deviennent de plus en plus dures à obtenir qu’elles prennent le plus de signification."

Chris, Martina et le reste du monde

Martina Navratilova : "Quand les gens me demandent combien j’ai gagné de Roland-Garros et que je réponds 'deux', j’ai envie d’ajouter 'seulement deux'. Oui, 'seulement', car entre ces deux dernières finales contre Chris et celle perdue 8-6 au dernier set contre Steffi Graf l’année suivante (1987, ndlr), je n’étais vraiment pas loin d’avoir un ou deux Roland-Garros supplémentaires à mon palmarès."

Chris Evert : "Maintenant qu'on en parle, je me rends compte que j’ai souvent gagné facilement mes finales de Roland-Garros. Olga Morozova, Wendy Turnbull ou Mima Jausovec étaient toutes d’excellentes joueuses, mais elles n’avaient pas les armes pour m’inquiéter sur terre battue. Olga et Wendy avaient plus un jeu de gazon, et Mima était accrocheuse mais n’avait pas de grand coup dans son jeu. Je ne me sentais pas en danger face à elles. Virginia Ruzici, à la limite, m’embêtait : quand elle était en difficulté, elle avait recours à d’énormes balles en cloche qui me repoussaient loin de ma ligne. Elle mettait ma patience à rude épreuve… mais elle ne m’a jamais battue (petit sourire). En fait, entre Margaret Court et Steffi Graf, il n’y a eu qu’Hana Mandlikova qui avait les coups pour s’immiscer de temps à autre dans notre rivalité, à Martina et moi."

Martina Navratilova : "Nous nous sommes disputé les titres majeurs durant tellement d’années… Hana Mandlikova a été la seule à être capable parfois de se hisser à notre niveau."

Chris et Martina (bis)

Chris Evert : "Malgré cette période plus tendue à la fin des années 1970, début des années 1980, il y a toujours eu beaucoup de respect entre nous. Au début nous étions amies, et ensuite nous le sommes redevenues. Oui, Martina était une rivale, mais il s’agissait, je pense, d’une rivalité finalement bon enfant par rapport à ce que ça aurait pu être : 80 affrontements, dont 60 en finales, dont 14 en finales de Grand chelem… vous imaginez ? Il y a eu peu de rivalités sportives aussi fortes que la nôtre. Et malgré tout ça, si je perdais Martina me réconfortait dans les vestiaires. Et si elle perdait, c’est moi qui lui passait le bras par-dessus l’épaule."

Martina Navratilova : "Le tennis féminin a toujours rencontré des difficultés à être autant considéré que le masculin. Même les médias spécialisés font toujours la part belle aux hommes. Mais le traitement du tennis féminin s’est tout de même un peu amélioré ces dernières décennies et je pense que notre rivalité n’y est pas pour rien. Chris et moi avons montré que le tennis féminin pouvait être palpitant."

Chris Evert vue par Andy Warhol

La recordwoman de titres à Roland-Garros vue par Andy Warhol (collections de la FFT - © Andy Warhol – ADAGP).

Chris Evert - Martina Navratilova, c'est :

  • 80 matchs l'une contre l'autre entre 1973 et 1988 (43-37 pour Navratilova)
  • 14 finales de Grand chelem l'une contre l'autre (10-4 pour Navratilova)
  • 5 face-à-face à Roland-Garros (3-2 Evert)
  • 4 finales l'une contre l'autre à Roland-Garros (3-1 Evert)
  • 7 titres à Roland-Garros pour Evert en simple dames, soit le record féminin (1974-75-79-80-83-85-86), 2 pour Navratilova (1982-84)
  • 7 titres à Roland-Garros pour Navratilova en double dames, soit le record féminin (1975-82-84-85-86-87-88)... dont le premier avec Evert (l'Américaine avait aussi gagné en 1974).
  • 18 titres du Grand chelem chacune en simple dames.

 

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