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Serena Williams, la championne

Par Myrtille Rambion, avec Gaëlle Cajeux et Bénédicte Mathieu   le   vendredi 03 juin 2016
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Serena Williams a égalé les 22 titres de Steffi Graf en Grand chelem, à deux unités seulement du record absolu de Margaret Court. Un chiffre qui en dit long sur la championne qu’est Serena Williams. Mais l’Américaine est bien plus que cela. Elle est désormais une icône qui transcende le monde du sport et qui a, à sa façon, fait avancer la société. Enquête.

"Les gens ont tendance à trop souvent mettre en avant seulement sa puissance. Or il n’y a pas que ça." Nathalie Dechy ne cache pas son admiration pour la joueuse aux 21 titres du Grand chelem. L’ancienne 11e mondiale, aujourd’hui membre du comité de pilotage de Roland-Garros, poursuit : "Ce qu’elle a d’exceptionnel, ce sont aussi sa rage de vaincre et sa technique." Pour la Française, le tennis moderne doit énormément aux sœurs Williams, Serena ayant parachevé l’ouvrage familial. "Venus et elle sont arrivées avec leurs appuis ouverts, détaille-t-elle, avec leur transfert de poids vers l’avant et leur tennis hyper simplifié : à l’époque, c’était vraiment moderne. Et Serena, à côté de ça, s’est appuyée sur une technique parfaite. Pourquoi aujourd’hui encore a-t-elle le meilleur service au monde ? Parce qu’elle a la puissance, forcément – une puissance hors du commun – mais parce qu’elle a aussi une technique très pure au service."

Un avis partagé sur le circuit. Que ce soit chez les anciennes, comme Marion Bartoli, qui fait partie du club des joueuses à avoir battu l’Américaine : "Avec Serena, il n’y a pas d’échanges, se souvient la championne de Wimbledon 2013. Elle vous agresse tout de suite, soit avec son service, soit en retour. En termes d’adrénaline ou de pression, j’ai peut-être ressenti la même chose face à d’autres joueuses, mais jamais je ne me suis sentie autant sous pression sur les premiers coups de raquette." Ou que ce soit chez les joueuses en activité. "Quand vous affrontez Serena, précise ainsi Bethanie Mattek-Sands, co-équipière en Fed Cup de la n°1 mondiale et tenante du titre en double à Roland-Garros, il y a certaines choses dont vous pouvez être sûre : elle va chercher à vous assommer avec sa puissance et elle va bien servir. Elle s’est vraiment perfectionnée dans l’art de transformer son service en une arme régulière. Et il n’est jamais garanti que, même si vous parvenez à tenir votre service, vous allez réussir à prendre le sien. Ce qui selon moi met énormément de pression sur les joueuses qui ont elles aussi un bon service : elle est vraiment très difficile à breaker. Au fil des années, elle a beaucoup travaillé cette arme. Quant à son placement, il est dur à lire."

"Je reviendrai et je parlerai français en soulevant de nouveau le trophée"

Et ce n’est pas tout. Car si ces qualités ont d’entrée fait de Serena une joueuse extrêmement dangereuse sur les surfaces rapides, l’Américaine a également su s’appuyer sur d’autres forces, qu’elle a elles aussi travaillées, dans le but de se perfectionner sur terre battue. A peine avait-elle remporté son premier "French Open" que l’intéressée lançait en effet à ses parents : "Je reviendrai sur ce court et j’y parlerai français en soulevant de nouveau le trophée." Ce n’était donc pas une vue de l’esprit, mais un vrai objectif. Il aura donc fallu onze ans à l’Américaine pour renouveler publiquement ses vœux à Roland-Garros. Onze ans de persévérance et de travail pour parvenir à dompter une surface qui ne lui a pas toujours porté chance. "Une des raisons pour lesquelles Serena est une adversaire si difficile à battre, analyse CoCo Vandeweghe, elle aussi membre de l’équipe américaine de Fed Cup, est assurément son physique. Et si c’est vrai sur toutes les surfaces, peut-être est-ce ce qui l’a aidée à trouver la bonne formule sur terre."

Le physique comme clé. Nathalie Dechy, qui a affronté Serena Williams cinq fois au cours de sa carrière, insiste elle aussi sur ce point. "On voit souvent Serena comme une sprinteuse, explique-t-elle. Mais les matchs qu’elle gagne en trois sets, et le fait qu’elle ait remporté son premier titre du Grand chelem en 1999 et que l’on soit en 2016, mettent également l’accent sur son endurance et son exceptionnelle longévité." La responsable des relations avec les joueuses à Roland-Garros d’ajouter : "Elle a progressé par rapport à ses débuts sur le circuit. Et pourquoi s’est-elle mise à gagner plus à Roland-Garros ? Parce qu’elle a travaillé sur ses glissades, qu’elle a su mettre de temps en temps un peu plus de 'gratte' sur certains échanges de façon à pouvoir ensuite rentrer dans le court. Elle utilise très bien la géométrie du terrain."

Serena Williams, championne ultime ? Sans aucun doute possible. « Ce qu’elle signifie pour le sport féminin et l’impact qu’elle a pour nous toutes va bien au-delà, conclut CoCo Vandeweghe. La première question que l’on me pose lorsque l’on découvre que je suis joueuse de tennis, c’est : 'Tu as déjà joué contre Venus ou Serena ? Et Serena, elle est comment ?' Pour beaucoup de personnes, elle est une anomalie." Qui a donc réussi un autre exploit : celui de rendre en apparence normales des performances qui relèvent pourtant de l’extraordinaire. Au sens premier.

Deuxième volet : la femme

Lindsey Vonn - skieuse, championne olympique, double championne du monde, recordwoman du nombre de victoires en Coupe du monde (76) et du nombre de globes de cristal (20).

"J’ai rencontré Serena plusieurs fois et je l'ai souvent vue jouer. Ses qualités athlétiques et sa puissance brute sont incroyables à regarder. Elle incarne l’athlète féminine forte, déterminée et couronnée de succès. En tant que sportive moi-même, je suis impressionnée par sa motivation pour continuer à jouer et à se donner toujours autant, chaque jour à l’entraînement. Je suis impressionnée par ce feu intérieur fou qu’elle possède toujours et qui la pousse à gagner et gagner encore. C’est l’une des choses les plus difficiles au monde : c'est extrêmement dur de rester motivé et se faire violence pour continuer à gagner et, par conséquent, il n’y a pas grand monde capable de le faire. Serena possède une force intérieure et une détermination qui sont une grande source d'inspiration.

Les gens mesurent-ils vraiment la valeur sportive de tout ce qu’elle a déjà accompli ? Je ne pense pas. Les gens ne réalisent pas vraiment ce dont ils sont les témoins jusqu’à ce que cela appartienne au passé. Je suis sûre qu’elle continuera jusqu’à ce qu’elle décide, elle, de mettre un terme à sa carrière ou qu’une blessure ne la fasse ralentir, ce qui n’arrivera pas, j’espère ! Lorsque vous avez eu autant de succès que Serena, vous transcendez le sport. Peu de personnes, tout spécialement des femmes, ont réussi cela. Serena, elle, l’a fait. Je me sens proche d’elle car je suis moi aussi quelqu’un de très déterminé et de très motivé. Nous avons beaucoup en commun. Je souhaite beaucoup de chance à Serena, j’espère qu’elle va continuer à gagner et réussir, sur le court comme en-dehors."

Katrina Adams - Présidente de la Fédération américaine de tennis (USTA).

"Quel privilège cela a été de voir Serena progresser au fil des années, mais c’est un honneur encore plus grand d’assister à de tels sommets depuis qu’elle est trentenaire. Elle a réellement mûri et s’est posée en porte-parole positive du tennis féminin. Elle restera non seulement comme la plus grande joueuse de tennis de son époque, mais peut-être de toute l’histoire. On se souviendra également d’elle comme de la plus grande athlète qui ait jamais existé. Ses qualités athlétiques, sa force, sa vitesse et sa longévité sont éloquentes. Aucune autre athlète n’a rencontré un tel succès si tard dans sa carrière.

Et en plus on se demandera toujours : "Et si… ?" en repensant aux périodes, plus tôt dans sa carrière, où elle ne jouait pas des saisons complètes, à cause de blessures ou pour des raisons personnelles. Elle aurait peut-être déjà dépassé le nombre de titres majeurs de Margaret Court, mais cela, on ne le saura jamais. Serena est devenue, c’est certain, un modèle au travers de tout ce qu’elle a accompli. Mais Serena reste elle-même et fait les choses à sa façon. Ses résultats parlent d’eux-mêmes et ces performances sont celles que d’autres jeunes filles aujourd’hui aspirent à réaliser. Elle a motivé les petites filles à prendre une raquette et à chercher à ‘"être comme Serena'"".

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