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Roland-Garros : l'empreinte "Rafa"

Par Myrtille Rambion (avec Guillaume Willecoq)   le   jeudi 02 juin 2016
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En neuf titres et une décennie de domination, Rafael Nadal a laissé une empreinte indélébile à la Porte-d'Auteuil. Au-delà du tennis, le Majorquin incarne Roland-Garros. Et inversement.

Difficile de trancher. Qui de Rafael Nadal ou de Roland-Garros a peu à peu façonné l'autre ces dernières années ? Bien sûr, l'un fête seulement ses 30 ans quand l'autre vient de souffler 115 bougies. L'histoire du Grand chelem parisien n'a pas attendu le Manacori pour s'écrire. Mais depuis un peu plus d'une décennie , elle est intimement liée au destin d'un petit garçon né sur l'île de Majorque, aux Baléares, quelques jours seulement avant le deuxième sacre parisien d'Ivan Lendl. Un petit garçon droitier pour pratiquement toutes les tâches de la vie, mais gaucher raquette en main. Qui n'aurait bientôt plus besoin d'être présenté autrement que comme "Rafa". Dans tous les stades de tennis du monde entier. A Paris, sa ville d'adoption, encore plus qu'ailleurs.

Que de chemin de vie parcouru depuis la toute première participation - et le tout premier titre ! - de Rafael Nadal à Roland-Garros. C'était en 2005. "Rafa" avait célébré ses 19 ans en cours de tournoi. Eteindre avec gourmandise les chandelles d'un gâteau d'anniversaire spécialement préparé pour l'occasion par les chefs pâtissiers du tournoi était d'ailleurs devenu depuis une habitude pour le Manacori, une décennie durant - une éternité dans une vie de sportif de haut niveau. Jusqu'à cette année 2016 donc, où une blessure au poignet l'a contraint à jeter l'éponge à la veille de son troisième tour. Et l'a par conséquent amené à ne pas se trouver à Roland-Garros le jour de son anniversaire pour la première fois depuis sa première participation.

 

Des bougies soufflées à "Roland" chaque année

En onze années de bougies soufflées et neuf coupes des Mousquetaires soulevées puis mordillées, "Rafa" a eu le temps de se construire en même temps qu'il a façonné le jeu moderne sur terre. Par la qualité de son tennis, en premier lieu. Dans l'appréhension de la science de l'ocre à "Roland", il y aura un avant et un après Rafa. "Mon jeu est adapté à cette surface, mon déplacement et mon lift lui correspondent bien", exprime modestement l'intéressé. Le lift, en effet. En coup droit surtout. Ce fameux "lasso", avec un fin de geste au-dessus de la tête : LA marque de fabrique de Rafael Nadal, son arme fatale. Celle qui fit dire à Nicolas Almagro en 2008, dans un haussement d’épaules désabusé après s’être fait écraser d’un triple 6/1 en quarts de finale, sous les yeux incrédules de Marian Vajda dépêché dans l’urgence sur le Central par un Novak Djokovic interloqué devant l'ampleur du score : "Jouer des balles à six mètres de hauteur, je suis désolé, mais je ne sais pas faire !" Et d'enfoncer le clou, lui qui a connu trois fois la défaite en autant de quarts à Roland-Garros face à son cadet d'un an : "Son lift est unique sur le circuit. Personne ne met autant de poids dans ses coups, personne ne fait autant tournoyer la balle. On ne peut jamais tout à fait être habitué à ça."

Sa "grinta" aura également changé l'approche des matchs pour des générations et des générations. La force mentale, la hargne et la soif de gagner, sur chaque point, même dos au mur. "Rafael est fort dans sa tête, ça c'est sûr, reconnaît son oncle et entraîneur Toni Nadal. Pour moi, c'est le plus important de tout. Il ne pense jamais qu'il va perdre." De fait, combien de jeunes joueurs de clubs s'encourageaient - à l'instar du nonuple champion de Roland-Garros - à force de tonitruants "Vamos !" plutôt que de "allez" ou de "come on" avant "Rafa" ? Avant lui, avait-on déjà vu un joueur effectuer des bonds le faisant décoller à deux mètres au-dessus du sol dès les vestiaires puis dans le sas menant au court Philippe-Chatrier ? Puis piquer un sprint depuis la bâche du fond de court pour rejoindre sa ligne ? Jamais détermination n'avait atteint un tel paroxysme dans son expression.

"L'élégance absolue avec un côté torturé"

Et jamais des tenues n'avaient avant lui autant extériorisé cette force de caractère. "Rafa", c'est aussi une question de style. "Nadal, c’est l’élégance absolue avec un côté un peu torturé. Il ferait un magnifique torero, il en a la gueule !", s'est exclamé dans Roland-Garros Magazine le couturier Christian Lacroix. Le look corsaire (ou Yakari, au choix) des débuts a durablement marqué les esprits : pantalon trois-quarts (une prise de parole forte en termes de style à l'époque !), tee-shirt sans manches et bandeau dans les cheveux. Longs, les cheveux. Comme pour mieux exprimer l'instinct animal du "Taureau de Manacor". Animal devenu son emblème, sur ses vêtements et ses chaussures. Aujourd'hui moins "flashy", le style Nadal est plus court au niveau des shorts et davantage coordonné (haut et chaussures assortis), mais il en dit encore beaucoup sur l'élégance brute et sans fard de l'Espagnol.

Elégance. Le concept n'est pas une simple posture pour Rafael Nadal, mais plutôt une seconde nature. Les ramasseurs de balles l'adorent, lui qui les remercie à chaque balle donnée ou chaque serviette tendue et essaie de leur parler en français le plus souvent possible. De la même manière, trouver une personne travaillant dans l'enceinte de Roland-Garros qui ne serait pas tombée sous le charme du champion relève de la mission impossible. Depuis 11 ans maintenant, tous les acteurs du tournoi ont droit au même rituel à chaque fois que "Rafa" quitte le tournoi : il vient les saluer un à un.

Humilité et passion

Cette édition 2016, qui s'est pourtant achevée de manière précoce pour lui, n'a pas dérogé à la règle. "Cette année, nous avons vécu un moment extrêmement touchant, quand il a déclaré forfait, a ainsi confié Aude Thiercelin, la responsable des accréditations et invitations joueurs, à Roland-Garros. Il est venu à notre bureau, pour nous dire au revoir. Quand il est parti, tout le monde l'a applaudi et on en avait tous les larmes aux yeux. C'était extrêmement touchant, parce que c'est quelqu'un qu'on apprécie beaucoup. C'est un grand joueur et une belle personne." Qu'on se le dise - et cela aussi, Roland-Garros nous l'a appris - dans la vie, Rafael Nadal ne fait rien sans passion. Ni sans humilité. Deux mots qui définissent d'ailleurs parfaitement les qualités nécessaires pour s'imposer à Paris.

"Rafa est la star la plus humble que je connaisse, confirme son compatriote David Ferrer, si souvent victime de son compatriote, dont une fois en finale du tournoi, en 2013. Personnellement, je pense que l'homme Nadal est encore meilleur que le joueur de tennis et que nous avons une chance immense de l'avoir avec nous sur le circuit étant donné qu'il est à la fois un joueur et une personne exceptionnels. 'Rafa' est un garçon normal qui donne au tennis l'importance qu'il convient. Et je suis parfaitement d'accord avec lui : être un sportif a exactement la même importance que faire n'importe quel autre métier." Et c'est précisément ce qui fait que Rafael Nadal est Rafael Nadal. Un nonuple champion de Roland-Garros toujours en quête d'absolu. Même à 30 ans.

 

Légendes de Roland-Garros : Rafael Nadal
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