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"Nous, on soulève des troncs d'arbre !"

Par Julien Pichené   le   jeudi 02 juin 2016
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Le duo Bresnik - Resnik est la "thiem" gagnante de ce Roland-Garros 2016. A leurs côtés, soumis parfois à un entraînement hallucinant, l'Autrichien Dominic Thiem, qui va défier Novak Djokovic ce vendredi en demi-finales, est devenu un vainqueur potentiel de Roland-Garros... Découverte.

Les Autrichiens ne sont pas vraiment des douillets. On se souvient que c'est avec des joueurs comme Thomas Muster, vainqueur à Roland-Garros en 1995, que le tennis sur terre battue est véritablement devenu fureur et sueur il y a vingt ans. On se souvient aussi de ce même Muster, quelques semaines après s'être fait renverser par une voiture à Miami, se faisant souffrir en tapant la balle assis sur un banc, la jambe plâtrée. Une image qui parle sans doute à cet énorme travailleur qu'est Dominic Thiem, et en qui Günther Bresnik a trouvé il y a 14 ans déjà, le bon coéquipier. A moins que ce ne soit l'inverse.

Ex-coach de Becker et de Leconte

Les sourcils froncés, un visage grave qui semble abominer la dilettante, Günther Bresnik est un dur, un vrai. Et son CV éclabousse. En octobre 1992, il prend Boris Becker sous son aile et l'Allemand, qui n'avait rien gagné depuis février, gagne coup sur coup Bâle, Bercy et le Masters, avant de sortir épuisé de l'affaire. "Nous n'étions plus d'accord sur la manière de travailler. Chaque discussion se terminait sur une dispute." L'année suivante, il requinque Henri Leconte en l'envoyant dans un centre de remise en forme de Tréboul, dans le Finistère. "Bon, il a perdu quelques kilos, il a déjà meilleure allure que quand nous avons commencé à travailler ensemble", dira sans gêne le rigoureux Bresnik quelques semaines plus tard. Mais leur collaboration fera long feu : un titre à Halle (son dernier titre) et un huitième de finale à Wimbledon plus tard, "Riton" dit stop. "C'est un tueur. Il est de la famille des Roger Rasheed, se souvient-il. Il te fait énormément travailler physiquement. J'ai fait des séances d'entraînement chez lui, en Autriche... Du ski de fond, de la montagne, pff... Il te fait grimper aux arbres ! Il faut pouvoir endurer ça. Moi, avec mes problèmes de dos, ça m'a cassé."

Difficile de bosser sur la durée avec Gunther Bresnik, visiblement. L'histoire s'est répétée plus récemment avec Ernests Gulbis, qui a fini par lâcher le train en route... après y avoir tout de même récolté une demi-finale à Roland-Garros et un passage dans le Top 10. "J'adore bosser avec Dominic, c'est un bosseur incroyable", déclarait le Letton en 2014. Mais on comprend pourquoi le soufflet est retombé quand on sait que Gulbis n'est pas un bûcheur forcené. "Avant Günther, j'avais souvent l'habitude de tester le coach, de changer le planning pour essayer d'en faire le moins possible. Mais avec lui, ça ne marche pas. Un truc d'Autrichien, vous voyez ce que veux dire..."

Ce truc d'Autrichien dont parle Gulbis, c'est certainement l'acharnement. Ou aimer se faire mal, pour pouvoir en faire aux autres ensuite. Au départ, rien ne prédisposait Thiem et Bresnik à écrire ensemble une si belle histoire."J'avais 9 ans quand j'ai commencé à travailler avec lui", a raconté Thiem après sa victoire sur David Goffin ce jeudi. "C'est mon père qui est allé le voir pour qu'il jette un œil sur moi. A l'époque, je ne comprenais pas très bien tout ce qui se passait autour de moi !".

Un préparateur physique à l'allure de druide, qui a fait le tour du monde à vélo en 1994

Contrairement à Becker, Hlasek, Leconte, Gulbis et ces autres joueurs saisis en milieu de carrière, Günther Bresnik a eu l'occasion de "travailler" Dominic Thiem à la racine. Et l'a sculpté selon ses idées, lui faisant lâcher une main en revers et lui apprenant à être plus "méchant" sur un court. Son visage d'adolescent imberbe nous trompe, mais Thiem est véritablement devenu ce terrien carnassier résistant à tout, comme l'était le "guide" Thomas Muster. Thiem est peut-être même passé au-dessus depuis les sorties nocturnes avec son prof de fitness sexagénaire à l'allure de druide, Sepp Resnik, à côté de qui Bresnik passerait pour un tire-au-flanc.

Ancien pentathlète militaire, il s'était fait connaitre en 1994 en faisant le tour du monde à vélo à raison de 300 km par jour ! Bref, tout à fait apte à faire vivre un "enfer" à Dominic lorsque celui-ci a fait son service militaire, obligatoire en Autriche. "Mon travail est de permettre à cet enfant de travailler trois à quatre heures par jour dans de bonnes conditions. Avec son programme actuel, nous sommes alors obligés de travailler aussi la nuit. Dominic doit travailler énormément alors qu'il devrait entretenir des amitiés, vivre et dormir normalement. Mais au final, je vais le réveiller pour cette formation et pour l'entraînement. Il n'y a pas de secrets : des performances exceptionnelles nécessitent des mesures extraordinaires."

"Nous on ne soulève pas des poids dans des salles de gym. On soulève des troncs d'arbres !"

Après les photos de Muster s'entraînant avec la jambe plâtrée, le tennis autrichien frappe de nouveau un grand coup avec les photos de Thiem portant des rondins de bois sur le dos en pleine forêt, quitte à finir la journée avec des insectes plein les cheveux. "Je n'aime pas les salles de gym. Nous, on ne soulève pas des poids. On soulève des troncs d'arbres, profère Resnik. Notre centre de remise en forme, c'est la nature. C'est parfait pour l'oxygène."

Pour le bloc de remise en forme, le gourou a réquisitionné une cabane de chasseurs près de Gutenstein. "On fait une ou deux heures en montée sur un sentier forestier. On commence par marcher. Ensuite, il y a un tronc d'arbre de 25 kg. On se le passe, toutes les cinq minutes. Je lui explique que c'est bon pour la ceinture scapulaire, le haut du corps... Je prends le tronc, il prend le tronc... Et nous continuons à marcher comme ça pendant deux heures ! Et quand il commence à fatiguer, il me regarde. Et là, il voit un vieux de 60 ans qui fait la même chose que lui, mais en sifflant..." Thiem, son père Wolfgang, et même son coach, ont eu leurs réserves au départ. Mais ils reconnaissent sa créativité, son enthousiasme. "Il est fou, mais dans le bon sens", dit Günther Bresnik.

 

Pour lui faire un cadeau d'anniversaire, il fracasse une raquette en plein match

Récemment, Resnik a acheté pour la première fois de sa vie un téléphone portable, pour avoir une relation plus simple avec le joueur, qui lui avait fait un cadeau un peu spécial pour ses 60 ans. "Il jouait la finale d'un tournoi Future en Italie et a perdu un point à cause de la bande du filet. Là, il m'a regardé et a fracassé sa raquette par terre en me souhaitant bon anniversaire. C'était un beau cadeau car je le trouvais souvent trop gentil sur un court. J'ai gardé la raquette en souvenir. Elle est toujours dans ma voiture..."

Retraité depuis le 1er décembre, Sepp Resnik va sans doute vibrer plus que quiconque ce vendredi sur le court Suzanne-Lenglen, peut-être plus encore que Günther Bresnik lui-même. Et il sait que s'il y a un joueur qui ne se plaindra pas des conditions qui règnent en ce moment sur Paris, c'est bien le gentil Dominic. Même s'il est malmené par Novak Djokovic dans le froid, ce ne sera jamais pire que de marcher deux heures en portant du bois dans une clairière autrichienne... Mais à propos, qui a dit que Djokovic allait malmener l'Autrichien ?

Lire aussi : Thiem continue de grandir

Portrait de Dominic Thiem
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