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Gustavo Kuerten : "Roland-Garros 2001, mon plus joyeux 'moment Guga' !"

Par Myrtille Rambion   le   jeudi 02 juin 2016
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"Le premier jour que j'ai passé à Roland-Garros a eu un énorme impact sur ma vie. Après cela, j'ai su à quoi rêver." Triple champion de Roland-Garros (1997, 2000, 2001) Gustavo Kuerten revient sur quelques-uns de ses meilleurs souvenirs à la Porte-d'Auteuil. Assurément "son" tournoi.

Il y a 16 ans, vous disputiez ce désormais fameux match contre Michael Russell, au quatrième tour, que vous avez fini en traçant un coeur sur le court... Vous y avez sauvé une balle de match et vous êtes ensuite hissé jusqu'en finale où vous avez remporté votre troisième Roland-Garros...

C'est le match le plus riche en émotions que j'aie jamais joué de toute ma vie. Bien sûr, ce n'était - et de loin - ni le plus "gros" ni le plus important. Mais il est devenu le match que je retiendrais si je devais n'en choisir qu'un. Celui qui traduit parfaitement ce genre de connexions que l'on n'expérimente que très rarement... Nous étions tous ensemble, le public et moi. J'étais dans le cœur de 12 ou 14 000 personnes, qui m'encourageaient. Au début du match, je jouais terriblement mal, lui au contraire jouait vraiment bien. Pendant à peu près deux heures, rien ne marchait pour moi. Et tout d'un coup, un seul point, une balle de match en ma défaveur, a fait tourner le match. A la fin, j'avais le sentiment d'avoir battu le meilleur joueur du monde ! C'était beaucoup d'émotions. Je me sentais comme un super-héros !

Cette balle de match, vous êtes vraiment allé la sauver, d'une attaque de coup droit frappée à mi-court après le rebond, au terme d'un très long point et après un coup droit notamment qui avait mordu la ligne... Une belle prise de risque !

C'est ça, la magie du tennis. Cet instant est la quintessence de ce que nous pouvons goûter et ressentir sur ces grands courts. A ce moment-là, j'avais déjà gagné deux fois Roland-Garros, les gens pensaient : "C'est super, il a ses chances, il joue bien dans les moments importants". Mais je voulais plus, plus d'émotions... Et ce genre de moments-là, c'est beau justement parce qu'il est impossible de les planifier, impossible de mettre en place une stratégie pour battre votre adversaire de cette manière, d'une façon qui n'arriverait pas un jour "normal". C'est l'ambiance et aussi tout cette dramaturgie qui m'en ont offert l'occasion. Je ne réessaierais pas de faire la même chose aujourd'hui (sourire), je ne prendrais pas ce risque. Aller aussi loin pour un point et perdre une telle occasion de gagner le titre, alors que j'étais l'un des grands favoris cette année-là... Mais ce match est finalement devenu le meilleur moment que j'ai vécu sur un court de tennis, le plus joyeux "moment Guga".

Lire aussi : Alex Corretja : "Ma défaite en finale contre "Guga" me hante encore"

Kuerten – Russell, huitièmes de finale Roland-Garros 2001

"Le premier jour que j'ai passé à Roland-Garros a eu un énorme impact sur ma vie. Après cela, j'ai su à quoi rêver"

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez ressenti cette connexion particulière avec Roland-Garros ?

La première fois que j'ai mis un pied ici ! J'avais 15 ans. J'ai l'impression que c'était hier. Je me revois à une porte d'entrée, de l'autre côté du stade (côté avenue de la Porte d'Auteuil). Larri (Passos, son entraîneur) nous avait emmenés nous entraîner une heure et demie à l'extérieur, nos chaussettes étaient pleines de terre battue et on ne voulait pas nous laisser entrer car nous n'avions pas de billets ! Nous nous étions là : "Mais on joue, regardez nos raquettes, laissez-nous rentrer s'il vous plaît !" (sourire) Après une heure de discussion, le gars nous a laissés entrer et on a pu aller voir des matchs. C'était le premier tournoi professionnel que je voyais de toute ma vie. Et... c'était pas mal comme première je dois reconnaître ! Je me suis dit : "C'est le paradis !" Le premier jour que j'ai passé à Roland-Garros a eu un énorme impact sur ma vie. Après cela, j'ai su ce que l'univers signifiait. J'ai su à quoi rêver. Et je n'ai plus jamais cessé de chercher, encore et encore, chaque jour de ma vie, année après année.

Dès lors, à chaque fois que je suis revenu à Roland-Garros, même si en juniors je n'ai pas eu tellement de succès, même quand plus tard je n'entrais pas en "qualifs" et que j'étais très frustré, je savais qu'un jour... Même si je n'imaginais pas que j'y aurais autant de réussite et que je soulèverais le trophée sur le court Central (sourire). Mais cette connexion et cette passion pour ce tournoi sont venues dès le début. Et elles ont ensuite encore grandi, bien sûr, après 1997 (année de son premier titre). A partir de là, j'aurais pu revenir tous les jours pour embrasser la terre battue ici (sourire). Ma vie s'est déroulée ici, tous mes plus grands succès sont arrivés ici. Tout ce respect des spectateurs pour le tournoi, cette façon de l'apprécier, tout cela fait sens pour moi. Pour moi, Roland-Garros, c'est sacré. Sagrado. C'est ce qui m'y a fait si bien jouer. Quand j'étais ici, j'avais le sentiment d'être meilleur.

Roland-Garros 1997 : Kuerten, la belle surprise

Quels ont été les joueurs, les rivalités, les plus marquantes pour vous ?

Sur terre, Juan Carlos Ferrero est l’adversaire le plus fort que j’ai croisé. On a eu quelques gros matchs tous les deux, en particulier cette première demie à Roland-Garros, en l'an 2000, où je suis passé à deux jeux de la défaite au quatrième set. Après ça, on sentait à chaque fois qu’il y avait une attente forte autour de nos rencontres. Tout le monde pensait qu’une grande rivalité était née... (Songeur) Comme quoi il faut toujours savourer chaque victoire comme si c’était la dernière.

Sinon, je dirais que Pete (Sampras, ndlr) était le plus fort des joueurs de mon temps : sur surface rapide, c’était à la fois le plus grand des challenges, mais aussi le plus frustrant tant vous pouviez ne pas toucher la balle sur son service. Il exigeait de vous un sang-froid unique. Andre (Agassi, ndlr) était différent : il engageait plus un rapport de force. J’adorais ça. C’était le joueur idéal pour se jauger. En sortant d’un match contre lui, vous saviez réellement ce que vous valiez. Marat (Safin, ndlr) m’a marqué aussi. Il était tellement talentueux… Et puis Evgueni (Kafelnikov, ndlr), bien sûr : à chaque fois que je l’ai joué à Roland-Garros, j’ai gagné le tournoi ensuite. C’était mon porte-bonheur !

Après, je pourrais parler de Federer, que j’ai vu passer de talent prometteur à plus grand joueur de son temps, ou de Nadal, que j’aurais aimé affronter à mon top à Roland-Garros… Mais je n’aurais pas grand-chose de neuf à apporter. Si, j’ai été impressionné par Nicolas Almagro : je l’ai joué à Roland-Garros en 2004, l’année où je bats Roger… Un bras fabuleux et une présence physique énorme. J’aurais cru qu’il deviendrait un prétendant au titre.

Lire aussi : Nos années Kuerten

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