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Shelby Rogers, le conte de fées irrationnel

Par Emmanuel Bringuier   le   lundi 30 mai 2016
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108e mondiale, Shelby Rogers va jouer son premier quart de finale en Grand chelem contre Garbine Muguruza à l'occasion de ce Roland-Garros. L'Américaine vit un tournoi de rêve... et ne compte pas s'arrêter là. Découverte.

Chaque quinzaine de Roland-Garros nous offre son lot de belles histoires. Mais celle de Shelby Rogers possède quasiment l'aura du conte de fées. Une fable à laquelle on a envie de croire jusqu'au bout tant la jeune Américaine apparaît comme un modèle de fraîcheur et de gentillesse. Les journalistes américains qui la suivent sont d'ailleurs formels : ils n'ont jamais rencontré de joueuse aussi douce et aimable.

Comme dans toutes les contes, celui de Shelby à Roland-Garros ne partait pourtant pas sous les meilleurs auspices. La native de Charleston (une ville qui compte un tournoi WTA dans lequel l'Américaine a officié en tant que ball kid !) est arrivée dans la capitale avec des références franchement modestes. Exceptée une finale à Rio de Janeiro en février (perdue face à Schiavone), la joueuse de 23 ans naviguait surtout sur le circuit secondaire cette saison. Avant de jouer Porte d'Auteuil, elle avait été lucky loser à Strasbourg, puis écartée dès le premier tour par Zarina Diyas.

108e à la WTA, elle reste d'ailleurs la joueuse la plus mal classée encore en lice, tableau masculin inclus. Avec une rapide incursion dans le Top 100 (70e en septembre 2014) et un troisième tour de Grand chelem (US Open 2015) comme meilleure performance, son palmarès ne parlait définitivement pas pour elle. Qui aurait pu prévoir que quelques jours plus tard, Shelby Rogers aurait l'honneur d'un grand court pour jouer un quart de finale de Grand chelem ?

"Les larmes viennent vite, quand je suis triste, heureuse, affamée..."

Après son huitième de finale, un journaliste lui a demandé ce qu'elle aurait répondu si on lui avait dit qu'elle serait en quarts de finale de Roland-Garros cette année. Réplique amusée de l'intéressée : "J'aurais probablement crié 'génial', mais personne ne m'a jamais dit cela !"

Pourtant, le tournoi l'a transfigurée. Depuis le début de la quinzaine, l'Américaine se montre conquérante. Ses adversaires ne trouvent pas de solution face à son enthousiasme et sa cadence de jeu. Son tableau de chasse est édifiant : trois têtes de série (Karolina Pliskova, Petra Kvitova, Irina-Camelia Begu) et une joueuse bien mieux classé qu'elle, Elena Vesnina).

Et la jeune fille risque bien de se mettre le public dans la poche, entre fraîcheur et émotivité à fleur de peau. Car oui, Shelby Rogers est plutôt du genre madeleine. Après son match face à Begu, elle avait du mal à cacher son émotion. "Les larmes viennent vite, a-t-elle reconnu en conférence de presse. Quand je suis triste, heureuse, affamée, quand je lis un bon livre, ou devant un film... On résume : gentille, tendre... mais avec une bonne dose d'aplomb et de confiance en son tennis.

Hockey contre tennis

Et dire qu'elle préfère la crosse et le palet à la balle jaune... Rogers est en effet la fille de Jim Gabrish, un ancien joueur de football américain ayant évolué au sein des San Francisco 49ers, des Miami Dolphins et des Cleveland Browns. Elle a d'ailleurs avoué avoir beaucoup de mal à aller se coucher alors que son équipe favorite (Tampa Bay Lightning) dispute en ce moment les playoffs de NHL contre les Penguins "Ce n'est pas une super préparation pour les matchs mais j'adore le hockey !"

Un bon moyen aussi d'oublier le stress inhérent à une deuxième semaine de Grand chelem. Une pression qui ne semble pas encore rattraper la joueuse, comme elle l'a confié après sa victoire face à Begu. "L'atmosphère était incroyable sur le 'Lenglen'. J'ai adoré jouer sur un grand court. C'était une super expérience."

Pourtant, même les contes de fées ont une fin. Au prochain tour, Garbine Muguruza, qui va connaître son troisième quart de finale consécutif à Roland-Garros, endosserait volontiers le rôle de sorcière maléfique qui renvoie l'Américaine dans le monde réel. Clairement, la 4e mondiale boxe dans une autre catégorie en Grand chelem que "Shelby", joueuse la moins bien classée à disputer un quart de finale depuis 2012 (et la perf' de Yaroslava Shvedova, 142e à l'époque).

Mais qui sait ? Le parcours de Rogers s'inscrit pour le moment plus dans l'irrationnel que dans le cohérent. Elle pourra se souvenir que Muguruza n'a pas gagné trois matchs consécutifs entre mi-octobre et mai. Qu'une rechute n'est pas à exclure. Que son adversaire n'a jamais passé le cap des quarts Porte d'Auteuil. Qu'il reste encore quelques lignes à écrire pour terminer le conte.

Lire aussi : Epatante Shelby Rogers

Portrait de Shelby Rogers
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