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Etoile montante : Dominic Thiem, "l'animal" a fini sa mue

Par Julien Pichené   le   dimanche 29 mai 2016
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Parce qu’ils (et elles) sont jeunes et bourrés de talent ; parce que leur style de jeu, leur parcours ou tout simplement leurs affinités naturelles leur permettent de nourrir les plus grands espoirs sur terre battue en général, et à Roland-Garros en particulier ; Rolandgarros.com vous propose de suivre tout au long de l’année 20 étoiles montantes – 10 filles, 10 garçons – en lesquelles le tournoi croit tout particulièrement. Finaliste du tournoi juniors en 2011, l’Autrichien Dominic Thiem (prononcez "Tim") est aujourd’hui le plus jeune joueur du top 15. Et, accessoirement, "le" jeune à suivre sur terre battue ces prochaines années !

Pourquoi lui ?

Après un début de saison herculéen (46 matchs joués avant Roland-Garros, record du Top 50, et encore, sans compter les doubles !), il vient d’intégrer la catégorie des mi-lourds. Planquez les meubles, Dominic Thiem déboule à la porte du Top 10 ! Vous savez, cette zone où l’on boxe, ou presque, d’égal à égal avec la crème de la crème. Désormais, D.T. peut envisager de repartir avec la coupe dans un tournoi ATP 500 (ou mieux !), comme il l'a fait à Acapulco au printemps. Alors que Grigor Dimitrov piétine, les amateurs de beau jeu "old school" se sont rabattus depuis quelques mois sur l’Autrichien.

Avec lui, c’est plus sûr qu’avec le Bulgare, le revers à une main a encore un bel avenir. Et les prochains mois promettent : l’Autrichien est le leader (devant Kyrgios, Coric et Zverev) d’une jeune garde aussi impétueuse qu’ambitieuse, et dont on parle de plus en plus. En effet, elle aimerait et devrait réussir à déboulonner (enfin) l’indétrônable "Big four", mission pour le moment partiellement ratée par la génération précédente, celle des joueurs nés entre 1989-1992 (Nishikori, Raonic ou Dimitrov). Rappelez-vous : deuxième tour de Roland-Garros 2014, ce brouhaha teinté de stupeur admirative à chacune de ses claques de revers contre Rafael Nadal ! Si Thiem préfère son coup droit, c’est bien son "autre" coup qui avait ce jour-là sidéré le grand public et séduit l’Espagnol. "Si Dominic continue de progresser et de s’entraîner dur, il a de quoi devenir un 'top joueur'."

17 tie-breaks joués en 2016, 16 gagnés !

De toute cette jeune garde, Thiem semble le mieux armé pour s'illustrer sur terre battue, possédant à la fois la puissance et la patience, mais aussi un sens du tricotage que les autres galopins n’ont pas. Et son retour de revers bloqué est devenu l’une des merveilles du tennis actuel. Psychiquement aussi, il est au-dessus de "la bande des jeunes", à tel point qu’il lui semble bien inutile d’avoir recours à un préparateur mental ! La preuve par les stats : Thiem a disputé 17 sets décisifs en 2016… et en a gagné 16 ! Fort physiquement, fort mentalement. On peut aussi ressortir un autre chiffre intéressant : lors des deux premiers mois de l’année, dans 22 % des cas, il a repris immédiatement le service adverse quand il s’est fait breaker, pourcentage identique à celui de Murray ou de Federer.

Le surnom de "Dominator" ne sort pas de nulle part : si Dominic Thiem cite ses compatriotes Stefan Koubek et Jurgen Melzer comme idoles de jeunesse, c’est évidemment sur les traces énormes d’un autre "-or" qu’il marche. Thomas Muster, l’un des plus grands sportifs de son pays de ces 30 dernières années, alias "Musclor" ou "Musterminator". Thiem sait ce qu’il lui reste à faire pour l’égaler. Sur la liste : remporter Roland-Garros, être numéro 1 mondial, et remporter encore 38 titres ATP… Est-ce à sa portée ?

Nadal - Thiem, Roland-Garros 2014 : les temps forts

R. Nadal c. D. Thiem Temps forts 2T

Son profil

Gunther Bresnik, son entraîneur, a longtemps trouvé l’Autrichien trop gentil. "Dominic se comporte trop bien, estimait-il au début de sa carrière. Alors que, dans le tennis, la seule manière de réussir, c’est d’être un animal." Mais ce grand supporter du Chelsea FC, club plein de caractère, ne serait-il pas un faux sage ? N’oublions pas que son meilleur complice sur le circuit n’est autre que ce garnement letton avec lequel il a partagé Bresnik, Ernests Gulbis, l’une des plus fortes personnalités du circuit. Sans être un mauvais garçon, Thiem n’est pas si lisse : alors que son CV était encore bien maigre, il avait choqué son monde en 2013 en exigeant une rallonge financière pour disputer une rencontre de Coupe Davis aux Pays-Bas…

Mais s’il a mis du temps à se trouver, "l’animal" a maintenant terminé sa mue : l’homme et son jeu sont arrivés à maturité. Ils se ressemblent :  appliqués et coriaces, malins et audacieux. L’été passé, comme pour signifier qu’il était sorti de sa coquille pour de bon, Thiem s’est teint les cheveux couleur jaune poussin. Symbolique ? Plus sérieusement, ces deux dernières saisons l’auront surtout vu changer de raquette (avec un plan de cordage plus dense, pour un meilleur contrôle de son lift) et s’affranchir de temps à autre de son coach "historique" pour écouter les conseils d’un ancien top 10, le Suédois Joachim Nystrom, grand expert du jeu sur terre battue.

D'un revers à deux mains à un revers à une main

Cette mue, Dominic Thiem l’avait entamée dès 2005 lors de son arrivée dans l’académie viennoise de Bresnik. Né le 3 septembre 1993 à Wiener Neustadt près de la capitale, Dominic a 12 ans lorsque son père, professeur de tennis, est embauché chez cet ancien coach de Boris Becker et d'Henri Leconte. Rapidement, Wolfgang Thiem lui propose de jeter un œil à son fils, qui manie plutôt bien la raquette. Bresnik est agréablement surpris et veut en voir davantage. Au départ, les deux hommes sont partis sur une heure d’entraînement par semaine. Puis est venu le jour où Bresnik a proposé à l’ado prometteur de tout changer et notamment d’abandonner son revers à deux mains.

"A l’époque, j’étais un joueur défensif qui avait pris l’habitude de gagner en jouant sans faire de fautes. Mais Günther m’a dit qu’en continuant comme ça, je n’aurais aucune chance. Et dans le lot, il a changé le revers. D’un coup, je ne savais plus jouer. Je perdais face à des Autrichiens contre qui je gagnais facilement. Je suis même sorti du top 10 de ma catégorie d’âge en Autriche !" Avec du recul, on peut affirmer que l’idée était plutôt bonne.

Dominic Thiem

Son parcours

Comme Thomas Muster en 1985, Dominic Thiem a buté à une marche du titre juniors de Roland-Garros, en 2011. Contre l’Américain Björn Fratangelo (photo ci-dessus), D.T. est même passé à deux points de la victoire ! Il s’en est assez vite remis puisqu’à la rentrée, chez lui à Vienne, il enregistre sa toute première victoire sur le grand circuit, qui est aussi la dernière défaite de… Thomas Muster, sorti de sa retraite pour un inexplicable et curieux come-back, à presque 44 ans.

Deux mois après cette insolite passation de pouvoir, en décembre, Thiem ajoute son nom au palmarès de l’Orange Bowl (catégorie 18 ans et moins), qui compte déjà ceux de Borg, McEnroe, Lendl, Courier, Medvedev, Costa, Federer ou Roddick… L’apprentissage chez les grands, l’année suivante, sera plutôt douloureux, presque autant que son initiation au revers à une main. "Honnêtement, je pensais que ça allait être plus facile chez les pros. Une fois, j’ai perdu 5 fois de suite au premier tour sur le circuit ITF Futures. Là, je me suis dit qu’il allait falloir bosser beaucoup plus…"

La progression est régulière (309e en 2012, 139e en 2013, 39e en 2014, 20e en 2015), mais Thiem est en retard sur Muster à tous les étages : "le maître" a ouvert son palmarès et vaincu son premier top 10 à seulement 18 ans, et est entré dans le top 20 à seulement 20 ans et 10 mois. Quant à lui, il a dû attendre d’avoir 20 ans et 10 mois pour signer première grosse "perf" (Wawrinka à Madrid 2014), et 21 ans pour arriver dans le top 20 et soulever son premier trophée (Nice 2015).

Thiem compte aujourd’hui 6 titres au total : ajoutons Umag et Gstaad en 2015, et Buenos Aires, Acapulco et encore Nice cette année. En février, il a aussi enregistré le plus prestigieux succès de sa carrière contre Rafael Nadal (7/6 au troisième set en Argentine, après avoir sauvé une balle de match). Il est actuellement 6e à la Race depuis janvier… loin devant l’Espagnol et Roger Federer. L'heure de la relève aurait-elle sonné ?

Ce que l’on peut attendre de lui dès cette année

Son entrée dans le top 10, cela parait évident, n’est qu’une question de semaines. Reste à assumer ce nouveau statut en Grand chelem, où il n'avait atteint qu'une seule fois les huitièmes à la veille de ce Roland-Garros (US Open 2014), performance égalée ici, à Paris. Contre Marcel Granollers, son premier quart semble à portée de raquette. Et même contre David Goffin ou Ernests Gulbis, il serait loin de partir battu d'avance.

Le suivre sur Twitter : @ThiemDomi

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