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Magnus Norman et Roland-Garros, 20 ans que ça dure

Par Julien Pichené   le   samedi 28 mai 2016
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Ce lundi, Magnus Norman fêtera ses 40 ans. L'occasion de revenir sur un parcours intimement lié à Roland-Garros. Chronologiquement : une victoire en forme de révélation sur Pete Sampras en 1997, une énorme finale en 2000 contre Gustavo Kuerten puis, en tant qu'entraîneur, une victoire sur Rafael Nadal en 2009 avec Robin Söderling et deux finales, avant un titre, enfin, en 2015 avec Stan Wawrinka. L'air de rien, le discret et bosseur suédois Magnus Norman écrit l'Histoire de Roland-Garros depuis deux décennies !

Il est l'un des tout derniers rejetons de cette grande colonie suédoise, celle qui a assiégé Roland-Garros pendant vingt ans, de Björn Borg à Magnus Larsson. Sa carrière a d'ailleurs commencé après la période faste - et ces 17 années de suite (1978 -1994) pendant lesquelles Roland-Garros a accueilli au moins un Viking en quarts de finale à chaque édition. Entre les attaquants Stefan Edberg et Anders Jarryd, et l'inclassable et survolté Kent Carlsson, Magnus Norman semblait plutôt taillé dans le même bois que Björn Borg. Un énorme coup droit et une propension infinie à bosser, bosser, bosser... Finaliste malheureux et inconsolable en 2000 alors qu'il était numéro 1 à la Race, Norman est revenu sur le banc des entraîneurs avec Robin Söderling, qui termine lui deux fois de suite deuxième en 2009 et 2010, puis avec Stan Wawrinka, qui lui a permis l'an passé de vaincre sa malédiction dans les finales parisiennes. Une belle histoire.

Une victoire sur Pete Sampras le jour de ses 20 ans

Fils d'un hockeyeur et d'une nageuse, le corps programmé pour naviguer dans le sport de haut niveau, Magnus Norman a des airs de timide qui peuvent tromper au premier abord. Avant d'être un digne héritier des Borg, Wilander, Nystrom, ou Svensson, il a dû apprendre à maîtriser des nerfs un peu vulnérables. Et faute d'un doigté adapté, a dû se résigner à ne pas devenir un serveur-volleyeur, comme son idole Stefan Edberg. Né le 30 mai 1976 à Filipstad, il se fait connaître du grand public en 1997, trois ans après son quart de finale chez les juniors. Le jour de son vingtième anniversaire, il s'offre une victoire sur le numéro 1 mondial Pete Sampras au troisième tour. Mais rattrapé par une arythmie cardiaque, le Suédois n'a pas l'occasion de confirmer dans les mois qui suivent, fréquentant davantage les hôpitaux que les courts d'entraînement.

Ce bourreau de travail met alors deux ans à faire reparler de lui. Le succès ne revient que durant l'été 1999, époque où il prend exemple sur un ancien roi de "Roland", Jim Courier. "Comme lui, je ne suis pas probablement pas un grand talent. La seule chose que nous ayons pour nous est notre capacité à bosser six, sept heures par jour." Sans faire pourtant autant beaucoup parler de lui, il devient vite le premier de la classe. Un titre à Rome en battant Gustavo Kuerten en finale et le voilà dans la peau d'un favori à "Roland" où il retrouve le Brésilien en finale, avec la possibilité d'accéder à la première place mondiale en cas de victoire. Kuerten s'imposera en quatre sets (6/2 6/3 2/6 7/6) mais seulement à sa onzième balle de match, à l'issue d'une énorme finale.

Il ne voulait plus entendre parler de tennis

"Honnêtement, c'est un souvenir encore douloureux, reconnait-il aujourd'hui. C'est même quelque chose qui s'aggrave au fil des ans. Il m'arrive de repenser à ce match contre Kuerten parce que c'était pour moi l'occasion d'être dans les livres d'histoire et de devenir numéro 1 mondial." Il venait de battre Kuerten à Rome. Au quatrième set, "Guga était fatigué et j'étais frais comme un gardon". Dauphin d'Andre Agassi au classement après la quinzaine, assurément le point d'orgue de sa furtive carrière, Magnus Norman est ensuite touché par une nouvelle blessure à la hanche qui le fait chuter au classement d'une manière vertigineuse. Il revient à Roland-Garros en 2001, 2002 et 2003 mais perd à chaque fois au premier tour. C'est à ce moment-là qu'il ne veut plus entendre parler de tennis. "J'avais trouvé très injuste." Il fait d'abord ses gammes de manière informelle auprès de Thomas Johansson, dont il est le sparring attitré lors de l'Open d'Australie victorieux de son pote et conseille le tandem Johansson/Aspelin, qui ramène une médaille d'argent des JO de Pékin six ans plus tard. Il se jette ensuite dans le bain à plein temps auprès d'un autre compatriote, Robin Söderling, seul joueur de son pays ayant survécu au naufrage du tennis suédois (aujourd'hui il n'y a pas le moindre descendant de Borg dans le top 100).

Derrière la victoire de Söderling sur Nadal

Cette deuxième vie sera couronnée d'un succès immédiat et d'envergure. Suivant ses conseils, Söderling, jusqu'ici gros frappeur assez désorganisé, signe l'une des plus grosses surprises de l'Histoire du tournoi en 2009, en faisant tomber Rafael Nadal en huitièmes de finale. Dès lors, on se penche sur son cas pour savoir quel est son secret. "Peut-être que j'écoute bien. Que je sais m'adapter à certaines personnalités." "J'aime changer certaines habitudes. On peut changer la mentalité assez rapidement. Mais on a besoin de la confiance du joueur. Et on a besoin que le joueur ait envie de changer." Robin Söderling, comme lui, atteint la finale en cette année 2009. Il la jouera même également en 2010, après avoir mis un terme à la série record de demi-finales consécutives en Grand chelem de Roger Federer, mais sans être capable de dominer de nouveau Rafael Nadal. Même en tant que coach, Magnus Norman semble être condamné à être le numéro 2, ce qui ne convient pas vraiment à son caractère d'acharné du boulot, dont parle très bien Mats Wilander. "Magnus fait penser ses joueurs comme 'Rafa'. Ce qu'on peut tirer de sa raquette est aléatoire. Mais contrôler son état d'esprit ne dépend que de soi. Comme Magnus est dur, vraiment dur, les gars sentent à 100 % qu'il peut partir aussitôt s'il ne sent pas l'investissement requis. De là naît, je pense, une relation de confiance et de respect qui fait que les joueurs veulent plaire à Magnus."

"Il n'est pas si éloigné du niveau de confiance qu'il affichait à la fin du mois de mai 2015"

L'énergie et la dynamique positive que Magnus Norman a tirées de sa relation avec Robin Söderling, aujourd'hui retraité, l'ont très certainement aidé dans sa collaboration avec Stan Wawrinka. C'est en avril 2013 que Norman a pris le relai de Severin Luthi et de Dimitri Zavialoff. Ce n'est pas un hasard si le Suisse est devenu un autre joueur à partir de ce moment. Depuis 2013, alors le Vaudois réussissait jusqu'ici une carrière de belle qualité mais sans gros éclats, Stan est entré dans le top 5 et a gagné 10 titres, dont deux tournois du Grand chelem, l'Open d'Australie en 2014 et Roland-Garros en 2015. La malédiction qui le poursuivait depuis l'an 2000 est enfin vaincue. Alors que Stan titille désormais le "Big Four", Magnus Norman peut désormais concourir pour le titre de meilleur entraîneur du monde. Et si Stan Wawrinka a peut-être fait encore mieux que ce qu'on attendait de lui, l'aventure n'est pas terminée si l'on en croit le Suédois. Si les résultats ont été inférieurs aux attentes depuis le début de l'année, Magnus Norman assure que son poulain peut de nouveau viser le sacre en 2016 et qu'il "n'est pas si éloigné du niveau de confiance qu'il affichait à la fin du mois de mai 2015". Rassurer, envoyer des ondes positives, cela fait aussi partie de son métier. Et pour fêter dignement son 40e anniversaire, Stan Wawrinka sait déjà quel serait le plus beau cadeau à lui offrir.

Lire aussi : Magnus Norman : "Un Stan en feu est quasiment inarrêtable"

Temps forts S. Wawrinka - N. Djokovic / Finale
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