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Justine Henin : "Roland-Garros, pour moi, c'est la maison"

Par Myrtille Rambion   le   samedi 28 mai 2016
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La quadruple championne de Roland-Garros Justine Henin est de retour à Paris. Dans un rôle nouveau : celui de conseillère de l'Ukrainienne Elina Svitolina, qualifiée pour les huitièmes de finale. Dans ce tournoi si cher à son coeur, tout est désormais différent pour "Ju". Et en même temps, si familier. Confidences.

Revenir ici à Roland-Garros, où vous vous êtes imposée quatre fois, doit forcément avoir une saveur particulière...
C'est toujours particulier et c'est toujours différent d'année en année. C'est vrai que jusqu'ici, à chaque fois que j'étais revenue, c'était pour travailler pour la télévision. Et ça, c'est clair que c'était une autre expérience. Là, je reviens en accompagnant une joueuse (l'Ukrainienne Elina Svitolina, qualifiée pour les huitièmes de finale, ndlr), c'est totalement autre chose. Mais le vécu est là, les émotions sont présentes. J'ai pris du recul aussi par rapport à cette vie tennistique. A cette première vie, je dirais. Mais quand je suis à Roland-Garros avec ma petite fille (Lalie, 3 ans, ndlr) comme ces derniers jours, oui, je ressens beaucoup de fierté. Parce que finalement ici, c'est un peu une part de mon histoire. Pas seulement de mon histoire tennistique, mais aussi de mon parcours de vie.

Roland-Garros vous a aussi construit en tant que femme ?
Oui, évidemment. J'ai vécu des grands moments, j'ai accompli des rêves ici. Vraiment. Et donc ça, ça continue de m'accompagner mais avec plus de distance, plus de recul, un regard autrement critique sur les choses, même dans le sens positif. Revenir dans différents rôles, ça change, ça demande des adaptations mais à chaque fois, je ressens du bonheur d'être ici. Pour moi, Roland-Garros, c'est la maison. Je me sens chez moi.

Lorsque votre fille voit les photos de vous dans les couloirs du stade, elle sait que c'est vous ou... pas du tout ?
(sourire) Oui, oui, elle sait. Mais c'est comique parce qu'il y a quelques jours, elle a vu une photo de moi en joueuse de tennis et elle m'a dit : "Regarde maman, il y a Justine Henin sur la photo !" (rires) Elle dissocie mais elle sait quand même que j'ai fait des choses, elle sait que le tennis et maman, c'est très connecté. Elle m'a vue en photo soulever des trophées. Mais en même temps, c'est un peu comme pour moi : je sais que c'est moi, mais c'est peut-être une autre moi malgré tout parce que la vie a tellement changé depuis. Elle a bien compris qu'il y avait quelque chose, mais sans évidemment saisir ça dans les moindres détails, mais ça l'impressionne quand même. Elle a vu le premier tour d'Elina, elle a été hyper attentive, ça l'a impressionnée. Evidemment, je suis heureuse qu'elle puisse vivre dans cet univers, côtoyer et découvrir un peu le monde qui a été le mien. Mais... pas trop non plus. (sourire)


De vos quatre titres ici (2003, 2005, 2006, 2007), y en a-t-il un qui se détache ?
Ils ont tous été différents. Mais le premier se détache, évidemment, parce que pour moi, gagner Roland-Garros c'était vraiment un rêve de petite fille. Quand j'avais six ans, je m'enfermais dans ma chambre, je me jetais sur le sol comme si c'était la terre battue de Roland-Garros et je levais les bras au ciel comme si j'avais gagné le tournoi. C'est un rêve, que j'ai beaucoup nourri. Donc forcément, quand ce rêve devient réalité, c'est extraordinaire. Alors que peu de gens, quand j'étais plus jeune, croyaient en moi. J'étais assez petite, un peu fragile, j'avais vécu des épreuves de la vie aussi (sa maman est décédée quand elle avait 12 ans, ndlr) donc c'est vrai que finalement, peu de gens pensaient que j'aurais le mental pour y arriver. Et puis... c'était un rêve un peu dingue, quand même ! J'ai crié haut et fort dès mon plus jeune âge que je voulais faire ça et tout le monde me regardait un peu de haut. J'ai beaucoup travaillé pour ça, alors quand c'est devenu réalité, eh bien là pffff... C'est même encore un peu difficile à décrire, je crois que je ne parviendrai jamais réellement à percevoir ce qui s'est passé cette seconde-là où, à l'âge de 21 ans - c'est jeune -, c'est devenu une réalité. Donc ce titre-là est très particulier. Le dernier aussi parce que, sans savoir évidemment à ce moment-là que c'était le dernier, je devais le sentir; c'était particulier pour plein de raisons et notamment parce que mes frères et sœurs étaient là : c'était la première fois qu'ils me voyaient dans un grand tournoi. Le premier et le dernier titre ont été particulièrement émouvants, oui. Après, c'est chaque fois un grand bonheur mais avec une intensité différente.

 

Avez-vous revu vos finales ?
Dans leur totalité, certainement pas, non. Je ne suis pas du tout du genre à me replonger dans le passé. Mais il m'est arrivé de voir des images, des rétrospectives quand j'ai arrêté ma carrière mais... (elle marque une pause) Je ne me replonge pas trop dans des souvenirs, je ne suis pas là à regarder des vidéos. Quand je reviens ici en revanche, tout redevient très naturel. Les sensations sont là et je n'oublie rien de ce que j'ai vécu dans ce stade. Maintenant, le temps passe, c'est incroyable ! Parce que je me dis quand même ma dernière victoire, c'était il y a neuf ans ici. (Elle souffle) Ça va vite. Ça va très, très vite. Et puis voilà, le tennis a évolué, certes, de différentes manières, mais le monde du tennis finalement ne change pas vraiment donc on retrouve vite ses repères. (sourire)

Un certain nombre de personnes doivent venir vous voir pour vous dire que votre revers à une main, votre slice et vos variations leur manquent...
Oui, oui. Et ça me manque aussi quand je regarde le tennis féminin. C'est vrai que c'est la manière dont je jouais, mais il y en avait d'autres. Avec Amélie (Mauresmo), par exemple, on jouait un peu le même tennis. Bon, Serena, c'est admirable. Je suis admirative, respectueuse et très impressionnée par le fait qu'elle ait encore cette motivation d'être là. Mais ce que je regrette un petit peu dans le tennis féminin, c'est le manque de constance des filles qui pourraient la bousculer un peu plus, parce qu'il y a de fortes chances pour qu'elle domine encore le tennis féminin pour un moment si elle en a envie. Ce serait bien d'avoir vraiment plusieurs joueuses qui sont tout le temps là au rendez-vous, comme c'était peut-être le cas pour la génération précédente ou celle encore avant.

Vous trouvez qu'il y avait peut-être un peu plus de compétition positive quand, à votre époque par exemple, vous étiez plusieurs à chaque fois à pouvoir prétendre à la victoire finale en Grand chelem ?
Oui, oui et en même temps, on était quand même souvent au rendez-vous. Il y a peut-être parfois un peu plus de surprises maintenant, un peu plus d'irrégularité. Le niveau moyen du tennis a augmenté, je pense. On peut affronter une 50e ou une 60e mondiale aujourd'hui, et devoir jouer un tennis solide donc le niveau moyen a effectivement augmenté, je pense. Mais c'est vrai qu'il manque un petit peu ces rivalités... Ce qui peut tirer le tennis vers le haut, c'est d'avoir plusieurs filles très consistantes de manière très régulière. Voilà. Après, il y a plein de choses et plein de joueuses intéressantes, mais je reste une grande passionnée du tennis masculin aussi (sourire).

Regardez-vous encore beaucoup de tennis maintenant que vous êtes retraitée ?
Je suis encore beaucoup le jeu, mais moins qu'avant, ça c'est clair. J'ai d'autres passions maintenant dans la vie, d'autres choses que j'ai envie de découvrir et de faire. Quand on n'a fait que ça pendant 25 ans, le monde a beaucoup de choses à offrir. Donc je ne suis pas devant ma télé en train de regarder les matchs en permanence. (sourire)

La balle de match de Svitolina contre Ivanovic
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