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Mahut - Herbert : "On s'aime vraiment, tous les deux"

Par Amandine Reymond   le   mardi 24 mai 2016
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L'un a fini l'année 2016 n°1 mondial de double - une première en fin d'année pour un Français - l'autre est son dauphin au classement. Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert se confient à Roland-Garros.com. Aussi complices dans les mots que sur le court.

Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous associer ?

Nicolas Mahut : "A la fin 2014, Michaël Llodra, avec qui je jouais, m'a dit qu'il allait se faire opérer et qu'il ne savait pas s'il serait opérationnel la saison suivante. Plusieurs joueurs du top 15 en double m'ont contacté. Certains avaient déjà gagné des Grands chelems et, avec leur classement, on aurait pu être têtes de série dans les grands tournois. Mais je suivais déjà un peu Pierre-Hugues et j'étais convaincu qu'il avait énormément de potentiel. Je me suis dit que ça serait peut-être compliqué pendant la première saison mais que sur le moyen terme, on serait gagnants. C'était forcément un petit risque puisque quand tu as plus de 30 ans, tu ne sais pas combien de temps il te reste sur le circuit. Mais le besoin de partager des choses avec mon partenaire, de passer du temps avec lui en-dehors du terrain, a été le plus fort. Je n'étais pas sûr de pouvoir vivre autant d'émotions avec un étranger... Quand je l'ai appelé, il n'a pas compris tout de suite, d'ailleurs quand j'ai raccroché j'ai pensé qu'il était un peu gonflé : je lui proposais de jouer avec moi et il n'était pas plus enthousiaste que ça !"

Pierre-Hugues Herbert : "Mais je croyais que c'était pour juste un tournoi, pas pour l'année entière ! C'est vrai que quand il m'a appelé je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Pour moi c'était tout nouveau, je ne savais pas si on allait jouer beaucoup ensemble ou juste le BNP Paribas Masters et le Challenger de Mouilleron-le-Captif. Je pensais que ça dépendrait des résultats qu'on aurait. Mais il m'a vite rassuré et m'a dit qu'il était prêt à ce que ça ne marche pas tout de suite. Il m'a pris sous son aile et depuis fin 2014, on joue ensemble."

Et comment se sont passés vos débuts ?

Mahut : "Quand on s'est revus, je lui ai demandé de me faire part de ses ambitions, je voulais être sûr qu'on était sur la même longueur d'onde. Je lui ai dit que je visais des victoires en Grand chelem et le Masters, et il m'a rassuré tout de suite. Au BNP Paribas Masters, on était un peu tendus tous les deux. Il avait envie de bien faire pour ne pas me décevoir et moi je voulais que ça commence bien. Et puis à Mouilleron, on a très très bien joué et on a gagné. J'ai pensé que c'était de bon augure. Début 2015, à Brisbane, il savait que j'avais pas mal de points à défendre et il s'est de nouveau mis beaucoup de pression. En plus, au début on ne rentrait pas dans le tableau, Dimitrov m'avait proposé qu'on joue ensemble et j'avais dit non car je voulais vraiment jouer avec Pierre-Hugues ! Finalement, on est rentrés mais il était tellement tendu qu'il s'est fait un lumbago. Pendant une semaine, il n'a pas pu jouer, il faisait des soins tous les jours et on ne savait pas si on pourrait s'aligner ensemble à l'Open d'Australie. Finalement, le tournoi s'est plutôt très bien passé jusqu'à la finale mais à Brisbane, on ne faisait pas les malins."

Herbert : "C'est vrai, je me mettais pas mal de pression dans les tournois où je ne serais pas rentré avec mon classement sans lui... Ce n'était pas forcément facile à gérer et j'ai mis un peu de temps à m'y faire même si notre finale à l'Open d'Australie est arrivée très vite après le début de notre collaboration."

Mahut et Herbert

Justement comment avez-vous vécu cette épopée si rapide à l'Open d'Australie 2015 ?

Mahut : "J'avais vraiment insisté sur le fait qu'on devait beaucoup se parler. Quand on a débuté, c'était la première fois qu'il gagnait un double en Grand chelem. A chaque tour, je lui répétais qu'on n'allait pas gagner le premier Grand chelem mais qu'on aurait d'autres opportunités. Je voulais lui mettre le moins de pression possible. La première finale a été un peu plus compliquée mais le bilan du tournoi était très positif."

Herbert : "Pour moi tout était nouveau, je n'avais jamais joué à ce niveau-là. Premiers quarts, demies et finale de Grand chelem, tout est arrivé très vite, peut-être même un peu trop. Je n'avais jamais été sous le feu des projecteurs comme ça. J'ai pas mal stressé et j'ai mis un peu de temps à digérer tout ça. Ce n'est sûrement pas un hasard si je me suis blessé ensuite. La première blessure est même arrivée sur la balle de match de notre quart à Melbourne contre Julien Benneteau et Edouard Roger-Vasselin. Je me suis fait une entorse du métatarse (pied). Ensuite, j'ai porté des semelles et j'ai fait une chute trois semaines plus tard contre Gilles Simon à Marseille, où je me suis fissuré le labrum (épaule). J'ai eu presque trois mois d'arrêt et je n'ai pu servir à 100 % qu'une semaine avant le tournoi du Queen's."

Après la blessure de Pierre-Hugues, vous avez vite rebondi avec un premier titre au Queen's...

Mahut : "C'était un nouveau départ pour nous après sa blessure. Et le fait que ça arrive au Queen's, c'était vraiment particulier pour moi. J'y avais perdu en finale du simple contre Roddick en 2007 avec balle de match. Donc même si ça n'était qu'en double, je me suis dit que j'avais un peu conjuré le sort. Et puis après deux finales, ça faisait du bien d'en gagner une."

Herbert : "Gagner au Queen's, c'était magique, je m'y étais entraîné trois ans plus tôt et ce club mythique me faisait rêver. C'est génial de jouer sur gazon mais s'imposer au Queen's en jouant très bien en plus, c'était vraiment merveilleux. "

 

Comment a évolué votre relation au fil des mois ?

Herbert : "Au début, je suivais un peu ses directives, je n'osais pas trop parler et donner mon avis car j'avais beaucoup de respect pour lui. Mais au fur et à mesure des semaines et des bons résultats, j'ai commencé à prendre un peu plus d'assurance sur le court et en-dehors. Maintenant, on se parle plus facilement dans toutes les situations. C'est beaucoup plus fun."

Mahut : "Pierre-Hugues a vraiment été extra avec moi après le quart de finale de Coupe Davis perdu au Queen's, contre la Grande-Bretagne. Autant j'avais vécu ma première sélection comme un rêve, autant celle-ci m'a laissé une grosse blessure. C'est pour ça que je suis encore plus fier d'avoir réussi à rebondir pour gagner l'US Open juste après. Pierre-Hugues a vécu les choses de l'intérieur, il a vu comme ça a été difficile pour moi, il m'a beaucoup soutenu et on s'est remis au travail."

Herbert : "C'est vrai que c'était un moment difficile à vivre. Surtout pour lui, car ça ne s'est pas très bien passé pour lui et Jo sur le court. Il m'a dit que ça avait été difficile de profiter des vacances après ça mais on s'est vite reconcentrés sur nos objectifs. On a bien préparé l'US Open et je trouve qu'il a vraiment bien rebondi. Même s'il considère toujours ça comme une blessure, moi je trouve qu'il s'en est bien sorti."

Qu'avez-vous ressenti à l'US Open ?

Mahut : "On sauve une balle de match au deuxième tour et à partir de ce moment-là, on commence à vraiment bien jouer. Et cette fois on a beaucoup mieux négocié la finale."

Herbert : "Moi, je ne m'attendais pas à tout ça. Je ne m'attendais déjà pas à ce que Nico veuille jouer avec moi alors gagner un Grand chelem, je n'y pensais pas. C'était magique, on s'est vraiment arrachés au deuxième tour et après, on avait trouvé notre rythme et évolué à un super niveau lors des cinq derniers matchs."

Mahut : "Pour moi, c'était vraiment un aboutissement. Pour Pierre-Hugues, tout était nouveau, première finale en Australie, premier titre en Grand chelem, tout est arrivé lors de la première saison pour lui. Il n'avait pas eu le temps de douter, d'être frustré, déçu comme j'avais pu l'être. Moi, j'attendais ça depuis presque 15 ans. J'avais fait deux finales, plein de demies et au bout d'un moment, tu finis par te dire que tu n'y arriveras peut-être pas. Quand je revois les images de ce titre, je ressens encore toute l'émotion du moment. C'était vraiment très, très fort."

Herbert : "C'était beau parce que Nico attendait ça depuis longtemps et j'étais tellement heureux de pouvoir lui amener ça en tant que partenaire. C'était génial de partager ça ensemble."

Mahut : "Si c'était aussi fort, c'est parce qu'on s'aime vraiment, tous les deux. Même quand on n'est pas ensemble, on s'appelle. Et cette relation ça nous permet de vivre toutes les émotions ensemble. La déception bien sûr, mais quand c'est de la joie, elle est décuplée parce qu'on la partage. Si j'avais gagné avec un étranger par exemple, il y aurait eu de la fierté mais il n'y aurait pas eu cette communion. L'après-match avec nos familles, au restaurant, à se remémorer notre parcours. C'est comme ça que je conçois le double. Je sais que c'est différent pour d'autres mais moi, j'ai vraiment besoin de cet aspect affectif."

Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert, vainqueurs en double de l'US Open en 2015

Justement, on a l'impression que vous avez quasiment une relation fraternelle tous les deux...

Mahut : "Notre relation n'est pas du tout jouée ou exagérée, ça s'est fait comme ça. On a presque dix ans d'écart, j'attends le moment où il me passera devant en simple parce que ça arrivera. J'essaie de lui faire gagner du temps en le conseillant quand je peux. C'est très spontané et lui m'apporte aussi sa fraîcheur donc oui on a vraiment une relation très fraternelle."

Herbert : "Il a vraiment un rôle de grand frère, ça m'aide beaucoup. On est dans un univers assez individualiste où les joueurs ont plutôt tendance à être assez égoïstes et lui est l'un des seuls à être aussi généreux. Il partage beaucoup et ça m'a permis de gagner énormément de temps. Il me conseille et toutes les expériences qu'on a vécues en double m'ont aidé. Jouer des demies et des finales de Grand chelem, ce sont des moments extrêmement forts et on en retire beaucoup d'expérience. Arriver à gérer ces moments de pression en double, ça aide forcément pour le simple."

Qu'est-ce qui fait votre force sur le terrain ?

Mahut : "On a des armes un peu similaires tous les deux mais généralement moi je vais avoir un niveau plutôt constant sur l'ensemble du match. Lui il a vraiment des pics. Quand il est haut, pour moi c'est le meilleur joueur du monde et quand il est bas, c'est beaucoup plus irrégulier. Mon but c'est de maintenir le niveau moyen de l'équipe et à un moment donné d'un match ou d'un tournoi lui va faire la différence. C'est ce qui met un peu plus la pression à l'adversaire car il peut être très percutant et surprenant et moi j'essaie de varier un peu plus, de faire jouer... C'est cette complémentarité qui fait qu'on arrive à être meilleurs."

Herbert : "Nico est un joueur très agressif, je crois qu'il a l'une des meilleures, voire la meilleure volée sur le circuit actuellement. Par moment, il veut peut-être un peu trop tout contrôler et a parfois certains blocages. Par exemple, en finale de l'US Open, il a mis du temps à réussir à retourner le service de Jamie Murray parce qu'il n'avait pas réussi du tout à le faire en Coupe Davis. Mais sinon il est extrêmement constant, dans sa concentration, dans son effort et moi je suis un peu plus le "tout fou" !

Lire aussi : "Nico s'est libéré du poids de ses angoises"

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