En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour vous proposer des publicités ciblées adaptés à vos centres d’intérêts et/ou réaliser des statistiques de visites.

Pour en savoir plus et paramétrer les traceurs.

Stan Wawrinka : "Ma trajectoire n'est pas commune, mais j'en suis très fier"

Par Guillaume Willecoq   le   dimanche 22 mai 2016
A | A | A

Sur le dernier demi-siècle écoulé, un seul homme ayant ouvert son palmarès en Grand chelem à l’orée de la trentaine s’est ensuite montré capable de récidiver. Son nom : Stan Wawrinka. En ce début de XXIe siècle constellé d’étoiles dont il était très tôt évident qu’elles allaient briller de mille feux (Federer, Nadal, Djokovic, Serena et Venus Williams…), le Suisse fait figure d’exception. Lui n’était pas un champion en puissance. Il a su le devenir – et n’en est à ce titre que plus méritant. Retour sur un long processus ayant connu son aboutissement à Paris le 7 juin 2015, en compagnie de l’intéressé.

Si on vous dit Roland-Garros 2015, quelle image vous vient en premier à l’esprit ?
Forcément la cérémonie des trophées, le moment où j’ai reçu la coupe. Une des plus grandes émotions, si ce n’est la plus grande émotion, que j’ai vécues dans le tennis.

Avez-vous revu cette finale ? Votre niveau de jeu y est exceptionnel…
J’en ai revu des bouts, des temps forts. Jamais en entier – je n’ai jamais revu un match en entier de ma vie – mais des moments, oui. De longs moments. Ce sont de tellement bons souvenirs que de temps à autre, ça fait du bien de les revoir.

Que ressent-on quand on atteint une telle plénitude dans un match si important ?
Je considère que c’est mon meilleur match jamais joué. Et le sortir dans une finale de Grand chelem, à Roland-Garros, face au n°1 mondial, c’était… une surprise. Par le niveau de jeu que j’ai réussi à produire, la concentration, mentalement, physiquement, être resté au contact avec Novak… C’était la finale rêvée. Je n’avais jamais produit quelque chose de similaire à ce niveau-là.

Pendant le match, avez-vous conscience de ce que vous êtes en train de réaliser ?
Pas vraiment. Je suis concentré sur le moment même, sur ce qui se passe. Je sais à quel point, surtout contre Novak, un match peut tourner très rapidement. Je l’ai joué plusieurs fois en Grand chelem, plusieurs fois en cinq sets, et à chaque fois ça bascule sur un ou deux points. Donc je joue mon match et je ne pense pas à ce qui pourrait arriver. J’ai commencé à voir au-delà du point par point quand j’ai breaké pour servir pour le match. Là, sur ma chaise au changement de côté, j’ai réalisé que j’avais le titre dans ma raquette, que j’allais servir pour gagner Roland-Garros. C’est le seul moment où je me suis projeté pour pré-visualiser la victoire.

C’est long, une minute trente, dans un tel moment ?
C’est court, plutôt (rires) ! C’est trop court, tant c’est un instant où il y a énormément de pensées qui se bousculent. Il y a le moment où je réalise le score, où je me dis : "Maintenant, tu as tout entre tes mains, à toi d’assurer et d’aller chercher ce match : tu gagnes ton service et tu as gagné". Et en même temps il faut rester en alerte, ne pas relâcher la concentration, avoir conscience que ce jeu va probablement être le plus difficile de tous. 

"Tout ce que j’ai fait depuis 2013, tout ce que j’ai réussi, la confiance engrangée petit à petit, les victoires contre les meilleurs… tout ça m’a amené à cette victoire à Roland-Garros"


Que représente pour vous ce succès à Roland-Garros, votre deuxième en Grand chelem après Melbourne un an plus tôt ?

La sensation est différente. Roland-Garros a toujours été particulier pour moi. C’est le tournoi du Grand chelem que je regardais tous les après-midis étant enfant. J’ai vu énormément de matchs devant ma télé, puis j’y ai gagné en juniors. Le seul Grand chelem que j’ai joué chez les juniors et je l’ai gagné. Et puis Roland-Garros, c’est la terre battue, "ma" surface depuis toujours. J’ai grandi dessus. Pour moi, la terre renvoie aux souvenirs d’enfance, quand je jouais tous les mercredis avec mon frère à cinq minutes de chez nous, dans le club du village d’à côté. Jusqu’à 18 ans, je n’ai joué que sur terre. Alors de gagner à Roland-Garros… c’est un aboutissement énorme.

 

Né sur terre, vous avez pourtant attendu d’approcher la trentaine pour briller à Roland-Garros. Paradoxal…
Oui, c’est curieux d’avoir dû attendre 2013 pour y disputer mon premier quart de finale. Avant ça, j’avais déjà bien joué à "Roland", j’ai perdu deux fois contre Roger en huitièmes, contre Tsonga aussi… Je faisais de bons tournois mais sans arriver à passer le cap au-dessus. C’est dur à expliquer, mais je pense que tout ce que j’ai fait depuis 2013, tout ce que j’ai réussi, toute la confiance engrangée petit à petit, les victoires contre les meilleurs… tout ça m’a amené à cette victoire à Roland-Garros.

Qu’est-ce qui a changé, alors, entre le Stan de 2013-2015 et celui de 2008-2012 ?
C’est difficile de pointer un facteur précis qui aurait complètement tourné. J’ai fini l’année Top 20 mondial pendant quatre ans, avec un premier passage dans le Top 10. J’étais très content de ma carrière. C’était déjà inespéré pour moi. Je pense que j’ai juste réussi à mettre toutes les pièces du puzzle en place : physique, mental, technique, résistance à la pression, nervosité… J’ai réussi à assembler tous ces paramètres qui s’entremêlent quand on joue au tennis et j’ai commencé à gagner les matchs que je perdais systématiquement avant contre les meilleurs joueurs du monde. J’en ai gagné un, deux, trois… et, progressivement, la confiance accumulée a cimenté tout ça et toutes ces années de travail, où je travaillais dur pour essayer de passer au niveau supérieur sans y arriver, ont payé. Un peu sur le tard, à 29 ans, mais elles ont payé quand même. Je ne peux pas avoir de regrets en me disant "J’aurais pu être plus fort plus tôt". C’est impossible. Si je n’y suis pas arrivé plus tôt, c’est que je n’étais pas prêt. Je n’étais pas aussi fort que maintenant, j’avais moins d’expérience… Tout était un petit peu en-dessous. J’ai eu besoin de toutes ces années de travail, d’expériences, de matchs gagnés, de matchs perdus, pour arriver où j’en suis maintenant.

"Il me faut du temps pour assimiler les choses, mais quand je les assimile, ça reste"


Vos entraîneurs décrivent tous des processus d’apprentissage longs chez vous, mais aussi leur caractère définitif une fois acquis…
C’est exact. Il me faut du temps pour assimiler les choses, mais quand je les assimile, ça reste. Ça se retrouve dans ma carrière, qui a fonctionné par paliers. J’ai la chance aussi d’avoir toujours travaillé avec le même préparateur physique, Pierre Paganini. Il est à mes yeux la personne la plus importante dans ma carrière. Il m’a apporté beaucoup plus que la condition physique. Il fait partie des gens qui m’ont aidé à planifier ma carrière, à la penser sur le long terme. C’est en bonne partie grâce à lui si j’en suis là où j’en suis aujourd’hui.

Et Magnus Norman, quelle place tient-il dans votre réussite ?
Une grande part lui revient aussi. Deux semaines après son arrivée à mes côtés, je remontais dans le Top 10 ! Après, est-ce qu’on peut dire : "il m’a aidé là, là et là"… C’est plus flou que ça. C’est un ensemble de choses, à commencer par un bon timing pour tout le monde. Il est arrivé probablement au moment j’étais prêt à passer au niveau supérieur. Peut-être que s’il était arrivé plus tôt ça n’aurait pas marché, ou pas aussi bien. Mais j’ai l’impression qu’avec lui, à ce moment-là, j’ai réussi à tout mettre en place et ça a fonctionné au-delà de mes espérances – des siennes je ne sais pas.

C’est vous qui l’avez approché et avez dû longuement insister pour le décider. Pourquoi lui en particulier ?
Je venais de passer deux ans sans coach officiel. Magnus, j’avais vu son travail avec Robin Soderling. Il l’a mené deux fois en finale de Roland-Garros, l’a fait passer de 30e mondial au Top 5. Je l’avais un peu côtoyé, fait des entraînements avec lui… J’avais ce sentiment que, comme pour Robin, il pouvait m’apporter quelque chose qui me manquait pour franchir un cap. Et c’est clair qu’il m’a obligé à insister plusieurs mois (sourire) car lui, après son expérience avec Soderling, voulait prendre du temps pour sa famille et moins voyager. Je sais que beaucoup de joueurs ont essayé de l’avoir et qu’il a refusé. Et moi il m’a dit oui.

Il a perdu une finale de Roland-Garros comme joueur et deux comme entraîneur… Votre victoire avait-elle aussi valeur de cadeau pour lui ?
Oui, la victoire à Roland-Garros est encore plus grande pour lui. Ça me fait énormément plaisir qu’il puisse maintenant dire qu’il a gagné Roland-Garros.

"Il n’y a jamais eu de moment où je me suis dit : "Un jour je serai Top 100, c’est sûr". Le jour où je me suis dit ça, c’est le jour où je suis entré dans le Top 100. Pas avant."


Petit, jusqu’où vous voyiez-vous aller dans le tennis ?
Mon but était juste d’essayer un maximum, m’entraîner le plus et le mieux possible, pour aller le plus loin possible. Mon rêve était d’être joueur professionnel mais… où est la limite du joueur professionnel ? Disons que tout jeune, pour moi c’était être dans le Top 100 pour jouer les Grands chelems. Ça, c’était le rêve ultime. Mais tout s’est toujours fait par étapes. Il n’y a jamais eu de moment où je me suis dit : "Un jour je serai Top 100, c’est sûr". Le jour où je me suis dit ça, c’est le jour où je suis entré dans le Top 100. Pas avant.

Et à quel moment vous êtes-vous dit : "Je vais gagner un Grand chelem" ?
Ça, c’est toujours difficile à croire (rires) ! Quand je regarde ce qui m’est arrivé depuis trois ans… Je n’avais jamais espéré atteindre un jour ce niveau-là. Gagner deux Grands chelems (trois à présent, ndlr)… Même lors de ma première percée dans le Top 10, les finales de Grands chelems, je les regardais en spectateur ! Je regardais Roger les enchaîner, je regardais Nadal puis Novak, plus jeunes que moi, le challenger. Pour moi, c’était trop loin de ce dont je pensais être capable. Donc forcément, quand je regarde ce que j’ai accompli ces dernières années... J’aime ma trajectoire. Elle n’est pas commune car je n’étais pas précoce, mais j’en suis très fier.

Vous avez conscience d’être entré dans l’histoire du tennis, quand même ?
Oui. Je le vois quand je regarde mon palmarès : deux Grands chelems, la coupe Davis, l’or olympique avec Roger… Oui, je sais ce que j’ai accompli dans le tennis. Maintenant, je pense que c’est le jour où j’arrêterai le tennis que je pourrai vraiment prendre la mesure de tout ce que j’ai accompli.

Lire aussi : Les forces en présence : Stan Wawrinka

Temps forts S. Wawrinka - N. Djokovic / Finale
Comments
Article suivant: Tout sauf un Paire tranquille
Articles Similaires