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Top 10 : les chouchous étrangers de Roland-Garros

Par Julien Pichené   le   vendredi 15 avril 2016
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Comment conquérir le cœur de la foule ? A Roland-Garros, il ne suffit pas forcément d’être né à côté de la Porte d’Auteuil, mais quelque part d’y renaître, ou alors au contraire d’y mourir pour une cause perdue d’avance, comme ces nombreux attaquants qui ont essayé, en vain, d’apprivoiser l’exigeante terre battue parisienne. Chauvin comme n’importe où ailleurs, le public de Roland-Garros a cette particularité d’avoir eu de tout temps ses chouchous étrangers (au moins) aussi encouragés que les Français, des coups de foudres et/ou passions durables pas forcément réservés aux plus grandes vedettes du jeu. Il a ainsi applaudi Patty, sué pour Hoad, vibré avec Pecci, toujours défendu Connors, et a aussi connu l’extase avec Kuerten et Federer… Sélection.

PATTY, John Edward dit "Budge" (Etats-Unis)
Un Américain à Paris 
Vainqueur en 1950

C’est lui qui a lancé le règne du service-volée à Paris, ces attaquants qui domineront ensuite le tournoi pendant près de 20 ans ! Installé dans la capitale, l’élégant "Budge" a toujours été supporté par le public comme l’était un Marcel Bernard à la même époque. Quart de finaliste en 1946 (battu justement par le Français après être passé à deux points du match), demi-finaliste en 1948 (battu par Jaroslav Drobny) et finaliste en 1949 (battu par Frank Parker), ce playboy à la volée magique a fini par triompher d’une manière totalement héroïque en 1950, n’arrachant ses trois dernières victoires qu’au bout du cinquième set (11/9 en quarts contre Dorfman, 13/11 en demies contre Talbert, et 7/5 en finale contre Jaroslav Drobny, l’un de ses grands rivaux). Dans les années 50, Budge Patty s’imposera dans toutes les compétitions parisiennes (la Coupe Porée, la Coupe Canet, la Coupe Gillou ou le French Indoor, l’ancêtre du BNP Paribas Masters) mais ne jouera plus qu’une seule demi-finale à Roland-Garros, en 1954. Qu’importe ! Il restera son chouchou numéro 1, même en ce jour terrible de 1958 où il découvre malgré lui l’impossible, en échouant contre Robert Haillet après avoir mené 5-0 et 40-0 au cinquième set…

Lire aussi : Budge Patty : "J'avais décidé de vivre à Paris en touriste"

HOAD, Lewis (Australie)
Le talentueux dilettante
Vainqueur en 1956

Les spectateurs ont eu le coup de foudre pour lui dès qu’ils l’ont vu, en 1953, année il enlève le double avec Ken Rosewall alors qu’ils n’ont que 18 ans et découvrent l’Europe. Dans cette décennie encore dominée par les Américains, les éloges pleuvent pour louer la vitalité de ces "whizz kids" (petits magiciens), nés tous deux à Sydney en 1934. Mais à son comparse Rosewall, pourtant très populaire à Paris, le public a peut-être préféré cet attaquant génial à la force de frappe étonnante. Peut-être parce que son génie était corrigé par une certaine paresse. L’appui d’Harry Hopman, présumé meilleur entraîneur du monde, n’a jamais discipliné cet incurable noceur : la soirée précédant son unique titre en simple à Paris, Lew Hoad a traîné une bonne partie de la nuit dans Paris, finissant par boire de la vodka avec des Russes. Hoad s’est finalement imposé 3 sets à 0 le lendemain : la morale en a pris un coup, mais l’Australien a continué de séduire son monde. Qui sait s’il n’aurait pas gagné le tournoi deux ou trois fois s’il ne s’était pas envolé pour le circuit pro l’année suivante. Comme tous les joueurs de sa génération passés pro, il est revenu disputer les Internationaux de France au début de l’ère Open. Pour son jubilé en 1970, désormais à la tête d’un club de tennis à Malaga, Lew Hoad atteint les huitièmes de finale après un premier tour remporté 7/5 au cinquième set, malgré les crampes, dans une ambiance formidable.

GONZALES, Pancho (Etats-Unis)
Une star descendue du ciel
Demi-finaliste en 1949 et 1968

Même s’il parait difficile d’en juger, ce magnifique "fauve" de 98 kilos a peut-être été, avec son jeu d’attaque brut de décoffrage, sa cicatrice sur la pommette gauche, sa nature volcanique et son irrésistible charisme d’acteur de western hollywoodien, le tennisman qui a le plus magnétisé et ensorcelé le court Central. "Beau comme un Dieu, l’homme est si lumineux…" lit-on dans Tennis de France en 1968, année où le Portoricain, alors grand-père (!) revient aux Internationaux après une carrière chez les pros de près de 20 ans. Demi-finaliste à l’âge de 39 ans, Gonzalez est incontestablement la star de ce premier Roland-Garros de l’ère Open, disputé sous un soleil radieux et dans l’ombre des évènements de mai. Cette année-là, Gonzales rattrape le temps perdu en offrant six matches sublimes au public parisien, venu à chacune de ses sorties bonder les tribunes jusqu’au ciel, d’où il avait parfois l’air de descendre.

NASTASE, Ilie (Roumanie)
Le diablotin sorti de sa boîte
Vainqueur en 1973

Il s’est fait appeler Arthur dès sa première participation aux Internationaux de France en 1966, conclue par une victoire en double avec Ion Tiriac et par un saut périlleux sur le Central en guise de célébration ! Subversif, intenable, insatiable provocateur, Ilie Nastase, à la fois clown et voyou, a fait souffler le chaud et le froid pendant près de 20 ans sur Roland-Garros, où il s’est fait remarquer aussi bien pour son toucher de balle que pour ses sempiternelles pitreries, souvent osées. Entre mille facéties, le public a ri ou a été choqué de le voir attacher le chien de Jean-Paul Belmondo à la chaise d’arbitre, lancer un chat noir sur le superstitieux Adriano Panatta, boire son café pendant l’échauffement, ou essayer de jouer une partie (de double mixte) avec une raquette de squash ! Mais jusqu’en 1984, année de son dernier match, le Roumain au bras d’or est resté, en dépit des controverses et des polémiques, la principale attraction touristique du tournoi : il a en effet toujours rempli les tribunes. Et si tous les spectateurs n’ont pas forcément apprécié ses excès, le public n’a pas réussi non plus à se passer de ce joueur avec qui il se passait toujours quelque chose. N’est-ce pas là, la plus belle preuve d’amour ?

PANATTA, Adriano (Italie)
Première star "en couleurs"
Vainqueur en 1976

Le bel attaquant italien, seul et unique homme à avoir réussi à renverser le monstre Björn Borg à Roland-Garros (deux fois, 1973 et 1976), symbolise à jamais le grand boum de Roland-Garros avec ses premières diffusions en couleurs à la télévision. Entre 1974 et 1978, le nombre de spectateurs quadruple sur l’ensemble de la quinzaine, et Adriano Panatta est alors LE préféré des initiés et du grand public. Pourquoi ? Parce que son tennis d’attaque est du petit velours, parce que son style s’oppose idéalement à ceux des favoris adeptes du lift… et aussi parce qu’il est capable de plonger au filet pour sauver une balle de match, comme il l’a fait au premier tour contre Pavel Hutka en 1976, l’année de son sacre. C’est d’ailleurs cette année-là, grâce et avec lui, que ce "nouveau public" venu bien souvent d’autres sports comme le football, lance la mode aujourd’hui si commune et si banale des encouragements personnalisés ("Allez Adriano !" ou "Allez Panatta !") qui, jusqu’ici, n’avaient jamais été entendus à Paris.

PECCI, Victor (Paraguay)
L’étoile filante qui brille toujours
Finaliste en 1979 

Avec son diamant incrusté dans l’oreille, son côté canaille et son service superbe – au moment de l’engagement, il armait sa raquette comme s’il allait planter un couteau dans la balle –, Victor Pecci (photo) a fait un véritable tabac en 1979. Non seulement le pirate d’Asuncion atteint la finale, mais devant un Central plein à craquer et scandant le nom de sa nouvelle idole, il réussit à arracher un set au tie-break, le troisième, à sa majesté Björn Borg ! Un point l’a aidé à obtenir cette notoriété soudaine et énorme : un passing entre les jambes en demi-finale contre Connors, coup qui n’avait jamais été tenté lors d’un match de ce niveau. Après la finale, image inouïe, c’est lui qui est porté en triomphe par des grappes de spectateurs tombés des tribunes, comme aimantés par son charme. On l’a revu en demi-finale deux ans plus tard (après une victoire sur Yannick Noah en quarts) avant une fin de carrière plus difficile, mais Pecci n’a jamais été oublié depuis SON exploit. Surtout pas chez lui, au Paraguay, où il a été élu sportif du XXè siècle.

CONNORS, Jimmy (Etats-Unis)
Comme le messie
Demi-finaliste en 1979, 1980, 1984 et 1985 

Face à lui, certains Français ont eu l’étrange sentiment de jouer à l’extérieur ! En 1980, Jean-François Caujolle est victime, comme Tarik Benhabilès le sera aussi en 1985, de la "fièvre Connors". Tout a commencé en 1979, en cette période où la bande des lifteurs, avec Björn Borg en leader, a balisé tout le territoire. Après 6 ans d’absence à Roland-Garros, l’attaquant américain au jeu à plat est accueilli comme un messie : pour tous, il est le super-héros qui viendra contredire cette "tyrannie" et tenir tête à l’invincible Suédois ! A peine arrivé, Connors choque les esprits en demandant de l’argent aux journalistes qui veulent l’interviewer, mais la foule est conquise d’avance. Il joue tous ses matchs sur le Central et en direct sur TF1, et l’emporte haut la main à l’applaudimètre. Finalement éliminé en demi-finale par l’inattendu Victor Pecci, qui lui vole à la fois la vedette et la possibilité de défier Borg en finale, Connors n’a jamais pu honorer sa mission. Malgré un spectacle souvent contestable, fait de doigts d’honneur (à un juge de ligne en 1980), d’insultes (à John McEnroe ou Henrik Sundström en 1984), ou de chantages (il menace de quitter le terrain quand le juge de chaise Youssef Makar lui inflige un point de pénalité en 1985), Connors est l’acteur étranger préféré des années 80. En toute fin de parcours, à 38 ans, il finit même par mettre les "anti-Connors" dans sa poche en livrant une bataille épique contre un "gamin" qui a l’âge d’être son fils, Michael Chang, 19 ans. Epuisé, Connors abandonne au moment où il égalise à deux sets partout, avant de sortir du court épaulé par le kiné Bill Norris et acclamé par trois générations de spectateurs. Face au patriarche, au héros, nous étions tous, en ce vendredi 31 mai 1991, les enfants du tennis.

AGASSI, Andre (Etats-Unis)
L’idole des jeunes
Vainqueur en 1999 

Son nom est celui qui a le plus souvent résonné dans le stade à la fin du siècle dernier. Agassi a été aimé partout dans le monde, mais c’est à Paris qu’est née la "Agassimania", en 1988. L’Américain est alors dans sa période rebelle, short en jean et tignasse blonde : le public devient instantanément fan du petit nouveau d’à peine 18 ans, qui balaie tout sur son passage jusqu’en demi-finales. Mais c’est aussi à Paris, sur cette terre qui lui a si souvent coupé les jambes, qu’il a eu finalement le plus de mal à s’imposer – à l’instar de Roger Federer. Prétendant au titre à chacune de ses apparitions, Andre Agassi a du attendre 1999, soit sa période vieux sage et crâne dégarni, pour enfin boucler la boucle (il s’était imposé entretemps partout ailleurs, Coupe Davis, Masters et Jeux olympiques compris). Jusqu’en 1998 inclus, Agassi avait multiplié les échecs – parfois cuisants – malgré l’indéfectible soutien du public, et notamment des enfants, pour qui a longtemps incarné le tennis.

KUERTEN, Gustavo (Brésil)
Un cœur sur la terre du Central
Vainqueur en 1997, 2000 et 2001

Sa ville natale (Florianapolis) a beau être située à 9886 kilomètres de la Porte d’Auteuil, Gustavo Kuerten a toujours eu l’impression d’y jouer chez lui. "C’est comme si j’étais dans ma ville, dans mon club." En 1997, c’est en illustre inconnu qu’il remporte le premier de ses trois titres parisiens. Tombé directement sous le charme de ce drôle de bonhomme, Paris craque pour sa technique, la souplesse élastique de son revers à une main, pour son sourire, et cette désormais mythique tenue de carnaval jaune et bleue. Du jour au lendemain, l’anonyme Kuerten devient la star "Guga" : celui qui remportera deux autres titres, en 2000 et 2001, et qui offrira au tournoi quelques-unes de ses plus belles images. Comment oublier ce moment où  il a tapé dans la main de tous les spectateurs assis dans les premiers rangs, ou ce cœur immense, dessiné sur le Central avec sa raquette ? Le public n’a pas été le seul à lui rendre cet amour : même les joueurs l’ont adoré. Paul-Henri Mathieu, dernier à l’avoir battu en 2008, aurait préféré ce jour-là être dans les tribunes pour le supporter.

Lire aussi : Nos années Kuerten

FEDERER, Roger (Suisse)
Le chouchou des années 2000
Vainqueur en 2009 

Aucun autre joueur n’a autant été supporté dans l’histoire récente que Roger Federer, et c’est encore plus vrai à Roland-Garros, où le Suisse a longtemps été confiné à ce rôle terrible de numéro 2, qui ne lui sied guère, derrière Rafael Nadal. Opportuniste, Federer a su donner le meilleur de lui-même en 2009, cette année où l’Espagnol est surpris par Robin Soderling. Par deux fois, contre Tommy Haas en huitièmes de finale et contre Juan Martin del Potro en demies, il reviendra de l’enfer grâce à sa vista de champion et à l’appui du public, qui l’a porté comme un seul homme. Rarement consécration a semblé faire autant plaisir au public de Roland-Garros, qui l’a senti comme un soulagement et qui voyait comme une injustice l’absence de "Maitre Roger" au palmarès. On ignore encore quand l’homme aux 17 majeurs jouera son dernier Roland-Garros, mais l’émotion du public sera alorrs assurément énorme, et comparable à celle offerte par un Connors en 1992.

Temps forts R. Federer - G. Monfils / 8e de finale
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