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Etoile montante : Garbine Muguruza, tout d'une grande

Par Jean-François Rodriguez   le   samedi 02 avril 2016
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Parce qu’ils (et elles) sont jeunes et bourrés de talent ; parce que leur style de jeu, leur parcours ou tout simplement leurs affinités naturelles leur permettent de nourrir les plus grands espoirs sur terre battue en général, et à Roland-Garros en particulier ; Rolandgarros.com vous propose de suivre tout au long de l’année 20 étoiles montantes – 10 filles, 10 garçons – en lesquelles le tournoi croit tout particulièrement. Bien calée dans le top 5 mondial, montée même sur le podium (3e), Garbine Muguruza est la joueuse la plus installée de notre sélection. Et, à seulement 22 ans, semble prête à franchir un nouveau palier pour reprendre le flambeau d’Arantxa Sanchez et Conchita Martinez.

Pourquoi elle

Parce que personne n’a oublié sa démonstration face à Serena Williams sur le court Suzanne-Lenglen en 2014, un 6/2 6/2 passé à la n°1 mondiale en forme de révélation. Parce que Garbine Muguruza a confirmé ce coup d’éclat en 2015, lors d’une saison marquée notamment par un quart de finale à Roland-Garros, une finale à Wimbledon et une demi-finale au Masters, trois résultats ayant contribué à la propulser du 20e rang mondial jusqu’au podium WTA… et trois résultats qui témoignent également de sa faculté d’adaptation à des surfaces différentes. Parce qu’avec son gabarit privilégié (1,82 m et 73 kg), l’Hispano-Vénézuélienne incarne, au dire de tous les experts, ce tennis intimidant et incisif qui constitue l’avenir du jeu dans sa déclinaison féminine. Parce qu’au lieu de perdre ses moyens au moment d’affronter les figures du circuit sur les grands courts, dans les grands tournois, elle semble y trouver les conditions idéales pour proposer son jeu le plus abouti. Enfin parce que les attentes démesurées qu’elle suscite auprès de la presse de son pays, qui guette impatiemment l’avènement d’une relève à Conchita Martinez et surtout Arantxa Sanchez et ses trois sacres parisiens, ne lui font en apparence ni chaud ni froid.

Pour toutes ces raisons, il est difficile de ne pas voir en cette joueuse née à Caracas la digne héritière de ses deux aînées... ainsi qu’une n°1 mondiale en puissance. Peu enclin aux dithyrambes, son entraîneur actuel, le Français Sam Sumyk, se rend volontiers aux avantages anatomiques de sa protégée : "Je crois qu’elle a tout. Elle a une vraie qualité de jeu et, à mon sens, c’est une super athlète. Elle progresse aussi sur le plan mental, donc je pense qu’elle a tous les atouts nécessaires."

Même son de cloche chez les compatriotes de Muguruza, à commencer par Conchita Martinez, sa capitaine de Fed Cup : "C’est une fille très exigeante avec elle-même. Elle veut tout le temps faire mieux et l’adversité l’aide à se transcender. Elle a envie d’aller loin et elle ne s’arrêtera pas en chemin." Virginia Ruano Pascual, six fois titrée en double dames à Roland-Garros, annonce carrément sa prochaine prise de pouvoir :"Sa marge de progression est énorme. Vu son jeu et compte tenu de la dynamique actuelle du tennis féminin, les chances qu’elle soit un jour ou l’autre n°1 mondiale sont très élevées."

G. Muguruza c. S. Williams Temps forts 2T

Son profil

De par ses origines, vénézuélienne par sa mère et basco-espagnole par son père, et de par sa formation tennistique, qui l’a vu fréquenter l’académie Bruguera, à Barcelone, de 8 à 18 ans, tout invite à penser que Garbine Muguruza doit exceller sur terre battue. Et c’est le cas, malgré un tennis "punchy" taillé au moins autant pour les surfaces rapides. Titulaire d’un service de plomb, elle n’aime rien tant que camper sur sa ligne, diriger autocratiquement l’échange avec des frappes à plat rendues possibles par de longs segments, et conclure le plus vite possible en entrant dans le court.

Selon Alejo Mancisidor, l’entraîneur espagnol qui l’a accompagnée de 2010 à 2015, "elle a un jeu très offensif, un jeu d’avenir. Elle joue comme une joueuse du top 10 doit le faire, en prenant l’initiative et en privant de temps son adversaire. C’est l’opposé du jeu espagnol traditionnel". Sumyk, son successeur, va plus loin dans l’analyse."Le coup droit fait partie de ses meilleurs coups, mais il ne faut pas s’arrêter à ça. C’est tout son jeu qui est riche en points forts, car elle a aussi un bon revers, elle bouge bien… En fait, elle peut faire ce qu’elle veut, elle sait mettre la balle où elle veut."

Véritable rouleau-compresseur, tout le monde ou presque est déjà un jour ou l’autre tombé sous ses coups : Serena Williams donc, mais aussi Angelique Kerber, Petra Kvitova, Simona Halep, Agnieszka Radwanska, Ana Ivanovic, Caroline Wozniacki, Lucie Safarova… Sur l’ensemble des deux dernières années, elle affiche un joli 57% de réussite contre des joueuses du Top 10 (13 victoires / 10 défaites), alors même qu’elle n’a fait son entrée dans le club qu’à l’été 2015. Autre preuve de sa capacité à répondre présente dans les grands évènements : en Fed Cup, cette compétition par équipes nationales tellement révélatrice, galvanisante pour certaines mais inhibante pour d’autres, elle présente toujours un bilan immaculé – 4 simples à enjeu disputés, 4 victoires (dont Jelena Jankovic et Simona Halep).

Son parcours

"J’ai deux frères aînés qui jouent aussi au tennis. Moi j’étais la plus petite et ça me faisait envie, donc j’ai commencé à taper avec eux." Garbine n’a alors que trois ans et vit au Venezuela. Elle a six ans quand ses parents déménagent à Barcelone, où elle intègre l’académie Bruguera. Son cursus chez les jeunes ne laissera pas grande trace dans les mémoires (une finale ITF Grade 4 à Benicarlo pour meilleur résultat). Ses débuts professionnels, à 15 ans, sont en revanche fulgurants : un titre, une finale et trois demies en "10000$" sur terre battue. Nous sommes en 2009. Toujours peu en vue sur le circuit junior, elle engrange en revanche les titres pros sur terre les saisons suivantes (1 en 2010, 4 en 2011). Son premier titre sur dur, le 25000$ de Clearwater en 2012, lui vaut une invitation pour l’Open de Miami, où elle signe son premier coup d’éclat sur le circuit principal en surprenant Vera Zvonareva et Flavia Pennetta, respectivement 9e et 26e mondiales. La progression se poursuit en 2013, avec des huitièmes de finale à Indian Wells et Miami, mais elle se blesse à la cheville droite en juillet, alors qu’elle lorgne le top 50, et doit faire une croix sur la deuxième partie de saison. Pour accélérer son retour à la compétition, Muguruza trouve alors une solution qui en dit long sur sa passion pour le jeu et sur son impatience de retrouver le circuit.

"Il fallait que je me remette à taper, mais sans forcer sur la cheville. Alors, j’ai commencé à jouer assise. Je ne pouvais pas rester chez moi en sachant que les autres filles s’entraînaient à fond et pas moi." Cette ténacité paie dès le début de la saison 2014, où elle décroche son premier titre WTA à Hobart (Australie), au mois de janvier, sur dur. Elle s’invite ensuite en huitièmes de finale de l’Open d’Australie, puis en quarts de finale de Roland-Garros, arrachant également une place dans le top 20.

Encore quart de finaliste à Paris en 2015, Muguruza s’étonne elle-même en décrochant sa première finale de Grand chelem à Wimbledon en croquant quatre tops 20 (Angelique Kerber, Caroline Wozniacki, Timea Bacsinszky et Agnieszka Radwanska), avant de se heurter à une implacable Serena Williams. En fin d’année, sa collaboration avec Sam Sumyk (ex-entraîneur notamment de Vera Zvonareva et Victoria Azarenka) débute en fanfare, avec une finale à Wuhan, un titre à Pékin et une demi-finale au Masters, trois résultats enchaînés synonymes de top 3 en fin d’année.

Ce qu’on peut attendre d’elle dès cette année

Quand on a déjà goûté à une finale de Grand chelem, on n’a qu’une seule envie : brandir enfin la coupe. C’est sans doute avec ce genre d’ambition que Garbine Muguruza abordera sa cinquième participation aux Internationaux de France. Et c’est aussi ce que l’on attend de la part d’une joueuse du top 5. La pression est donc sur ses épaules.

"C’est vrai et j’aime bien que l’on me suive de près. J’ai besoin d’être en compétition. Cette saison s’annonce différente de 2015. Je ne suis plus la Garbine qui peut faire ci ou ça, je suis devenue la Garbine qui doit faire ci ou ça, explique la joueuse. Je dois faire avec ce contexte et j’ai envie de voir si je suis capable de réussir en étant sous le feu des projecteurs. Je veux évacuer ce qu’on dit de moi : "Garbine va gagner un Grand chelem, Garbine sera n°1 mondiale." On me le demande souvent et c’est logique. J’en ai envie aussi, mais j’ai parfois du mal à jouer à mon meilleur niveau sur une période longue. Je dois être plus constante."

La constance. Elle est bien là, la clé de sa progression. Peut-être aussi marquée par son intense fin de saison 2015 (elle est également une excellente joueuse de double, victorieuse à Tokyo et finaliste du Masters avec Carla Suarez Navarro en fin d’exercice précédent), Garbine a un peu déçu en ce début d’année 2016 (8 matchs gagnés pour 6 défaites). Mais de retour sur sa surface favorite, on ne serait pas surpris de voir ses belles fossettes illuminer la Porte d’Auteuil jusqu’à la fin de la quinzaine parisienne...

La suivre sur Twitter : @GarbiMuguruza

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