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Del Potro, la Tour est toujours debout

Par Alexandre Juillard   le   mardi 16 février 2016
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Son talon d'Achille à lui se situe au niveau des poignets. Après quasiment deux ans d'absence et 3 opérations au poignet gauche, Juan Martin del Potro revient à la compétition cette semaine, à Delray Beach (Floride). Ex-numéro 4 mondial, vainqueur de l’US Open en 2009 et demi-finaliste de Roland-Garros cette année-là, l'Argentin au coup droit phénoménal va tenter un nouveau retour gagnant, lui qui était déjà parvenu à réintégrer le Top 4 après une opération au poignet - le droit, cette fois - survenue en 2010. Alors cette fois encore... "Vamos Delpo" !

A l’heure qu’il est, Juan Martin del Potro a assurément le cœur qui bat la chamade. Dans quelques heures, il va retrouver le circuit et reprendre le fil sa carrière. Il est heureux, affamé et angoissé à la fois. Car ce tournoi de Delray Beach, un ATP 250 en Floride, va lui permettre de savoir où il en est, 327 jours après sa dernière apparition en compétition officielle et alors qu’il n’est pas loin de n’être plus classé à l’ATP (1041e cette semaine, 10 points).

En soi, ce retour sonne presque comme un "happy end" après une année terriblement compliquée. Car depuis cette défaite au premier tour à Miami contre Vasek Pospisil, la Tour de Tandil est passée par tous les états. L’interrogation, d’abord, pendant plusieurs mois, à se demander s’il pouvait raisonnablement continuer à jouer dans ces conditions, devenu incapable de se frotter aux meilleurs tant la douleur à son poignet gauche était devenue vive à chaque revers frappé, le poussant à ne plus faire que du slice. Beaucoup de doutes donc, de refus de l’inévitable, jusqu’au moment où il a fini par se rendre à l’évidence et a décidé de se faire opérer le poignet pour la troisième fois, quitte à repartir de zéro avec pour unique ambition de redevenir joueur professionnel.

Au mois de juin 2015, Juan Martin a donc, une nouvelle fois, poussé les portes de la clinique Mayo, au Minnesota, pour confier son sort aux mains du professeur Berger. Il déclare alors : "J’espère que c’est la bonne solution et qu’après cela, je serai définitivement guéri. Je veux être heureux, en pleine possession de mes moyens sans être gêné par des douleurs insupportables. Depuis 2010 et ma première blessure au poignet droit, c’est la première fois que je ne vais pas pouvoir m’entraîner physiquement ou tennistiquement. Mon rêve, c’est de revenir sur les courts et de reprendre ma carrière."

Del Potro sait alors en effet de quoi il parle pour être déjà passé par là : en 2010, c’est son poignet droit qui l’avait éloigné des courts durant l’intégralité de la saison, alors qu’il était en pleine ascension, venait de gagner l’US Open, comptait une demi-finale à Roland-Garros, une finale au Masters, et émargeait au 4e rang mondial.

Tous ceux qui ont côtoyé l’Argentin pendant cette nouvelle rééducation sont unanimes : il s’est montré sérieux, rigoureux, professionnel, patient et déterminé. Il n’a par exemple pas pris un gramme pendant son inactivité, n’ayant jamais fait d’entorse à son régime. Chaque jour, il a reçu des soins, des massages sur ce poignet endolori. Il a également suivi une préparation physique optimale et, pour égayer un peu son quotidien, a participé à quelques entraînements de l’équipe réserve de Boca Juniors (le club de foot qu’il supporte avec passion).

Niveau tennis, il a d’abord axé son travail sur son coup droit de titan, l’un des plus puissants jamais vu sur un court de tennis, et sur son service de plomb. Pendant de longs mois, il s’est ensuite contenté de faire des revers à une seule main… au point que certains se sont même demandé s’il n’allait pas désormais jouer ainsi son revers, afin d’éviter de trop solliciter la main gauche. Mais Del Potro a expliqué n’y avoir jamais songé – pas, ou plus, à 27 ans.

Sans Franco Davin, l'entraîneur et le mentor

Toute cette convalescence, cette remise sur pied, il l’a faite sans Franco Davin, son coach et son mentor pendant plus de 7 ans. Les deux hommes se sont en effet séparés au mois de juillet 2015. Longtemps resté au chevet de son élève quitte à mettre sa propre carrière d’entraîneur entre parenthèses, Davin, qui a également mené Gaston Gaudio au sacre suprême à Roland-Garros, s’occupe désormais du Bulgare Grigor Dimitrov. Del Potro, lui, disputera son tournoi de rentrée uniquement accompagné d’un kiné (Diego Rodriguez, qui s'est longtemps occupé de David Nalbandian) et d’un ami. Il ne veut pas précipiter les choses et attend le verdict de la compétition avant de se pencher sur l’identité de son prochain coach.

Pendant sa convalescence, il a pu compter sur le soutien de l’Association argentine de tennis, et Daniel Orsanic, le capitaine de Coupe Davis, lui a donné un coup de main pendant un mois. "Delpo" s’est également appuyé sur Marcelo "el negro" Gomez, son premier coach qui est aussi l’un des plus fameux formateurs argentins — Juan Monaco et Mariano Zabaleta lui doivent également beaucoup. Comme lui, il est originaire de Tandil et il a l’immense avantage de connaître Juan Martin sur le bout des doigts. "Juan Martin est parfaitement conscient de sa situation et il sait que c’est son poignet qui lui dira quand il pourra revenir, affirmait alors Marcelo Gomez. Quand il se sentira à nouveau compétitif, il reviendra. Il est motivé comme jamais. Et si son poignet le laisse tranquille, il pourra se battre à nouveau avec les meilleurs."

Et c’est vrai que si son poignet daigne le laisser en paix, on est en droit de penser qu’il peut (rapidement ?) redevenir une menace pour les plus fines gâchettes du circuit. Pour preuve : il l’a déjà fait. En 2011, il avait conclu sa saison de comeback à une impressionnante 11e place, lui qui repartait déjà d’un anecdotique classement de 500e joueur mondial. Et au bout de trois saisons accomplies, marquées notamment par une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Londres, il était parvenu à égaler son meilleur classement d'avant-blessure (4e au tout début d'année 2014).

Malgré ces trous béants dans sa carrière, l’Argentin demeure d'ailleurs le 6e joueur en activité le plus titré (18 trophées), seulement devancé par ses aînés Federer (88), Nadal (67), Djokovic (61), Murray (35) et Ferrer (26). Surtout, il était le seul à parvenir à résister au "Big 4" à l’époque où le quatuor infernal était au summum de sa domination collective. "Juan peut faire jeu égal avec les meilleurs, parce qu’il a une qualité très importante dans le tennis d’aujourd’hui, c’est la puissance, a déclaré Marcelo Gomez dans le journal "La Nación". Et je peux vous assurer que cette puissance, il ne l’a pas perdu en chemin, elle est intacte. Son coup droit et son service sont déjà au point, reste à savoir s’il pourra taper son revers à deux mains en toute liberté dans les prochains mois…"

A Roland-Garros en 2009, quand il avait poussé Roger Federer à jouer cinq sets en demi-finales

"Impatient de rentrer sur le court, faire mon signe de croix, regarder le ciel et vibrer à nouveau"

L’opération retour commence donc à Delray Beach… là où "Delpo" a gagné en 2011 le premier titre de sa seconde carrière, après la longue coupure consécutive à son opération du poignet droit. Les fans de l’Argentin se souviennent encore de sa joie après sa balle de match victorieuse face à Janko Tipsarevic. Emu, il s’était embrassé à plusieurs reprises le poignet, pour mieux conjurer le sort. Six ans plus tard, l’Argentin ne prétend pas viser la victoire finale. Il veut juste reprendre ses marques en tant que joueur de tennis pro, confronter son corps à la chaleur et à la violence de l’effort requis par un match de très haut niveau. Et, bien sûr, voir comment son poignet gauche va réagir. Bref, ce mardi soir, face à l’Américain Denis Kudla, Juan Martin va savoir.

"Je suis impatient de rentrer sur le court, faire mon signe de croix, regarder le ciel et vibrer à nouveau, a t-il déclaré. Je vais pouvoir reprendre du plaisir et j’espère revenir vite et fort même si c’est déjà une victoire pour moi de rejouer sur le circuit. Je ne sais pas combien de tournois je vais jouer dans un premier temps car je veux d’abord voir comment mon poignet va réagir. Je vais y aller étape par étape." Longue est la route qui peut ramener l’Argentin vers les sommets qui lui étaient promis. Mais après tout, ce qui a déjà été fait une fois...

Lire aussi : Nadal, l'Argentin honoraire

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