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Angelique est aux anges

Par Guillaume Willecoq   le   lundi 01 février 2016
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Cinq mois après Flavia Pennetta à l’US Open, le tennis féminin s’est offert un nouveau conte de fées avec le succès d’Angelique Kerber à l’Open d’Australie. Points communs : deux habituées des deuxièmes semaines que l’on ne voyait pas forcément aller un jour jusqu’au bout en tournoi majeur. Deux énormes bosseuses, aussi, qui se sont donné les moyens de croire en leur rêve. Différence : Angelique Kerber n’a aucune intention de mettre un terme à sa carrière dans la foulée. Bienvenue dans le cercle des championnes en Grand chelem, Angelique !

« Laisse-moi être la première à te féliciter. Je suis si contente pour toi. Profites de ce moment : tu l’as mérité. » Même Serena Williams, pourtant dans l’habit pas si facile à endosser de la finaliste malheureuse, n’a rien trouvé à redire à la victoire d’Angelique Kerber à l’Open d’Australie. D’abord parce que l’Allemande de 28 ans a magistralement été chercher son succès sur le court, aux dépens de la légende américaine qui visait un 22e titre du Grand chelem (6/4 3/6 6/4). Ensuite parce que Serena ne fait que confirmer la belle unanimité du circuit féminin à saluer le « mérite » de la joueuse de Brême – innombrables messages à la clé sur les réseaux sociaux, émanant d’Ana Ivanovic, Petra Kvitova, Svetlana Kuznetsova, Victoria Azarenka et, bien sûr, de tout le cortège de joueuses allemandes trouvant ici la succession de Steffi Graf, 17 ans après l’ultime victoire de cette dernière à Roland-Garros.

Car si le mérite est chose aléatoire en sport, toutes celles qui côtoient Angelique Kerber à l’année s’accordent à reconnaître son titre à Melbourne comme une juste récompense à sa persévérance et à sa capacité de travail. A l’ère des super-champions (Serena chez les femmes, Federer, Nadal et Djokovic chez les hommes), des aboutissements comme ceux de Kerber ou, quelques mois plus tôt, de Flavia Pennetta à l’US Open, viennent rappeler que la patience et l’opiniâtreté peuvent aussi payer. En l’occurrence, Angelique Kerber aura dû attendre 13 ans entre ses premiers pas sur le circuit professionnel et l’apothéose de ce samedi 30 janvier 2016. Treize années à décomposer en deux grands chapitres : les 9 premiers sous la forme d’une progression lente mais régulière jusqu’au Top 50 mondial, et les 4 suivants pour se stabiliser dans le Top 10.

Angélique, marquise des angles

Le déclic remonte à 2012, moment charnière où elle a commencé à travailler avec son compatriote Torben Belz, l’homme de quasiment tous ses succès. Le premier fut d’ailleurs signé à Paris, à l’Open Gaz de France de Coubertin en février 2012, et tous ceux qui ont chroniqué sa victoire surprise cette semaine-là se souviennent autant de ses victoires sur Maria Sharapova et Marion Bartoli que de ses intenses séances d’entraînement (très) matinales.

Comme tous ceux qui n’ont pas été touchés par la grâce d’être un champion précoce, avec toutes les certitudes que cela sous-entend, Angelique Kerber a compensé par un engagement hors normes à sa carrière. Elle a tâtonné, ajusté ce qui pouvait l’être (morphologie, staff, recours à un œil neuf en la personne de l’idole Steffi Graf , le temps d’un mois d’entraînement à Las Vegas début 2015)… bref, exploré sa voie : celle d’une gauchère – déjà en soi un atypisme – au jeu plus tourné vers la « cuisine » à l’échange, les longs rallyes, les balles bombées et les contres en bout de course, que sur les fulgurances spectaculaires habituellement propres à ses homologues. Le résultat est assez unique sur le circuit WTA (pour dire les choses autrement, Kvitova, Safarova ou Makarova, les autres gauchères de l’élite mondiale, ne jouent pas du tout de la même manière)… et a donc fini par lui ouvrir la voie à un premier titre majeur.

« Montrer aux gens que je n’étais pas là par hasard »

Alors bien sûr, il y a aussi la part de chance inhérente aux belles histoires : à une balle de match près, Kerber quittait l’Australie dès le premier tour face à Misaki Doi. Mais peut-être avait-elle besoin de frôler le précipice pour mieux s’envoler ensuite : « J’avais déjà un pied dans l’avion, en souriait-elle 12 jours plus tard, en recevant son trophée de championne de l’Open d’Australie. J’ai souvent du mal à rentrer dans mes tournois en Grand chelem, et l’Australie c’est encore plus particulier : c’est le début de l’année, on ne sait pas vraiment où on en est, si la préparation hivernale a été bonne… L’Open d’Australie, c’est un saut dans l’inconnu. » Mais plus encore que la balle de match sauvée au premier tour, la conviction de pouvoir prétendre à la victoire est venue « après avoir battu Azarenka en quarts. C’est la seule joueuse du top niveau que je n’avais encore jamais battu dans ma carrière. Cela m’a fait prendre conscience que je pouvais battre n’importe qui… y compris Serena. »

Novice à ce stade des grands évènements – elle n’avait jusque-là jamais dépassé les demi-finales en 32 tournois du Grand chelem disputés précédemment – restait à ne pas perdre la finale avant même d’entrer sur le court, par trop d’inexpérience et de nervosité. « Au départ j’ai fait comme d’habitude, déjeuner et salle de gym, raconte-t-elle. Puis je suis rentrée à ma chambre et j’ai préparé mon sac pour le soir. C’est là que c’est devenu particulier. Il me restait encore deux ou trois heures à tuer. J’ai tenté de prendre un livre mais je n’arrivais pas à me concentrer. Alors j’ai juste pensé au match du soir. Je me suis dit que je devais être à la hauteur, et montrer aux gens que je n’étais pas là par hasard. » A ce niveau, il n’y a pas de hasard : juste du travail, et de la conviction. Bienvenue donc, Angelique Kerber, 45e membre du club des gagnantes en Grand chelem en autant d’années d’ère Open.

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