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Lleyton Hewitt met le genou à terre

Par Guillaume Willecoq   le   jeudi 21 janvier 2016
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Battu au deuxième tour de l’Open d’Australie par David Ferrer, Lleyton Hewitt a mis un terme à 18 années de tennis professionnel. Avec deux Grands chelems, deux Masters, deux Coupes Davis et un statut de plus jeune numéro 1 mondial de l’histoire, il aura été l’une des figures marquantes du début de millénaire, entre les années Sampras – Agassi et l’ère Federer - Nadal. Malgré un investissement irréprochable, il aura aussi été l’un des derniers champions en date à afficher une surface précise pour net talon d’Achille – la terre battue en l’occurrence. Hommage à celui que Roger Federer cite pour « repère » et Rafael Nadal comme « exemple ».

« Je suis fier de ma carrière. J’ai toujours tout donné, à 100%. Si je n’ai pas gagné un match de plus, c’est que je n’en avais pas les moyens. Voilà, c’est terminé. Il va me falloir quelques jours pour réaliser que je ne suis plus joueur de tennis professionnel. » Le discours est serein au micro de Jim Courier. Sous son éternelle casquette à l’envers, Lleyton Hewitt masque mieux son émotion que les 15000 spectateurs de la Rod Laver Arena ou même que son ultime tombeur David Ferrer lorsqu’il évoque « un jour triste pour le tennis, une idole qui s’en va ». Car ça y est : les « Come oooon ! » ra(va)geurs qui étaient sa marque de fabrique ne résonneront jamais plus dans les stades du monde entier. D’adolescent impertinent exprimant un peu trop frontalement aux yeux des champions en place son envie de les déloger de leur piédestal – Pete Sampras et Evgueni Kafelnikov notamment avaient peu goûté ce qu’ils percevaient comme un manque de respect – l’Australien aura réussi la performance, vingt ans plus tard, de mettre un terme à sa carrière en forçant l’admiration… et en faisant l’unanimité. Un seul mot suffit pour expliquer ce revirement de perception, du jeune homme clivant à 20 ans à l’adulte respecté de tous à 30 : combativité.

A l’heure de refermer le chapitre « Hewitt » du livre d’or du tennis, c’est sans doute ce que l’on retiendra prioritairement de lui, cette ténacité, ce goût prononcé pour la bagarre, face à l’adversaire sur le court comme face aux innombrables blessures qui auront fait de lui un intermittent des courts dès l’âge de 25 ans. Hanche, dos, genou, pied : l’Australien est (au moins) aussi rafistolé que Rocky Balboa, son personnage de film favori – il avait demandé à ce que la sonorisation diffuse Eye of the Tiger lors de la cérémonie le distinguant n°1 mondial à l’issue de sa victoire au Masters en 2001 ! Et comme l’alter ego de Sylvester Stallone, malgré les coups il est toujours remonté sur le ring, au mépris de la douleur. Si l’on devait dresser un classement honorifique des plus impressionnants « fighting spirit » vus sur un court de tennis, nul doute que Hewitt mériterait sa place sur le podium, en bonne compagnie entre l’indépassable Jimmy Connors et Rafael Nadal.

Federer : « Lleyton était le repère après lequel nous courrions tous »

Camarade de promo du plus jeune numéro 1 mondial de l’histoire (20 ans et 8 mois), Roger Federer n’hésite pas à le citer comme un aiguillon à sa propre progression : « A nos débuts, nous étions beaucoup de jeunes prometteurs à tenter de nous faire notre place : Andy (Roddick, ndlr), Ferrero, Safin… Mais Lleyton était spécial. Comme il était le plus en avance d’entre nous, il était le repère après lequel nous courrions tous. Il gagnait en simple à Adélaïde quand j’en étais encore à chercher à jouer avec lui le double junior de l’Open d’Australie ! On a fait un long bout de chemin ensemble sur le Tour, depuis notre premier match chez les jeunes à Zurich, à 15 ans. Il était bagarreur sur le court, mais dans le bon sens, et dans un bon esprit. J’ai toujours admiré son éthique de travail, sa combativité. Il est celui qui m’a posé le plus de problèmes au début. Il avait vraiment le dessus sur moi. Il m’a obligé à réfléchir à mon jeu et, en ça, m’a poussé à devenir un meilleur joueur. »

Vainqueur de l’US Open (2001) et de Wimbledon (2002), deux fois titré au Masters (2001, 2002) et en Coupe Davis (1999, 2003), Lleyton Hewitt n’a pas connu la même réussite à Roland-Garros, mais son rapport à la terre battue reste éminemment cohérent avec le reste de son parcours : celui d'un dur au mal. Appartenant de la dernière génération en date riche en champions allergiques à une surface ou une autre – coucou Andy Roddick sur terre ou Marat Safin sur gazon – Hewitt n’avait quant à lui aucun a priori de départ contre l’ocre. Son souci avec la surface s’avérait bien plus prosaïque que ça : joueur à classer dans la catégorie des contreurs (il avait peu d’équivalents dans les domaines du passing en général et du lob en particulier, le grand Sampras lui-même pouvant en attester après ses défaites en finale de l’US Open ou du Queen’s), son manque de puissance devenait rédhibitoire sur terre. Lleyton Hewitt savait lire le jeu, anticiper, varier, était véloce, endurant, mais sa balle n’était ni puissante, ni lourde, et il peinait du coup à placer le moindre coup gagnant sur la plus lente des surfaces.

Contre le Brésil de Kuerten en Coupe Davis, son chef-d’œuvre sur terre

Pour autant, malgré ce handicap, Hewitt s’est toujours montré opiniâtre, a essayé encore et encore, jouant le jeu de la terre battue sans jamais la galvauder sur l’autel d’autres ambitions plus accessibles. Résultat, il s’est trouvé plusieurs années durant dans un entre-deux, battant les joueurs qu’il devait battre, terriens de second plan ou non spécialistes, mais butant invariablement sur les « clients » de la surface. Il ne jouera ainsi jamais la moindre demi-finale à Roland-Garros (deux quarts, quatre huitièmes) sans pour autant avoir quoi que ce soit à se reprocher au vu de l’identité de ses tombeurs : Albert Costa, Juan Carlos Ferrero, Guillermo Canas, Tommy Robredo, Gaston Gaudio, David Ferrer et, bien sûr, Rafael Nadal, pas moins de 4 fois en 5 ans (2006, 2007, 2009, 2010) !

Plus globalement, aucun de ses 30 titres en carrière n’aura été obtenu sur terre battue européenne. Il n’y aura même pas disputé la moindre finale, se consolant par contre en remportant ses deux disputées sur har-tru, la terre battue verte américaine, un brin plus rapide que celle du Vieux continent (Delray Beach 1999, Houston 2009). En Coupe Davis surtout, dans une ambiance de ferveur où il excelle et se sublime là où tant d’autres se crispent, il s’offre ses plus beaux succès ocres, contre Albert Costa sur la terre battue indoor de Barcelone en finale de l’édition 2000, puis lors d’un week-end de feu où il élimine quasiment à lui tout seul le Brésil de Gustavo Kuerten à Florianopolis (2001).

Passion et transmission

Parmi ses moments les plus aboutis sur terre, on citera aussi le Masters 1000 de Hambourg en 2007 où, alors même qu’il n’est déjà plus dans les grandes années de sa carrière, il élimine des adversaires aussi dangereux qu’Agustin Calleri, Juan Ignacio Chela, Nikolay Davydenko et Nicolas Almagro, avant de passer tout près de battre Rafael Nadal en demies (2/6 6/3 7/5) – soit la 81e et dernière victoire de la série record du Majorquin sur terre. Ledit « Rafa », justement, cite « Rusty » parmi ses rares modèles assumés : « Je l’ai toujours vu comme un exemple, et je crois qu’il devrait l’être pour tous les enfants qui veulent devenir champions de tennis. Tout le monde peut voir en lui une source d’inspiration : il a connu le succès très jeune, presque encore gamin, puis a eu beaucoup de blessures, mais il s’est battu jusqu’au bout, avec une passion intacte pour le jeu. »

Passionné même au point de ne pas quitter un seul instant cet univers : retraité fin janvier, Lleyton Hewitt s’apprête à étrenner début mars ses galons de capitaine de l’équipe australienne de Coupe Davis, cette compétition à laquelle il a tant donné… et de laquelle il a beaucoup reçu. « Le meilleur souvenir de ma carrière est peut-être le jour où j’ai reçu ma veste de joueur de l’équipe d’Australie des mains de John Newcombe et Tony Roche, deux immenses champions. C’est une incroyable fierté d’être aujourd’hui reconnu comme étant l’un des leurs. » Dans un pays où on ne plaisante pas avec l’Histoire du sport, l’heure de la transmission est venue : Hewitt capitaine de Coupe Davis, ou quand l’ancien enfant terrible du tennis mondial se mue en vieux sage auprès d’une jeune génération aussi turbulente qu’il a pu l’être à leur âge. Et tout comme lui a bénéficié en son temps de la bienveillance de son aîné Patrick Rafter, les Nick Kyrgios, Bernard Tomic et autres Thanasi Kokkinakis auront Lleyton Hewitt pour les aider à grandir. Par son passé et son parcours, il est assurément le mieux placé pour y parvenir.

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