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Actualités et Photos / Articles / Nadal, le sixième sens

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L'instinct du champion a ressurgi. Stressé en début de tournoi, Rafael Nadal a pourtant conquis son 6e titre et égalé le record de Borg. Au terme d'une finale immense, il a encore battu Roger Federer (7/5, 7/6, 5/7, 6/1 en 3h40).

Il est 15h01 quand, sous un soleil de plomb, Roger Federer, tenant la main d'une jeune ramasseuse de balles, prend possession du court Philippe-Chatrier, bientôt suivi par Rafael Nadal. A l'applaudimètre, l'homme aux 16 titres du Grand Chelem devance d'un souffle le n°1 mondial. Les tribunes sont déjà pleines à craquer. Tout est réuni pour vivre un grand moment de sport, pour conclure en beauté une formidable quinzaine de tennis.

Pendant l'échauffement, d'anciens vainqueurs du tournoi, installés dans la tribune présidentielle, sont salués. Il y a là l'Espagnol Manolo Santana, le Tchèque Jan Kodes, l'Américain Jim Courier et bien sûr Gustavo Kuerten. "Guga" fait un tabac. Mais bientôt, place à la grande finale. "Rafa" a choisi de relancer. Avec évidemment l'espoir de breaker d'entrée…

Mais c'est "Rodgeur" qui prend le meilleur départ. Pendant les 20 premières minutes, on retrouve le Federer de la demi-finale face à Djokovic. Il vole sur le court. Sa première balle claque avec un son enjôleur. Il fait même service-volée, avec succès. Face à Nadal sur terre, voilà qui est intéressant. A sa quatrième occasion, le Suisse ravit d'entrée le service adverse. Peut-être surpris par l'agressivité de son grand rival, l'Espagnol rate un peu en coup droit.

Le millimètre qui change tout

3-0 pour Federer. Mais le match se rééquilibre. Nadal, l'œil noir, réagit. "Fed" sert comme un dieu et tient le choc jusqu'à 5-2. Au changement de côté, "Rafa" fait rapidement appel au kiné. Il porte un bandage impressionnant au pied gauche. Ampoule ? Douleur à la voûte plantaire ? L'intervention est trop rapide pour qu'on s'inquiète vraiment. Mais bientôt, à 5-2, avantage Federer, voilà "Rodgeur" en possession d'une balle de set. Il domine, il avance, il crée. C'est si beau.

Sur ce point crucial, le n°3 mondial caresse une amortie de revers gagnante… sauf qu'elle est un ou deux millimètres dans le couloir. Pascal Maria, descendu de sa chaise, le confirme. Dès lors, le match va changer d'âme. A 5-3, 30-15, la première balle de "Rodge" s'enraye au plus mauvais moment. Il commet deux fautes en revers et sur sa première occasion de break, "Rafa" décoche un passing de coup droit exceptionnel en bout de course. L'Espagnol bondit comme un cabri ! 5-4.

Nadal n'est plus le même désormais. Il ahane, il enroule son coup droit lasso, il cogne en revers, il s'arrache en défense, il serre son point rageur. Le grand Nadal, celui de l'an passé et celui de 2008 (aucun set perdu), est de retour à Roland-Garros. Federer a peut-être le tort de ne plus faire service-volée, mais que faire contre un adversaire qui a banni de son jeu la faute directe ou même la balle courte ? Les jeux défilent. Il y en aura sept de suite. 7/5, 2-0 pour le Majorquin. Dans son clan, le basketteur Paul Gasol lève régulièrement ses 2,13 m pour applaudir son compatriote. Quelques rangs plus bas, Marat Safin doit apprécier, en toute neutralité.

La pluie pour rafraîchir

Heureusement pour le suspense, Federer retrouve son service. A 3-1, il claque deux aces de suite pour écarter deux balles de 4-1, double break. Son revers à une main, qu'il doit frapper si haut avec ce lift maudit, retrouve aussi de la précision. Le niveau de jeu devient époustouflant. Nadal ne baisse pas de rythme, mais il se fait rejoindre à 4-4 après un jeu d'anthologie du maestro, marqué notamment par un revers long de ligne qui conclut un échange joué à la vitesse de la lumière. Le public, à l'unisson des deux légendes, est aux anges.

Le bruit de chacune des frappes des deux champions est un régal. Tandis que le ciel de Roland-Garros s'assombrit, l'horizon de Federer s'obscurcit quand il cède à nouveau son service. 5-4. Le coup droit de Nadal sur le revers de Federer. C'est du déjà vu, à Roland-Garros. Un combat que l'on sait inégal.

5-4, 40-30. Balle de deux manches à zéro pour "Rafa". C'est à cet instant que se produit un événement inédit à Roland-Garros cette année. Il pleut ! Les parapluies s'ouvrent dans la précipitation. Le temps pour le n°1 mondial de "décentrer" un coup droit, une rareté. 40-40. Et le jeu doit être interrompu.

Elle fait presque du bien, cette averse. La touffeur baisse d'un ton. Et l'interruption n'est pas longue. 13 minutes. Le jeu reprend, sans même un échauffement. Nadal obtient une deuxième balle de set, sauvée par Federer qui se rue au filet. Le public est désormais à fond derrière l'outsider. Ce bon "Rodgeur" prend la balle de plus en plus tôt et recolle à 5-5. Ambiance !

Le retour de l'amortie

Un jeu parfait lui permet de virer en tête, 6-5. Mais Nadal serre le jeu et balaie quelques lignes en coup droit. 6-6. Malheureusement pour le suspense, Federer va manquer ce tie-break. Quatre fautes directes en coup droit, c'est trop, c'est beaucoup trop face à l'excellence demandée. Quand "Rafa" aligne un passing de revers gagnant sur un smash timide, Oncle Toni bondit de son siège. 6-2, puis 7 points à 3. Après 2h15 de jeu, le quintuple roi de Roland-Garros se rapproche d'un sixième sacre. Plus qu'un set.

"Rafa" a déjà battu "Rodgeur" quatre fois sur ce court. La cinquième semble inexorable. Deux sets à zéro et maintenant 4-2 au troisième. Le Nadal hésitant, chancelant des premiers tours contre Isner ou Andujar a disparu depuis longtemps. "Je n'ai pas le niveau de jeu pour gagner ce tournoi", disait-il il y a quelques jours. Depuis Soderling, laminé en quarts, plus personne ne doute qu'il l'a. Mais contre Federer, il fait plus fort encore. Car le Suisse joue bien, très bien. Mais il perd.

En tout cas, "Rodgeur" se bat avec courage et conviction. Rien à voir avec la finale 2008 et ses cinq malheureux petits jeux gagnés. Il ne renonce pas. Génial, inspiré, il débreake sur un jeu blanc et recolle à 4-4, aux prix d'amorties époustouflantes. "Rodgeur, Rodgeur" scande le public. A 5-4 contre lui, il se retrouve à un jeu de la défaite.

Un final ébouriffant

Mais il est touché par la grâce à cet instant. Les trois jeux qui suivent sont peut-être les meilleurs jamais joués par Roger Federer sur terre battue. C'est dire. Des amorties inspirées, des coups droits fusées, des revers croisés, il prend tous les risques et ça paie. Ses supporters sont aux anges. Rafael Nadal encaisse mais ne peut rien faire. Il perd ce set, 7/5. Tout est relancé.

Et l'euphorie se poursuit pendant trois points, les trois premiers du quatrième set. Une formidable volée de revers amortie, notamment, contribue à lui offrir trois balles de break. 0-40. Va-t-on assister à un impensable renversement de situation ? Non. Car Nadal est lui aussi un magicien. Un revers gagnant, le long de la ligne, une gifle monstrueuse de coup droit, une de plus, un ace. Les trois balles de break sont annulées, oubliées.

La fin du quatrième set sera un cavalier seul. "Rafa" est énorme, il ne rate plus rien. Un break à 1-1 scelle la finale. A l'image de ses cheveux, le roi de la terre battue est ébouriffant. Federer, cette fois, plie et rompt pour de bon. Une dernière faute en coup droit du Suisse libère la joie de l'Espagnol, qui s'effondre à genoux, près de son clan. Borg est égalé. Six titres déjà. A seulement 25 ans. Borg sera sûrement dépassé. "C'est un tournoi on ne peut plus spécial pour moi. Je remercie la vie pour toute la chance qu'elle m'a donnée. J'ai une chance incroyable", dira le champion. Et les amoureux de tennis ont une chance incroyable de le voir jouer. Lui et un certain RF…

 

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